‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 9 sur 52 · LA GAULE · texte numérisé non relu

LA GAULE

La seule limite naturelle d'un pays, la seule que les conventions humaines ne puissent changer, c'est la mer : toute autre dépend des traites. La Meuse, le Rhin, l'Elbe ont borné et peuvent borner encore la France ; sur les Alpes ou au pied des Alpes, sur les Pyrénées ou au pied des Pyrénées, la ligne de démarcation est une ligne imaginaire et mobile.

Cependant, on prend l'habitude d'appeler limites naturelles celles qui, indiquées plutôt qu'imposées par la nature, sont consacrées par les traditions les plus anciennes, par les traités les plus nombreux, par les intérêts les plus constatés. Sous ce point de vue, les limites naturelles de la France sont, avec l'Océan et la Méditerranée, limites rigoureuses : 1° la chaîne des Pyrénées et celle des Alpes ; S*" le Rhin. C'est dans cet espace que se développe l'histoire de France : quelquefois elle a franchi ces bornes; plus souvent elle n'a pu les atteindre; mais aucun peuple n'a possédé plus longtemps que nous les contrées renfermées dans ce cadre, aucun ne pourrait les revendiquer comme son antique propriété.

C'étaient là d'ailleurs les limites de la Gaule : le cours du Rhin tout entier la séparait de la Germanie, depuis le sommet des Alpes jusqu'à l'Océan.

28 HISTOIRE DE rilA>CE.

Cette contrée est fort élevée au midi, et s'abaisse insensiblement vers le nord et l'ouest. Les rivages de la Méditerranée sont donc beaucoup plus voisins des montagnes que ceux de l'Océan : ils les touchent même tout à fait auj^'ès des Alpes comme auprès des Pyrénées.

Ces deux chaînes de montagnes envoient à la France trois grands fleuves. Et ce qui prouve combien les limites sont chose arbitraire, c'est qu'aucun d'eux ne prend sa source sur le territoire français.

Le Rhin, qui commence dans les monts du Saint-Gotliard, en Suisse, n'est qu'un torrent jusqu'au lac de Constance; en sortant de ce lac il devient un fleuve. Sa vallée, très-resserrée d'abord, s'élargit après Bàle. et s'étend entre les monts de la Forèt-Xoire et ceux des Vosges, double prolongation des Alpes, jusqu'à ce qu'enfin elle se confonde presque avec les plaines, et verse son grand fleuve en une multitude de cours d'eau, qui le font disparaître dans les marais de la Hollande.

Le Pdiône. torrent aussi depuis le mont de la Furca jusqu'au lac de Genève, conserve toujours sa marche impétueuse, parce qu'il est toujours dans une vallée étroite entre de hautes montagnes : ce n'est qu'aux approches de la mer qu'il s'étale et se divise.

La Garonne, qui naît au val d'Arran, en Espagne, se creuse tout de su'te un lit profond, et. dès son entrée en France, suit une pente assez douce, et n'est bordée que par des collines. C'est que les Pyrénées ne s'allongent pas, comme les Alpes, en une multitude de chaînons; depuis les montagnes Noires qui à l'est les unissent aux Cévennes, puis aux Alpes, elles cessent partout brusquement jusqu'à l'Océan.

Entre les Pyrénées et les Alpes, tout est montagnes. Ces montagnes versent à l'ouest les affluents de la Garonne, l'Aveyron, le Tarn, la Dai'dogne; au nord, la Loire, avec ses affluents. l'Allier, le Cher, la Vienne. La Loire est le grand fleuve français ; sa source est dans le pays, il coule au centre du pays, et longtemps il a divisé la nation en deux races distinctes. La capitale devrait être sur la Loire.

SIÈCLES iVA^T LA MO?fARCHIE. 2 9

Il faut étudier sur la carte le cours de la Seiue, de la Somme.de la Meuse, de la Moselle : de grands événements se sont passés sur leurs bords, et l'on ne comprend bien l'histoire que par la géographie.

La France, située sous un climat tempéré, exempte des rudes hivers et des étés brûlants, semble avoir été destinée par la Providence à devenir la demeure d'une nation civilisée. Mais la douceur même de ce climat, en y attirant tour à tour une foule de peuples, a retardé les progrès de cette civilisation, et rendu cette nation bien lente à se former. Aussi gardons-nous de croire que nous descendions tous d'une même origine : ce n'est pas seulement entre les Pyrénées et le Rhin, entre ce fleuve et l'Elbe, que nous trouverons nos ancêtres : il faut les chercher aussi dans les glaces du Nord, dans les rochers de l'Arabie, au fond du Caucase, et jusqu'au pied de la grande muraille de la Chine. Notre sol fut la terre promise des peuples, notre nation, le résumé du genre humain.

Parcourons rapidement ces temps reculés : leur connaissance, quelque imparfaite qu'elle soit, explique bien des choses dans notre histoire.

Les récits nous manquent pour les premiers âges : mais à défaut de récits, les faits se révèlent par des monuments.

Les plus anciens monuments de notre pays sont les volcans éteints de l'Auvergne. Ils attestent que bien avant d'être peuplée, la terre de France fut remuée par d'effroyables bouleversements.

Viennent ensuite les traces du déluge, qui se manifestent dans toutes nos plaines, et jusque sur le sommet de nos plus hautes montagnes, par la présence d'une multitude innombrable de plantes marines et de coquillages.

Puis, apparaissent les signes de la présence des hommes : mais ces hommes étaient tout à fait barbares ; ils ne savaient pas encore se construire des habitations. Quand on visite dans leurs profondeurs les plus reculées les monts du Cantal et de la haute Loire, on trouve ces monts percés en tous sens par d'immenses cavernes, qui tantôt s'élèvent

les unes sur les autres à de grandes hauteurs, tantôt communiquent entre elles à de longues distances. C'étaient les demeures de nos premiers aïeux.

Descendants de Japhet, ils venaient de l'Asie : à quelle époque ? on l'ignore. Mais les plus anciennes traditions nous indiquent la double route qu'ils avaient suivie.

Les uns, appelés Galls, ou Celtes, après avoir remonté la vallée du Danube, et descendu celle du Rhin, avaient passé ce fleuve dans les plaines du Aord, et s'étaient avancés vers la Loire : ceux-ci furent probablement les premiers.

Les autres, enfants des premiers navigateurs, Phéniciens sans doute, après avoir séjourné longtemps en Espagne, descendirent avec la Garonne du haut des Pyrénées. On les appela plus tard Aquitains. On ignore leur nom primitif.

Puis vinrent les Cimbres, ou Kimris \ partis d'Asie comme eux, et qui. entrés par le nord, refoulèrent les Celtes vers le midi. Alors une partie de ces derniers passa les Alpes, et s'établit entre ces montagnes et le Pô, tandis que les Aquitains renvoyaient le superflu de leurs populations de l'autre côté des Pyrénées.

Ces trois nations réunies, les Cimbres, les Celtes, les Aquitains, formaient peut-être quelques centaines de milliers d'hommes, et il y avait place -dans la contrée pour des populations bien plus nombreuses. Mais il ne faut pas se figurer le pays dans l'état oti il est aujourd'hui, couvert de productions de toute espèce. D'immenses forets sur toutes les montagnes ; de grands lacs, des étangs profonds dans toutes les vallées ; des bruyèi^es, des marécages dans les plaines : çà et là seulement, quelques prairies où paissaient les nombreux troupeaux de ces peuples pasteurs ; (|uelques champs de blé défrichés avec beaucoup de peine : une atmosphère brumeuse et froide, des fleuves qui gelaient tous les hivers ; point d'habitations régulières, point de routes frayées : tel était l'aspect général de cette France aujourd'hui si belle. Aussi le pays n'avait-il point de nom :

1 Les Cimmérlens d'iTomère et d*fTérodoté.

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