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CHAPITRE XXV

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(le In banque, l’Empereur, toujours préoccupé du désir de rournir au commerce des capitaux A bon marché, forma le projet d’une banque universelle qui aurait uniquement la destination d’escompter à quatre pour cent. Après beaucoup de discussions, ce projet fut aussi abandonné. A défaut de ce plan, l'Empereur en imagina un autre : c’était d’établir une espèce de Mont-de-piété qui recevrait des marchandises en dépe^t. Comme on lui objecta que, si les emprunteurs ne payaient pas, il faudrait vendre les marcbaiidises , et qu’ensuitc, en mcttanl en vente des masses de marchandises considérables, on ruinerait par l'abaissement des prix les autres commercants, il lui fallut encore renoncera cette dernière conception. Il se réduisit alors à l'idée de faire des prêts aux négociants solvables. Des sommes assez fortes furent ainsi avancées par le ministre du tré^r dans les derniers mois ‘ de 1810. Ce genre de prêts se multiplia beaucoup en 1811.

(Quoique, dans le cours de nos récits sur les relations de divers États, nous ayons déjà fait la part de l’Angleterre, comme le monde se trouvait véritablement partagé entre cette puissance et l’empire français, nous ajouterons encore ici quelques courts éclaircissements sur la situation respective des deux pays à la nu de 1810. Cette année, si productive en apparence pour Napoléon par la réunion à son empire de la Hollande, des villes anscatiques et du Valais, avait donné à l’Angleterre, avec moins d'éclat et en excitant moins de jalousie, des acquisitions moins étendues, mais plus solides, qui ne devaient pas toutes , au moment de la conclusion de la paix, échapper au nouveau po.ssesseur. La Cuadeloupe , seule colonie qui restât à la France aux Antilles, s’était rendue aux Anglais, le 5 février. Dans l’Inde, l'ile de Bourbon avait capitulé le 10 juillet; l’Ilc de France, le 3 décembre.

Dans les premiers mois do l’année, le gouverneinciit britannique avait distribué avec discernement le cli.àtiment cl la récompense. En même temps que sir Arthur Wcllcsicy était, pour la victoire de Tala vera, créé pair, avec le titre de vicomte Wellington et un revenu de deux mille livres sterling, le nialheureux chef de l’expédition de Walckeren, lord Chatham, malgré les efforts du ministère pour sa défense, fut obligé de renoncer à scs fonctions de grand maître de rarlillcric.

Quel que fût le dommage causé aux manufactures par l’hostilité continentale, le ministère anglais s’était obstiné à repousser les ouvertures de rapprochement qui lui avaient été faites au nom de la France, d’abord par le ministère hollandais iininédiatcmenl avant la réunion de ce pays à l’em-

• Lollre (In 0 décembre.

I pire, cl, plus tard , par l’intermédiaire de M; Ma- I kcnsic, son commissaire pour traiter d’un échange de prisonniers de guerre. Dans l'Europe presque tout entière soulevée contre elle, l’.Anglctcrre voyait un point qui ne lui était pas fermé, un point où clic avait pour allié, non un roi, mais un peuple. Elle pressentait que c’était dans l'insurrection espagnole que résidait le principe de la destruction du grand empire français. Son calcul ne sera point trompé.

Ce n’était pas la faute du gouvernement britannique s’il n’avait pas rendu à l’Espagne le roi dont elle défendait si opiniàtrémcnt la couronne; c’était ce roi qui lui-même trahissait les efforts faits pour ' sa délivrance. Un Irlandais, le baron de Kolli, muni d’argent et de pouvoirs s’étant présenté à Fcr- I dinand VU avec des lettres du roi d’Angleterre,

: du l«f janvier, contre-signées par lord Wcllesley,

I et, lui ayant fait connaître les mesures prises pour son enlèvement, fut dénoncé par le prince même au gouverneur de Vaicnccy. Celle scène se passait au moment du mariage de l’Empereur av<H: une archiduchesse d’Autriche. Au lieu d’aller rejoindre le peuple qui se sacrifiait pour lui , le noble prisonnier portail un toast dans les termes suivants : K A nos augustes souverains le grand Napoléon et » Marie-Louise, son auguste épouse! » Le gouvernement anglais n’eut pas à regretter le mauvais I succès de cette tentative. Quand un prince captif SC refuse à une pareille occasion de salut, il est bien évident qu'une nation vaut mieux pour auxiliaire qu'un tel roi.

Aux souffrances de l'industrie anglaise se joignit, dans les derniers mois de l'année, un événement qui ailleurs eût entravé tout le mécanisme du pouvoir cl changé la politique d'un cabinet, mais qui, en Angleterre, déjà une fuis éprouvé, avait révélé à la nation et au gouvernement lui-méme tout ce que la constitution du pays offrait de garantie à son indépendance et à sa sûreté. I.a douleur causée au roi par la mort ^ de la plus jeune de scs filles, la princesse Amélie, amena le renouvellement de la maladie mentale qui déjà antérieurement avait produit un interrègne de quelques années. Cet incident mit aux prises la famille royale et le ministère. En tout autre pays , le ministère eût succombé sous l’ascendant de la famille royale; en Angleterre , ce fut le ministère qui l’emporta.

L’exercice de l’autorité royale ayant été déclaré suspendu, un plan de régence fut soumis au prince ; de Galles. Le prince le rejeta, et sept ducs de sa ^ famille, en tête desquels se plaçait le duc d'York,

! * Quatre bâiimcnls étaient a l,-t disposition du baron

de Kolli sur la eéte de Quiberon.

I ’ Le 9 novembre.

POr.lTIQDE INTÉniEUM.

protestèrent * contre les restrictions qne l'oo too- i bit mettre à l’autorité du régent. Les ministres ne I fléchirent point devant celte protestation. Le chan* | celier de l’Échiquier répondit eu leur nom s que, j quoique les mesures proposées n’eussent pas le bonheur d’étre approuvées par les illustres personnagesquicomposaient les branches mâles de la famille | royale, ils ne pouvaient cesser cependant de les considérer comme les seules légales et constilU' tionnelles. Les ministres avaient |>our eux l'autorité si puissante en Angleterre d'un précédent. Ifs invoquaient à l’appui de leur procédé l’exemple de ce qui s'était pratiqué en 1788 cl 1789; les réso- : lutions présentées par le ministère furent adoptées.

Si l’un devait rigoureusement apprécier la situa- ; tion d'un pays par la somme d'impôts qu'il sup- I porte, on pourrait croire que celle de l'Angleterre était alors beaucoup plus prospère que celle de la France, et assurément il n'en était pas ainsi. Une pareille méthode de jugement, surtout pour 1810, serait complètement fausse. Au reste, dans i'énor* mité du chiffre de dépenses et de recettes de l’Angleterre, il ne faut pas négliger de prendre en considération ce qui dans celte quotité provient de la multiplication du papier-monnaie et de sa dépréciation.

Voici l’état exact des recettes et des dépenses du gouvernement français en 1810:

OaiCUIE BT RATCai DU BICITTU.

Contributions directes 803,880,000 fr.

Knregistrcmcnl , domaines et

bois 190,438,000

Douanes, sels et droits extraordinaires 100,633,000

Droits réunis, contributions indirectes et tabacs 109,734.000

Loterie 19,133,000

Postes 10,633.000

Sels et tabacs au delà des Alpes. 7,778,000

Salines de l'Est 8,331 ,000

Honnafes 1.000,000

Poudres et salpêtres 0,000,000

Recettes diverses et accidentelles 8,113,000

Recettes extérieures, royaume

d'ilatie 30,000,000

Recettes des départements des Bouches - de • l'Escaut et du

Rhin 6,338,000

Fonds spéciaux 74,094,000

ToUl 860,663,000 fr.

' Le 10 décembre.

Au montant des contributions directes porté â 303,880,000 francs, ü faut ajouter les centimes additionnels, considérés d'après leur destination comme fonds spéciaux compris dans les 74,004,000 francs qui forment le dernier article des recettes. Ces centimes s'élevaient à environ trente millions. Le total des contributionsdircctes était donc alors, pour une population de quarante millions d'habitants, de 333,000,000 de francs.

OBlCint BT KATOBl BBS DtPBHSU.

Dette publique, perpétuelle, viagère, et pensions 111,383,000 fr.

Liste civile, y compris les princes 37,300,000

Ministère de la justice 93,199,000

— des relations extérieu-

res 8,383,000

— de l’intérieur 87,133,000

— des Hnances 83,638,000

— du trésor public. . . 8,300,000

— de la guerre 341,909,000

— de l'adininislraliondo

la guerre 137,1 48,000

— de la marine 130,838,000

— des cultes 18,483,000

— de la police générale. 1,800,000

Frais de négociations 9,907,000

Dépenses assignées sur les fonds

spéciaux et travaux extraordinaires 74,094,000

Total 889,184,000 fr.

En Angleterre, le revenu public et l'emprunt produisirent :

Revenu, 06.029,349 liv. si., 1,680,733,728 fr. Emprunt, 13,000,000 Üv. st., 300,000,000

ToUl. . . 78,029,549 liv. St., 1,930,733,738 fr.

Ainsi le produit d’impôts élevés à seixe cent cinquante millions ne suffisait pas à l'Angleterre; il fallait y joindre un emprunt de trois cents millions, tandis que la France, qui comptait alors quarante millions d'habitants, satisfaisait à toutes scs dépenses avec un revenu de huit cent soixante millions de francs.

Dans le cours de 1810, les événements ont paru constamment favorables à la France comparativement à l'Angleterre; ces apparences sont trompeuses. Pour des yeux clairvoyants, celte année

* 30 ilécerabre.

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