CHAPITRE XXV
demanda l'état des pères de Tamille de la classe paavre, emprisonnés pour tous les genres de dettes en général, u parce qu'il voudrait, disait-iM, au lieu de » mettre des bornes, les délivrer également tous.»
Ces actes d'une libéralité, toujours restreinte en de certaines bornes, sont à la portée de tous les princes, mais il en est un que nul n'cùt pu faire avant Napoléon, que probablement nul ne pourra faire après lui. l)e~s dotations furent accordées à lix mille militaires à l'occasion de son mariage.
La conduite de l'Empereur dans sa vie privée, comme (ils, frère et mari, ayant été respectée par scs ennemis les plus injuste^, nous nous abstenons d'en parler, quoiqu'une foule de détails offrent des attentions délicates qui plaisent dans un homme dont tant de graves objets réclament les pensées : on aime à voir un tel homme descendre de si haut pour des soins minutieux que relève un honorable sentiment. Tels est celui qu'il prend de faire déterminer un modèle qui soit le même dans les divers palais pour l'appartement de l'impératrice. » Il est » commode de trouver^ partout les mêmes formes » et les mêmes machines pour l’usage habituel. »
Si Na|»oléon, comme chef de l'État, cherchait à encourager l'emploi exclusif des produits de notre sol et de notre industrie, il en donnait l'exemple comme particulier, comme grand consommateur en raison de sa liste civile. Les manufactures de Tours étant en souffrance, il mit un grand intérêt è les relever. L'intendant de sa maison fit venir à Paris les principaux manufacturiers de Tours, et leur fit des commandes considérables en étoffes de leurs fabriques. « Vous me présenterex 3, ajoutait- » il. un projet de décret pour n'employer à l’avc- » nir, dans l'ameublement de mes palais, aucune » cotonnade, percale ou étoffe de coton, et pour » ne se servir que d'étoffes dont la matière pre*
» niière suit la soie, la laine et le (il. »
En mêlant à l'administration desaffaires du pays celle des affaires domestiques de l’Empereur, nous n’avons presque pas changé de sujet, et nous pouvons sans effort revenir aux questions d'intérêt général; car, sur toutes les questions, c'est de sa part le même esprit qui domine, le môme amour de l’ordre et du bien public.
Les circonstances extraordinaires où s'est trouvé j l'Empereur formaient un véritable temps d'épreuve. I.a grande oeuvre du système continental avait, d'année en année, demandé un redoublement de vigueur et de sévérité. A la répulsion hors du territoire, à la confiscation des marchandises,
' Leilrc k M. Paru, du 5 mars.
’ Lettre h M. Paru, du 18 février.
* Lettre ti M. Paru, du 13 novembre.
il avait fallu substituer le brûlement. D'abord, les manufactures françaises espérèrent hériter des consommateurs que perdrait le commerce anglais; mais cette illusion ne dura pas longtemps, et ce fut le gouvernement lui-mêitie qui contribua à la détruire, en frappant de taxes énormes plusieurs matières premières, telles, par exemple, que les cotons en laine. Ce double monopole aggravait à la fois la condition des fabricants français et celle des consommateurs de tous les pays.
Le renchérissement des matières premières causa de grands embarras aux commerçants. Obligés d’élever le prix des fabrications, ils ne trouvaient plus d'acheteurs, et, la reproduction des capitaux étant j suspendue, il leur devenait impossible de renou- I vêler leurs approvisionnements. Pour secourir leur I détresse, l'Empereur laissa entrevoir la possibilité de leur procurer des escomptes à quatre pour cent,
I et fit coniiattrc celte intention à son ministre du I trésor, M. le comte Mollien. Il pensaitquc la banque I pourrait émettre sans danger jusqu’à deux cents * millions de billets, de manière à faire escompter à quatre pour cent, à Valenciennes, à Cambrai, à Saint-Quentin et à Lille. L’Empereur nommait particulièrement ces villes, parce que dans ce moincnt-là il parcourait les départements du .Nord.
, Du reste, il puisait scs arguments dans les statuts I mêmes de la banque cl dans les propositions anlé- I rieurcs qu'elle avait faites. Le miiiislrc du trésor,
, effrayé, à tort ou à raison, de l'idée de jeter dans . la circulation deux cents millions de billets et de confier à des agents en province l'opération si délicate de rcscomple, se constitua envers l'Empereur dans un état, sinon de désobéissance, du moins du temporisation et de controverse. Il différa de noli- Ger ses intentions aux régents de la banque, et lui exposa les motifs de ce délai. Tout en témoignant que les objections du ministre lui paraissaient peu décisives, l'Empereur ne lui montra point de mécontentement, et lui répondit : u Ce que vous avez » à dire ^ au gouverneur de la banque et aux ré- » gcnls, c'est qu’ils doivent écrire, dans le lien » de leurs assemblées, ces mots : Quel est le but de !> la banque de France? C’est d'escompter le crédit » de toutes les maisons de commerce de France à » quatre pour cent. Je répète encore que, si quatre- » vingt-dix millions de la banque ne suffisent pas, » je les doublerai, et je ne serai pas en peine de » trouver des preneurs. Loin de cela, la banque » garde quinze millions d'actions dans son porlc- » feuille. Donc, elle ne remplit pas son titre. »Nous
* Lettre d’Anvera, le 5 mai, A M. Mollien.
‘ Lettre datée de Laeken, le 15 mai.
[ÎSIO] POLITIQUE INTÉRIEURE. 3»7
n« décidons pas qui a raison ici ou de PEmpereor ou de son ministre; mais on roit, par ce débat entre son mintslrc et lui, que Napoléon supportait à merveille la contradiction et la résistance même, lorsqu’elle se fondait sur des raisons plus ou moins solides.
Après avoir voulu l’établissement de succursales de la banque dans toutes les grandes villes de l’Empire, l'Empereur se réduisit > â insister pour qu’il en fût établi une à Lille, où les négociants en avaient exprimé le vœu formel. En définitive, l’Empereur se rendit aux raisonnements par lesquels M. Mollien justifiait son opinion, et il lui écrivit : •t Faites remettre votre mémoire ^ è la banque n comme venant de moi, aGn de laisser aux régents » la liberté de l'attaquer en votre présence. La » France ne demande partout qu’à être éclairée. » Et il se livrait ensuite à une discussion plus ou moins juste sur les banques, mais qui, parle temps donné à l'étude de celte dilEcile question, prouvait encore qu'il ne reculait devant aucun travail ayant un but d'utilité publique.
La réunion de la Hollande i la France et la guerre d’Espagne jetaient, en 1810, d’assez grandes diOScullés dans les Onances françaises , et donnaient une assez grande activité à la correspondance de Napoléon avec son ministre du trésor. Ce ministre reçut, dans le cours de l'année, plus de cent lettres de l'Empereur.
La guerre d'F^pagne surloul, si désastreuse par la perte des braves qui succombaient dans des embuscades ignoré^ ou dans d'infructueuses victoires , n'élait pas moins malheureuse pour nos finances. C'était une nouveauté pour l'Empereur qu'un pays dont les ressources ii'assuraictil pas l’entretien complet de l'armée qui l'avait envahi. Cependant la dépense dans ce royaume n’allait pas aussi haut qu'on pouvait le supposer. Dans ses lettres au roi Joseph , l'Empereur disait, il est vrai, que l'Espagne lui avait déjà coûté plus de trois cent millions; mais en réalité cette dépense ne s'élevait encore qu'à deux cent vingt millions à la fin de 1810, en y comprenant même le prix des effets d'habillement et d'armement fournis par les magasins de la guerre. Sur cette somme, les fonds payés aux princes de la maison détrônée pouvaient mouler à dix millions.
Quoique les pensions affectées i ces princes eussent été stipulées par les traités de Bayonne, l’Empereur, à qui la cession n'avait livre qu'un royaume à conquérir, crut pouvoir se pcrmellrc de les diminuer. 11 fil cuire les princes espagnols une nouvelle répartition , qui réduisit leurs dépenses an-
* LeUre du Havre, le 38 mai.
S Bio:iu.v,
nuclles à une somme de trois millions deux cent soixante-seize mille francs. Assurément cette réduction portait atteinte â la lettre des traités; mais, aux yeux de l'Empereur, l'infraction ne manquait pas d'excuses'. La maison déchue lui avait cédé une couronne, mais ncluiavait pas donné un royaume. Au reste, il éprouvait une sorte de honte à modifier ainsi l'exécution de ses cngagcmciils, cl il défendait à son ministre de dire n qu'il y eût rien de » changé. » Ce n'élait pas un débiteur hardi qui niât sa dette; c'était un débiteur retardataire qui ne voulait faire que des payements incomplets et partiels.
Quelquefois, mais très -rarement, l’Empereur rencontrait en France des obstacles de légalité auxquels il était obligé de sc soumettre. Un décret ayant ordonné d'inscrire sur le grand livre de la dette publique une rente de cinq cent mille francs au profil des créanciers d'une ancienne dette du Piémont, le trésor refusa d'obéir à ce décret. L’in- Kription n'eut lieu qu'après avoir été autorisée par on vote législatif. L’Empereur comprît sans i>ciiic combien il importait à l’intérél de l’Étal que la volonté du prince ne pût pas sufiire pour légitimer une (elle inscription.
Sans contredit Napoléon a poussé à l’cxtréme la manie de tout diriger, de tout administrer en France. S'il disait souvent, comme Louis XIV : U L’État, c'est moi; » l'État était en lui bien plus qu'en I.ouis XIV. Le gouvernement, c'élail lui; l'administration, c’était encore lui, et non -seulement rudminislraliun générale, mais celle de chaque département, de chaque ville, de chaque commune. Si l'obligation de soumettre au conseil d'État toute dépense municipale supérieure à dîi mille francs emportait des lenteurs souvent préjudiciables, la haute surveillance de l'Etnpereur n'élait pas non plus sans avantages. D'ailleurs il y avait alors partout une activité dont la tradition s'est perdue. Les décisions étaient promptes et les agents expéditifs. L’F.mpcreur ayant ordonné la vérification de toutes les caisses municipales, on s'imagina que ce travail demanderait plusieurs années ; il fut achevé en quelques mois. Celte iiivcsligaiion de l'Empereur sur les comptes des receveurs municipaux amena ta découverte d'un déficit de plus de deux millions dans tes caisses de quelques grandes villes, telles que Rouen, Marseille et Anvers. En saisissant la malversation sur quelques points, l'Empereur U prévenait sur beaucoup d'autres.
Tout en cédant aux représentations du ministre du trésor relativement au système de succursales
* Lettre du Havre, te 30 mai.
Sâ