‹ Histoire de FranceChapitre 93 sur 142 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

soiiante millions de taxes, qui portaient principa* tentent sur les consommations.

Moins prodigue que ses frères Joseph et Jérôme, le roi Louis avait ce|>ondanl distribué un asscx > grand nombre de dotations , plutôt à titre de fa- Tcur qu'en récompense de services réels. L’Empe- , rcur n'hésite pas à les annuler : • Ce n'est pas dans n un pays obéré qu’on peut se permettre de pareil- » les choses.... Le roi n'a pas eu le droit de donner » ce qui ne lui appartenait pas ni des domaines N de la couronne, ni de ceux de l'État. »

En general, l'Empereur n'aimait point à rien détacher de ces domaines. Le gouverneur général lui ayant proposé, sur la demande des autorités hollandaises, de disposer de plusieurs propriétés du domaine royal, Napoléon refusa son consentement : « Je gardenvi lui répondit-il, le château « de Loo jusqu'à nouvel ordre. Je ne suis pas non » plus pressé de donner ni la maison du ministre » de France , ni le palais du Bois. Lorsque vous n avex écrit cette lettre, vous éliex dans un moment 3* de générosité, h

La principale difTicalté que rencontrait l'Empereur en Hollande était l'application de scs lois relatives aux marchandises anglaises. Les mesures prescrites par ses decrets, dont ta rigueur avait été peu sensible sous te règne de Muis, durent recevoir, apres la réunion à la France, une entière exécution. II fut ordonné au gouverneur général de faire payer, sans retard, les cinquante pour cent dus en vertu des tarifs. L’Empereur regrettait presque de n'avoir pas fait saisir les marchandises mêmes; car, dans son opinion, «les Hollandais B n'en étaient pas propriétaires ils n'en étaient ■ que les détenteurs et les gardieus |>our le compte n anglais. » Oimme le gouvernear général, dans M correspondance , tâchait de faire comprendre qu’il serait utile de montrer plus de ménagements envers la Hollande, l'Empereur s'étonnait qu'un homme de son expérience * se laissât toucher de la prétendue terreur des habitants. « Vous me par- » Icx de leurs plaintes, de leurs inquiétudes, de • leur mécontentement. Est-ce que les Hollandais B me prcn<lraicnt pour leur grand ^ pensionnaire B Barncveldt ? Je ferai ce qui convient au bien de B mon empire, et les clameurs d'hommes insensés B ne m'arrètenint pas. »

Un UolUndais ayant été tué dans une affaire de

' Lettre du 17 juillet au due de Plaisaoee.

* I.Ætire au duc de Plaisance, du 11 aoâl.

* Lettre au même, du 19 septembre.

* Lettre au même, du 34 septembre.

* Lettre au duc de Plaisance, du 96 aepiembre.

* Uiilgré ce reproche d’ètre trop boa, l’Empereur l’ap-

contrebande, le due de Plaisance cmt devoir faire arrêter on des agents de la douane française. Cotte démonstration , qui semblait accuser un excès de sévérité dans ces agents , ne pouvait pas plaire à l’Empcrcor. Aussi Napoléon écrivait-il au due de Plaisance: « A quoi bon montrer do l’inlérét pour n un homme tué dans une émeute dont il fai- » sait partie? Avez-vous bien fait de faire arrêter B un de mes douaniers blessé en remplissant son

» devoir? Ce n’est pas en caressant la popu-

B lace qu’on la mène I.es bourgeois ont tort

» quand ils résistent à la force armée. Rassemblez B les magistrats; déclarez-lcur que, s'ils veulent B mériter mes bonnes grâces, il faut que je sois > obéi. Je le veux, entendez-vous? et qu'ils le sa- B client bien. »

Toute la correspondance de l’Empereur et du gouverneur général démontre que Napoléon voulait en eiïet une juste exécution de scs ordres, mais en même temps qu'au fond il n'était pas très-fâché de la modération que son lieutenant générai mettait dans leur accomplissement. Celui-ci, en effet, se faisait une sorte de devoir d’atténuer, aux yeux de l'Empereur, les torts accidentels de la population hollandaise, pour n'avoir pas à être l'instrument d’une répression Irop rigoureuse. Ainsi, à l'occasion d'un mouvement qui avait eu lieu à Haardingen, cl présente sous un jour adouci dans les lettres du gouverneur général, Napoléon répondait : B Je ne me paye pas de ces excuses; rowa été» henu- B coup trop bon *. Faites juger les coupables, ci B faites des exemples. »

L’Empereur avait estimé que le payement de cinquante pour cent sur les marchandises anglaises devrait, maigre les efforts faits pour s’y soustraire, produire une recclle d'une cinquantaine de millions : son calcul se trouva juste. Des déclarations furent faites par les habitants eux -mêmes |>our une somme de quarante-cinq millions, sur laquelle trcnle-buit étaient payés à la Gn du mois de novembre.

En même temps que Napoléon se monlrait exigeant sur tout ce qui se rapportait au système continental, il ne négligeait aucun moyen d’améliorer la situation du pays. Plusieurs lettresattestentcombien il était attentif à faire procurer du travail aux ouvriers qui pouvaient en manquer. Nous retrouverons encore ailleurs la preuve de l'intérêt qu'il

I proiiTnU de le montrer ainsi. J'ai ru la preuve de cette I disposition de ta part dana dea rirconsiancea presque j aerablables, lorsque j'étais chargé de l’administration des I provinces conquises en Pntsse et en Anlrtche dans les I guerres de iHOfl et 1809. Tout en me Faisant iranameure I par M. Darti des ordres irune extrême rigneur, l’Em-

Digitizeo t

POLITIQUE EXTÉRIEUHE.

incUail à cmpfclicr que les Hollandais ousseiU â regretter leur précédente existence. Tous les hommes distingués, à quelque titre que ce fût, en Hollande, ministres, magistrats, militaires et marins, grands propriétaires, trouvèrent place eu France, et une large place, dans le sénat, le conseil d'Etat, l’armée et les divers emplois de radmiiiistralioii I civile. I

Cette conduite de Pempercur Napoléon à l’égard des pays réunis au territoire franeais, donne à son ambition, à cette ambition objet de tant de reproches, un caractère particulier qui la distingue de celle de tous les autres conquérants. Certes, conquérir pour conquérir, ou, en d'autres termes, pour compter un plus grand nombre de sujets, est une passion que réprouve l'humanité; mais tel n’est point le but des conquêtes de Napoléon. Scs conquêtes par les armes, ses invasions meme par décret au sein de 1a paix, ont leur principe dans une idée qu'il poursuit, qu'il est condamne à pour- I suivre sans cesse, la répulsion complète des Anglais hors du continent. Le commerce anglais, il lésait, est déjà fort en souffrance par le fait du I système continental, et ce n'est que l'excès de la ! souffrance qui peut amener la paix. Napoléon n'a ' donc qu'un moyen de parvenir à ce résultat, c'est ' de renforcer la ligne de circonvallation par laquelle ^ il travaille à interdire tout à fait la terre aux Anglais comme les Anglais ont interdit la mer à tous i les autres peuples. Cet intérêt lui parait être celui de l’Europe ^ entière. De là {tour lui la nécessité ^ de s'assurer de tout le littoral du contineut. Son véritable tort, nous l'avons dit, c'est de ne pas déclarer que tous ces envahissements ne sont que des moyens de guerre, temporaires comme la guerre même. Mais quelle différence entre scs procédés envers les pays qu'il incorpore à la France, et ceux des héros de l'antiquité envers les peuples vaincus, ceux même des gouvernements de nos jours qui ont réuni ou réunissent de nouvelles provinces à leurs États! lia conquête, œuvre de Napoléon, étant celle du peuple le plus avancé en civilisation sur des peuples plus arriérés, porte avec elle le principe d'importantes améliorations, qui I peut-être ne se produiront pas à l’inslaut même, I mais dont le développement est inévitable. Plus | tard des gouvernements rétrogrades s'efforceront I de détruire ce germe précieux; Us n'y réussiront |

qu’imparfailcmcnt. La semence, surtout celle de l'esprit d’égalité, est partout entrée dans le sol; clic fructifiera dans un temps plus ou moins prochain.

La conquête, ainsi que l'entend l'empereur des Français, ne dépouille point le i)eupte qu'il réunit à son empire. Elle consacre aux pays associés à l'existcncc commune, la presque totalilc des recettes qu'ils produisent. Napoléon fait plus : ces saisies de niarchaudiscs anglaises, ces taxes sur les denrées coloniales dont la France eût pu, à la rigueur, SC réserver l'avautage exclusif, il en applique les produits à construire des forliQcalions, à creuser des canaux, à ouvrir des roules, et à une foute d'ouvrages qui ne resteront pas à l'ancienne France. En 1810, ces saisies, ces taxes, la HuUande non comprise, produisirent plus de quarante millions. Les recettes de cette nature, employées à des travaux lointains, en signalant rélciidue géographique de la puissance, ne feront qu’ajouter â la grandeur de la chute.

Le trait distinctif de la conquête de la part de Napoléon, méconnu aux jours de la passion et de la colère, éclate déjà aujourd'hui, et éclatera plus encore aux regards de la postérité. (^)ucl est le pays, ayant fait partie de sou empire, qui ne conserve pas quelque souvenir d’abus qu'il a détruits, de réformes qu’il a entreprises, d'institutions utiles qu'il a voulu fonder? L'.idoption seule et môme passagère de son code civil n'a l-eilc pas pruûlé à l’espèce humaine? Assurément, pour nous Français contemporains, les deux années de malheur qui ont anéanti doute années de succès et de puissance, nous ont fait supporter des pertes bien cruelles, de bien rudes sacrifices ; et cependant Ici est le prestige de la grandeur, que l'orgueil national s'épanouit encore au souvenir de ses fabuleuses victoires et de leurs prodigieux résultats. A part même toute autre considération, sa gloire, qui nous a coûté si cher, nous la réclamons comme nôtre, comme un bien qui nous appartient à tous, et il n'est aucun de nous qui iic se rappelle, avec une sorte d'amour-propre pcrsuiinel, ces iiiuments, à la vérité bien courts, où la France, crainte et respectée, avait porté si loin sa frontière, où Home et Hambourg étaient des municipalités françaises.

En nous occupant d’Amsterdam, de Hambourg et de Rome, nous nous trouvons ainsi, presque

pereur ne troiiTait pas mauvais que celte rigueur Fél afhiblie quetqiicfhia dans Ica choaca même et aurtout dans les fortnea de rexêcutioo.

’ En général Ica aavanls contribuaient à eotreteuir l'Empereur daoa l'eapoirdu succès final de son ayaième, en démontrant que le aol europccu pouvait être forcé h pro-

duire tout ce que produit l'Amérique. Les aavania n'avaient pas tout A Fait tort, et qtidqiiea faits ont depuis justifié leurs asseriioua; mais il fiillait à leurs prophéties la longue coopération du tempa, et l'tmpcreur aurait eu besoin qu'elles se réalUasseot en quelques années.

Page 1