‹ Histoire de FranceChapitre 96 sur 142 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Uonnemcnls à faire, des précautions à prendre contre l'incendie. Voyage -t-il dans les départements du Nord? il décide qu'un canal ^ de navigation sera ouvert entre Mons cl Charicroi : ce canal joindra l'Escaut à la Meuse, par la Hesne et la Sanibre. Adoptant les propositions de son ministre sur le grand canal du Nord, il fait porter les ateliers entre Rhin et Meuse, en annonçant qu'aussilôl la p<nrtie entre Rhin et Meuse achevée, il continuera celle qui se trouve entre la Meuse et l'Escaut.

Dans son ardent désir de couvrir la France d'ouvrages qui attestent scs elTorls pour le bien public, l'Empereur est sans cesse réduit à combattre les obstacles qui entravent l'accomplissement de ses inieiitions.

K Je veux avoir un pont sur pilotis à Huninguc : * les fonds sont faits; où en sont ^ les travaux? n

U Les travaux de Sèvres sont suspendus; les ou- T» vriers se plaignent de n'étre pas payés. Pourw quoi *? »

« Trois mille ouvriers ont été congédiés au ca-

■ nal du Nonl. Pourquoi, cl surtout pourquoi pas

■ payés * ? »

I.c projet présenté pour la machine de Marly coûterait plusieurs millions, et demanderait, pour l'exécution, quatre ou cinq ans. « Réunissez un » conseil * de gens de l'art : on peut faire cela plus » économiquement et plus vite. »

Souvent une mémo lettre de l'Empereur réunit des iiilérèls dont les uns sont au nord et les autres au midi. Des travaux de l’Iic de Cadzand ^ et ceux de nie de Sud-Beveiand roccupenl en même temps que ceux du canal du lllidi et du canal de Loing. Pour ces derniers, il fait établir une caisse qui doit toujours être approvisionnée, de manière que les travaux ne puissent jamais souffrir d'interruption faute d'argent.

Le conseil des ponts et chaussées, en dépit de l'opinion contraire de l'Empereur, prit la résolution de ne point faire le canal du Nord, et de porter ailleurs les fonds destinés à ce canal . L'Kinporeur se rend à cette décision; mais, afin de se justifier à lui -même sa condescendance, il demande ^ un rapport détaillé sur les motifs qui ont déterminé les ingénieurs.

Après avoir rendu ses décrets, l'Empereur ne néglige point d'en suivre l'exécution, et mémo d'en indiquer le mode. Pour rétablissement des six

■ Décret daté d’Anvers le 5 mai.

* Lettre du 14 juin.

* Lettre du Î4 juin.

* Lettre du 10 juilkl.

* L4-ttre du 38 juin.

* Lettre du 13 JuillcU

maisons d'orphelines qu'il a fondées, il recommande à M. de Montalivet de s'entendre * avec le ministre des cultes et le grand chancelier de la Légion d'honneur, de voir aussi la supérieure do la congrégation des orphelines i Paris, cl de prendre des iiifurmatioiis auprès de celle supérieure, (gluant à l'achat des maisons, l'Empereur voudrait que le ministre contiAt cotte commission à une personne discrète qui serait censée agir dans son intérêt privé, afin de pouvoir acheter sans faire augmenter les prétentions des vendeurs. Rclati- Tcmcnl au local de ces maisons , pour lesquelles d'anciens couvents conviendraient à merveille, il désigne la forêt de Saint-Germain, celle de Rambouillet et celle de Fontainebleau du côté de la rivière. Paris élaiit trop coûteux, on ne pourrait guère songer à en établir dans celle capitale, à moins pourtant que ec ne fût au Marais

A peine la Ilullande a-t-elle été réunie à la France, que l'Empereur veut savoir quels sont les travaux à faire ou à continuer dans ce pays; il tient d'abord, et avant tout, à rendre la communication prompte entre Paris et Amslcnlam ***.

Si beaucoup de travaux, commencés par ordre de l'Empereur, n'ont pas été achevés sous son règne, ce n'est pas de lui , comme on le voit, que sont venus tes retards. Ceux qui s’exécutaient sous ses yeux n’aliaicnl pas eux-mêmes aussi vite qu’il l'eût désiré; tels étaient ceux des ponts de Besons et de Choisy. D'après son principe, déjà exposé ailleurs, de rhercher dans l'accomptissement d’un ouvrage le moyen d’en entreprendre un autre, il écrivait : «Je voudrais vendre ces iionls à unccom- •» pagnie qui serait chargée de leur entretien , » moyennant un droit que réglerait la loi . Avec les ■ quatre à cinq cent mille francs que produirait B cette vente, on pourrait faire un pont à Maisons B ou vis-à-vis Saint-Germain, b

Des portes de Paris, d’un projet de route de Besons à Maisons, de Maisons à Pontoise, l’Kmpcreur se jette sur la roule de Wescl dont il veut connaître les progrès; sur celle d’Aix à Nice, sur celle de Tarare à Lyon, qui appellent des améliorations urgentes.

Souvent, malgré la bonne volonté des ministres, des ordres de l’Empereur ont été oubliés on n'ont reçu qu’une exécution imparfaite. Son inexplicable mémoire, ou les notes qu'il a gardées, le mettent

7 Lettre du 14 juillet.

* Lettre du 13 juillet.

• Lettre du 31 Juillet.

'• Lettre du 51 juillet.

" Lettres (fociobrc, Dovembre cl déccubre.

(ISIOJ

POLITIQUE INTÉniEUEE.

en élat de revenir sur le passé. En 1807, il a fait un fonds de cent mille francs pour conduire les eaux dans la ville et la citadelle d'Ajaccio, un fonds de cinquante mille francs pour un dessèchement de salines auprès de cette ville, et de dix mille francs pour aider à y or^niser une école secon* dairc. » Qu'a-t-on fait > sur ces trois objets?»

C'est surtout en Italie que les travaux lui paraissent marcher trop lentement. Dans le département de Hontenotte, ils sont arrêtés. » Pourquoi > l'ar- » gent y manque-t-il?»

Après avoir recueilli des renseignements sur l'état où SC trouvent les travaux dans la partie française de ritalic, rKmpereur en conclut avec humeur, à l'égard de quelques-uns, que. par exemple, au lieu d'avoir, comme il le voulait, dépensé en 1810 un million au pont du Pd, on n'y dépensera pas trois cent mille francs ;

Qu’au lieu de dépenser à la route du littoral les six à sept cent mille francs qu'il y avait destinés, un n'en a encore dépensé que cent vingt mille;

Que, sur les cinq cent mille francs accordés pour la roule de Parme et de Plaisance, vingt et un mille scnlemcut ont été dé|>cnsés jusqu'à ce jour.

C'est pour lui une grande coulrariété de savoir qu'il a dans scs caisses des fonds dont l’emploi plus bàtif eût pu déjà produire de précieux fruits. Du moins cxigc-t-il que les travaux reçoivent pendant rhiver une très-grande activité, « ce qui sera un » moyen de donner <lu pain à des malheureux qui » en manquent. »

Fatigué de la longue inutilité de scs efforts, l'Empereur forme un projet nouveau d'opérations d'après lequel il doit obteuir, dans un temps donne , des succès calculés avec certitude. » En cuinmen- » çanl * tout, dit-il, on ne Anit rien. Il faut que | » chaque dépense de cinq millions employés pre- » sente un résultat obtenu et un avantage pour » Paris. » Celle pensée pour Paris, qui sc mêle à tout, témoigiH! de sa scdlicitude constante pour le bien-être de cette capitale.

J«a cessation du coniiiicrce maritime, résultant de la guerre avec le gouvernement anglais, faisait à l'Empereur une lui de donner, par cette raison même, une plus forte impulsion au commerce intérieur de l'empire et au commerce avec les nations amies sur le continent. L’œuvre du blocus continental s'accomplissait par degrés. La terre ferme, en fabriquantcllc-inémc ce que rAiiglclerrc ne lui fournissait plus, apprenait à sc passer de

' Lettre du 1«» octobre.

* Lettre du 31 août.

* I.ettre du 31 décembre.

* Décret du 30 mai.

cette puissance et à suffire à ses propres besoins.

Pour seconder ses vues, l'Empereur jugea utile d'avoir, auprès de son ministère, un corps renfermant, sur les questions commerciales et industrielles, toutes les lumières que donnent l’cxpéricncc cl la connaissance des faits. I>c decret du 96 juin créa un conseil général des fabriques et des manufactures. Tous les genres d’industricy étaient représentés. Le conseilsecomposa de soixante membres. I>a soierie, la fabrique de laine, celle de chanvre, celle de coton, de cuir, etc., devaient y avoir chacune six députés au moins. Toujours il devait sc trouver en résidence à Paris un ou plusieurs membres de chaque sorte d’industrie.

Les encouragements bonoriAques et pécuniaires ne manquaient pas aux hommes qui sc distin- ; guaicnl par des découvertes ou des perfectionne-^ I ments. La décoration de la Légion d'honneur étant alors, surtout en dehors de l'armée, donnée avec une extrême réserve, formait seule une Aatlcusc I récompense. Des décrets spéciaux la confcrcrcnl à MM. Bauwens* et Ternaux^, pour le développement donné par eux à leurs belles manufaclures de draps, l'un à Garni, l'autre à Louviers; ci au chimiste Proust * , pour la découverte du sucre de raisin. Une somme de cent mille francs fut en outre accordée à ce chimiste, et une de quarante mille à un sieur Fouque, sous la seule condition d'employer CCS sommes à une fabrication de ce sucre i dans les dcparlcraetils méridionales de la France.

I II fut de plus destine une somme de deux cciit mille francs aux douze élablisscmctils qui porteraient le plus loin le iiiénic genre de fabrication.

Outre les récompenses données aux services rent dus, l'Empereur proposait aussi des prix aux services à rendre. Ce fut une belle pensée d'assigner un prix d'un million'^ à l'inventeur, de quelque nation qu'il put être, de la meilleure machine propre à Glcr le lin. Ce prix n'a pas été obtenu sous son règne. Quoique depuis on soit parvenu à Gler le lin à l'aide de machines nouvelles, peut-être le procédé dont on s'est servi jusqu’à présent u'oITre-l il pas encore tous les avantages auxquels prétendait I l'Empereur.

Le meme esprit, qui le portait à désirer un large emploi des matières premières produites par le sol français, devait le conduire à restreindre l'usage de celles qui n’arrivaient que difficilement en France, soit par l'Angleterre, soit malgré l'Angleterre. C'est à ce but que sc rapportent tous scs efforts pour

* Décreldu 4 juin.

* 16 jaia.

7 Décret daté de Bois-le-Duc, le 7 mai.

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