SIECLES AVANT LA MONARCHIE
il en attendait un du peuple qui saurait le mieux se maintenir sur le sol, le défricher, le cultiver, s'y bâtir des demeures. Les Galls furent ce peuple : la terre s'appela Gaule ^
Des siècles se passèrent : les trois races se firent peu à peu des limites : les Aquitains au midi, les Celtes au centre, les Belges, fils des Cimbres, au nord. La Gaule fut constituée pour six cents ans.
Alors la société se forma, les lois naquirent : la terre fut cultivée, des villes furent bâties, des gouvernements établis.
Druides 3.
Une pensée religieuse, comme partout, présida aux premiers développements de cette société. Des hommes, plus sages que les autres, avaient conservé les traditions primitives' du genre humain : ils firent connaître l'existence d'une Divinité et la certitude d'une autre vie, époque de
1 Ce nom paraît être d'invention romaine : les gens du pays l'appelaient Celtique ; toutefois, quoique le mot Gallia soit latin, il vient évidemment du mot celtique, gaël, forêt.
2 Voyez à \d. ^nànyoXnxnQV Explication raisonnéc des figures, n" l^'.
récompenses et de peines. Maîtres par l'enseignement, ils le furent par la puissance : ils firent des lois et régnèrent. On les appela Druides, du mot celtique dru, chêne, parce ({u'ils vénéraient cet arbre. Les uns oifraient des sacrifices, iuterprétaient les présages, prédisaient l'avenir : c'étaient les Eubages; les autres chantaient la Divinité, la gloire des héros, et enflammaient, par leurs paroles inspirées, le courage des guerriers : c'étaient les Bardes.
Leur culte avait quelque chose de pur. car ils ne représentaient pas leurs dieux; mais aussi quelque chose de barbare, car ils leur immolaient des hommes. C'était au milieu des plus sombres forêts, ou sur les grèves solitaires de l'Océan, qu'ils accomplissaient ces sanglantes cérémonies.
Bien des lieux encore, en France, conservent le souvenir de ces druides. Les côtes de Bretagne surtout sont couvertes des monuments grossiers de leurs sacrifices. Ces monuments sont à\is Menhirs, Cromleachs ou Dolmen. Les Menhirs sont des blocs énormes de pierres grossières fichées en terre isolément, ou rangées en avenue. On donne le nom de Cromleachs à des menhirs rangés en un cercle unique ou en plusieurs cercles concentriques autour d'un menhir plus élevé: et celui de Dolmen à des espèces d'autels formés d'une ou de plusieurs grandes pierres plates pos, es horizontalement sur plusieurs pierres verticales.
Chacune des trois races dont nous venons de parler se divisa en plusieurs petits Etats indépendants, selon (jue les hommes se groupaient, soit dans des villes bâties au bord des fleuves, soit dans les montagnes qui les mettaient a l'abri des invasions. Les uns se gouvernaient en république ; d'autres avaient un chef électif: d'autres, une royauté héréditaire : quekpies-uns se contentaient du gouvernement de leurs prêtres, ou de l'autorité patriarcale. Il paraît toutefois que le besoin de la défense commune les amena peu à peu à former une association générale.
Les villes de Gaule dont l'origine remonte à ces temps reculés sont, chez les Belges. Divodurum (Metz), Durocortoram (Reims), Tullum (Toulj ; chez les Celtes, Lutetia
SIECLES AYANT. Li MOlVARCniE.
(Paris), Rothomagus (Rouen), Genabum (Orléans), Bibracte
(Autun) , Alesia (Alise)
Vesontio (Besançon) , Vienna
Monuinent druidique -.
(Vienne) ; chez les Aquitains, Avaricum (Bourges), Gergovia (près de Clermont), Uxellodunum^ Burdigala (Bordeaux), Tolosa (Toulouse). Ces villes ne ressemblaient pas à nos villes d'aujourd'hui : elles étaient, en général, plutôt des lieux de refuge que des lieux d'habitation. On se réunissait dans leur enceinte pour traiter des affaires publiques, on y déposait le produit des récoltes, on s'y défendait en cas d'invasion. Dans une contrée qui n'avait d'autres richesses que celles du sol, d'autre commerce que des échanges, on ne peut pas se figurer le peuplé habitant dans des villes.
1 Alesia a été placée par d'Anville au village de Sainte-Rciiie [Càte-d'Or), et par d'autres archéologues, au hameau d'Alaise, à 23 kilomètres sud de Besançon.
2 Voy. à la fin du volume V Explication raisonnée des figure-^, n" 2.
3 4 niSTOIRE DE FRANCE.
L'n ('tahlissement sV-tait poiirtanllnrmc', et une ville ha- Mlable s'était élevée sur les côtes de la MéditeiTanée. Environ (300 ans avant J. C. les Phocéens , chassés de l'Asie Mineure, étaient venus fonder Massilia (Marseille). Ce petit peuple, industrieux, commerçant, et déjà formé par la civilisation grecque, était pour la Gaule ce que furent au xvi^ siècle nos colonies européennes pour les peuples du Mexique et du Pérou. Après deux cent quatre-vingts ans d'existence, cette ville était célèbre par ses sciences comme par son commerce : ses navigateurs avaient exploré les côtes d'Afrique jusqu'au Sénégal, ils étaient entrés dans la mer Baltique : son astronome Pythéas avait mesuré le méridien.
L'influence des idées grecques et celle du commerce eurent sans doute de la peine à pénétrer dans la Gaule; mais peu à peu l'industrie fit des progrès, les mœurs se formèrent ; et si les peuplades des montagnes conservèrent leurs habitudes sauvages, la civilisation, suivant les côtes de la mer ou le cours des fleuves, s'avança par degrés dans les plaines,
La terre alors fut mieux cultivée, et put fournir à la subsistance de ses habitants. A l'époque de la fondation de Marseille, on avait vu deux grandes colonies de Gaulois quitter le pays oti elles ne pouvaient plus vivre : l'une, conduite par Bellovèze, était allée rejoindre par delà les Alpes les Gaulois de l'Italie ; l'autre, sous la conduite de Sigovèse, avait passé le Rhin, suivi la vallée du Danube, et formé des établissements dans l'Asie Mineure. On peut voir dans l'histoire grecque et dans l'histoire romaine ce que devinrent ces colonies, si longtemps célèbres. Depuis ce moment, aucune migration n'eut lieu, et malgré l'accroissement continuel des populations. Belges. Celtes. Aquitains, restèrent chez eux et vécurent des produits du sol.
L'histoire de ces temps nous manque : les Gaulois n'ont rien écrit, et leurs monuments sont bien rares. Ce n'est que par les historiens loiuains que nous connaissons les premières annales de notre pays. Lorsque Annibal, 218 ans
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avant J. G., traversa le midi de la Gaule pour se rendre en Italie, il trouva des peuplades belliqueuses, mais peu civilisées encore.
Les Romains parurent pour la première fois dans la Gaule l'an 154 avant l'ère chrétienne, quand Marseille, menacée par les Ligures Transalpins, eut invoqué leur secours. lis soumirent les Ligures et fondèrent un établissement à Aqiiœ Sextiœ (Aix), chez les Salves (123). Vainqueurs, sous Domitius, des Allobroges (122), et sous Fabius, des Arvernes (121), ils réduisirent en province romaine * le pays entre le Rhône et les Alpes, à l'exception du territoire de Marseille. Enfin, ayant franchi le Rhône et porté leurs armes victorieuses jusqu'aux Pyrénées, ils firent de Narbonne une colonie (118).
Pendant que la civilisation conquérante s'avançait au midi, la barbarie rentrait par le nord. Les races cimbres et teutoniques, cherchant des climats plus doux et des terres plus fertiles, se précipitaient sur la Gaule, et la ravageaient du Rhin aux Pyrénées. Les Romains, vaincus plusieurs fois, appelèrent d'Afrique le héros de l'époque. Marins. Il rencontra les barbares auprès d'Aix, et en fit un carnage effroyable. Cette bataille fut livrée l'an 102 avant J. G., sur les bords de l'Arc, au pied de la montagne qu'on appelle encore Sainte-Victoire.
Rome demeurait donc maîtresse dumidi de la Gaule, mais il fallait conquérir le reste. L'occasion s'en présenta bientôt.
Les Helvètes, peuplade celtique, ne trouvant plus dans les Alpes une subsistance suffisante pour leurs populations, descendirent en masse de leurs montagnes, 60 ans avant J. G., et menacèrent d'envahir les vallées du Rhône et de la Saône. Par la première, ils attaquaient les Romains ; par la seconde, la Gaule indépendante. Un danger commun rapprochait les deux nations ennemies. Les légions de Rome, en plus grand nombre tjue jamais, accoururent sous la conduite de Jules César (58).
1 De là \ienl le nom de Provence (prouiHcm).
Les Helvètes furent défaits et massacrés * : Bibracte, ville des Ediiens, fut sauvée. Arioviste, roi des Suèves, qui s'avançait de son côté pour la détruire, fut battu sur les bords du Doubs -.
Mais César était au cœur de la Gaule, et il avait décidé la conquête de ce pays. Il en avait besoin comme Romain, car Rome voulait tout soumettre, mais surtout comme chef de parti, parce qu'une guerre prolongée contre des peuples belliqueux lui promettait des soldats braves, endurcis, et dévoués à sa cause ; et puis, parce que la Gaule était devenue riche, et devait lui fournir de quoi acheter le pouvoir souverain, objet de tous ses vœux. La Gaule d'ailleurs était divisée par des rivalités, des guerres intestines. On pouvait opposer avec succès les intérêts des républiques à ceux des monarchies, ceux des peuples de l'intérieur à ceux des peuples de la côte, ceux de l'habitant des montagnes à ceux de l'habitant des plaines et des villes. César adopta cette politique ; il souleva les uns, contre les autres tous les petits Etats qui se partageaient la contrée, gagna les uns, subjugua les autres, et pendant près de dix ans que dura la conquête (58-50), fit, de son propre aveu, d'effroyables massacres de la nation gauloise ^. Quelques peuples résistèrent avec un courage héroïque : les Belges combattirent longtemps ; les A^enètes, peuplade celtique des bords de l'Océan (A'anneset le Morbihan) ne succombèrent qu'après des luttes incroyables; leur nation fut exterminée et vendue à l'encan. Après la première somnission de la Gaule, un Arverne, Vercingétorix^ ralluma la guerre (52) et appela les peuples à la liberté. Son héroïque défense d'Avaricum (Bourges), et le rude échec qu'il fit éprouver aux Romains à Gergovia \ fij-ent croire
1 Celte défaite eut lieu, dit-on, à l'endroit où est maintenant f.ussi, en Morvan, à 16 kilomètres d'Autuu. [Voy.les Commentaires de Cé^ar.)
8 Au lieu où est Dampierre, arrondissement de Montbeliard.
3 Plutarque [Vie de t'ésar] estime à deux millions le nombre des Gaulois qui périrent dans les batailles ou qui furent réduits en captivité.
* Gergîovia était une place de guerre [oppidum) siiuée sur une hauteur qui se détache des monts Dômes, et s'avance en promontoire sur la plaine de Limagne, environ à o kilomètres sud de Clermout.
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un moment que la Gaule pouvait se relever encore ; mais le long siège d'Alesia, où César déploya toutes les ressources de l'art militaire, termina cette lutte opiniâtre. Le vaincu s'abandonna à la loyauté du Romain, qui le traîna à Rome en triomphe et l'égorgea. L'Aquitaine imita la Celtique et la Relgique : Uxellodunum fut la dernière ville de la Gaule qui résista. Ses défenseurs se donnèrent la mort pour échapper à la honte du triomphe ; sa population fut horriblement mutilée ^ La Gaule, inondée de sang, dépouillée de tous ses trésors, devint province romaine, 50 ans avant J. C.
Vingt-trois ans après, Auguste vint à Narbonne, et fit faire le dénombrement des Gaulois, dans une assemblée générale convoquée à cet effet. Ce fut alors qu'il divisa la Gaule en quatre provinces : la Belgique, la Lyonnaise (Lugclunensis), l'Aquitaine et la Narbonnaise.
La Belgique comprenait tout le nord, depuis le Rhin jusqu'à la Somme.
La Lyonnaise, ainsi nommée à cause de Lyon {Lugdiinum), ville fondée après la mort de César, était l'ancienne Celtique : elle s'étendait depuis l'extrémité du Finistère jusqu'aux sources du Rhin. La Loire était sa limite au midi.
De ce fleuve aux Pyrénées s'étendait l'Aquitaine.
Toutefois, la Narbonnaise enveloppait Toulouse. La limite de cette province suivait la lisière des Cévennes, traversait la vallée du Rhône au-dessous de Lyon, et s'arrêtait aux Alpes. La mer la bornait au midi.
Cette division était fondée sur la diversité des langues. Dans la Narbonnaise, l'usage de la langue latine s'était introduit assez rapidement. L'Aquitain, le Celte, le Belge, différents d'origine, parlaient des langues différentes.
Cependant la langue des Romains gagna peu à peu :
1 « Comme César ne voyait pas de terme à la guerre des Gaules, il résolut d'épouvanter les peuples par un exemple : il fit couper la main à tous ceux qu'il venait de vaincre, et leur laissa la vie pour que leur mutilation rappelé* long-temps leur rébellion et leur châtiment. » [Commentaires de César). HIST. DK FR — T I. 3
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l'idiome celtique se réfugia sur les rochers de la Bretagne, dans les montagnes des Vosges, dans celles des Arvernes. On en retrouve encore des traces dans le patois de ces contrées ^ La toge romaine devint aussi le costume du Midi, et dans toutes les villes, celui de la classe noble et opidente. La saie gauloise, les larges hauts-de-chausses, les chaussures à semelles de bois, les longs cheveux, se consen'èrent dans les pays que nous venons de nommer. Encore aujourd'hui, on reconnaît des traces de ce costume primitif dans l'Auvergne et dans la basse Bretagne.
Depuis l'organisation établie par Auguste jusqu'à l'an 236 après J. C, c'est-à-dire environ pendant trois cents ans, la Gaule essaya deux fois seulement de recouvrer son indépendance. En 21, les Andécaves (Angers), les Turons (Tours), les Trévires (Trèvesj et les Éduens (Autan) se soulevèrent contre Rome ; ils furent vaincus. Quarante-huit ans plus tard (69), le Batave Civilis et le Lingon Sabinus, appuyés par les druides persécutés et par une prétresse, Yelléda, fomentèrent dans la Gaule une insurrection bientôt étouffée par Cérialis.
Pendant ces siècles de paix, la Gaule changea de face. Les sciences, les arts, le commerce, l'industrie, l'agriculture, s'y développèrent sous la double influence de la civilisation romaine et du christianisme. Une active émulation s'établit entre les cités gauloises : quelques-unes acquirent une étendue et une puissance qui nous étonnent. L'ancienne Bihracfe, devenue Augustodunum (Autun), renfermait })lus de cent mille habitants : on peut suivre encore aujourd'hui, dans la plaine qui l'entoure, son enceinte d'alors. Ses écoles l'avaient rendue célèbre. Arles devint la Rome des Gaules. Lyon, Vienne, Marseille. Xarbonne, Toulouse. Xîmes. Fréjus ; et dans le nord, Reims, Langres, Metz. Amiens, Mayence, Cologne. Trêves, brillèrent par leur opulence. La Gaule se couvrit de monuments
iQn y trouve aussi des traces de la langue romaiiiO. Ainsi le pnysan d'Auvergne, quaud il veut arrêter ses b.Tufs, leur dit : sla bô...