‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 17 sur 52 · A. 24 kilonir'tres est de Segrë Malucet-Lolre · texte numérisé non relu

A. 24 kilonir'tres est de Segrë Malucet-Lolre

ail roi de Germanie, et la Bourgogne à celui de France. Au reste, l'empereur Louis 1[ n'avait point à se plaindre, car à la mort de son frère Charles, roi de Provence, en 863, lui-même s'était emparé de ses Etats.

Au nord de la France, un nouveau pouvoir s'élevait, celui des comtes de Flandre. En 863, Baudouin Bras-de-fer, grand forestier du roi dans ce pays, était venu à Senlis enlever .Judith, fille du roi de France, veuve du roi d'Angleterre, et renommée par sa beauté. Louis le Bègue, fils aîné de Charles, se chargea de châtier l'insolent seigneur, et fut battu par lui au mont Saint-Eloi, près d'Arras. Le roi Charles céda comme toujours : il reçut en grâce les deux coupables à Auxerre, et créa pour Baudouin le comté de Flandre, qui devint si important dans l'histoire.

La Bretagne, de son côté, se détachait de plus en plus. Salomon, cousin d'Hérispoé, l'avait tué en 857, et avait été reconnu roi par Charles le Chauve. Son règne en Bretagne fut assez glorieux. En 873, il se réunit à Charles le Chauve pour chasser d'Angers les Normands. Les barques de ces pirates étaient dans la Mayenne. Salomon, pour entrer en ville, fit creuser un canal, qui sert aujourd'hui de lit à cette rivière. Les Normands, voyant leurs navires à sec, capitulèrent. On permit à ceux qui se feraient chrétiens de rester à Angers ; mais Salomon ne jouit pas longtemps de sa gloire : l'année suivante, 874, il fut victime d'une révolte. Son gendre Pasquiten et le gendre d'Hérispoé, Gurfaut, le détrônèrent, le tirèrent d'un couvent de Brest où il s'était caché, et lui firent crever les yeux par un Français, nommé Fulcoald. Salomon mourut le lendemain, et la Bretagne fut partagée en plusieurs factions, qui tour à tour y appelèrent les Normands.

L'empereur Louis II mourut à Brescia, le 12 août 875, ne laissant qu'une fille nommée Ermengarde. Louis le Germanique et Charles le Chauve se mirent aussitôt en mesure de recueillir l'héritage impérial : mais pendant que le premier faisait ses préparatifs et envoyait son fils Charles le Gros pour lui préparer les voies, Charles le Chauve, plus

no HISTOIRE DE FRiINCE.

actif, quitta son palais de Douzy. dans les Ardennes, et se dirigea rapidement vers les Alpes, qu'il franchit au mont Saint -Bernard. Il arriva à Rome le 17 décembre, et se fit immédiatement couronner empereur par le pape Jean VIII. Le 5 janvier 87 G. il était de retour à Pavie. où il prenait la couronne des Lombards. Ce fut alors qu'il créa duc de Lombardie Buson. frère de sa femme, qui songea aussitôt à se faire un royaume.

A peine de retour en France. Charles le Chauve apprit la mort de son frère Louis le Germaniijue; ce dernier laissait trois fils. Carluman. Louis et Charles le Gros. II avait donné au premier la Bavière, au second la Saxe, au troisième la Souabe. Charles le Chauve contesta ce partage, et prétendit réunir sur sa tète tout l'héritage de Charlemagne. Louis de Saxe prit les armes, et le 8 octobre 876, une bataille eut heu près d'Andernach * entre l'oncle et le neveu. Le premier fut vaincu et obligé de fuir : une sorte de terreur panique s'était emparée de son armée, et la déroute fut complète.

La nouvelle de cette défaite causa une grande agitation en Italie. Boson, duc de Lombardie, qui venait d'épouser Ermengarde, fille de l'empereur Louis II, et Bérenger, duc de Frioul, beau-frère de ce monarque, cherchaient à se rendre indépendants. Carloman de son côté, le fils aîné de Louis le Germanique, marchait sur lltalie avec une armée pour conquérir la couronne impériale. Charles le Chauve se décida à repasser les Alpes. A peine arrivé à Pavie, où il entra avec le pape, il apprit que Carloman s'approchait. Trahi par les ducs italiens, qui favorisaient son rival, l'empereur se vit forcé de revenir sur ses pas. car l'armée qu'il avait amenée de France était peu nombreuse. Surpris par une fièvre violente au passage du mont Cenis. il parvint avec peine jusqu'à un village duBugoy, nommé Briord '^ ou il mourut le 6 octobre 877, dans la chaumière d'un paysan. On accusa le juif Sédécias. son médecin, de l'avoir empoi-

1 \ 1 i kilonicti-es uord-ouesl de Cobleat,z sur le Rhin, î Pies du Rhôue, à 16 kilomètres ouest de Beiiey.

sonne. Son corps l'ut porté au prieun) de Nantiia, oîi il demeura sept ans avant d'être transporté à Saint-Denis. Charles le Chauve avait cinquante-quatre ans.

Ce roi, par un capitulaire publié à Kiersy-sur-Oise, le 1-4 juin de cette année, avait dignement couronné les imprudences et les faiblesses de son règne. Cet édit rendait les comtés héréditaires : jusqu'alors les comtes n'avaient été que des gouverneurs de provinces nommés par le roi, chai'gés de l'administration et de la justice, mais révocables. Dès ce moment, ils furent propriétaires de leurs fonctions, et ne tardèrent pas à l'être du sol même. C'était créer des centaines de petits souverains; c'était briser la couronne, sans profit pour la nation. Il ne faut donc pas s'étonner si, à cette époque, l'histoire de France devient un chaos : plus d'unité, plus d'ensemble, plus de gouvernement. L'histoire du roi n'est plus celle du pays, c'est celle d'uu seigneur comme les autres. Il faudrait, pour bien apprécier les événements des deux siècles qui vont suivre, posséder les annales particulières de chaque ville, de chaque abbaye, de chaque famille.

Le règne de Louis le Bègue fut court. Ce prince qui avait trente et un ans lorsqu'il monta sur le tr(jne,^ était d'une santé faible et d'un esprit aussi débile. Lecjuronnementde Carloman de Bavière, à Bome, la fuite du pape Jean YIII, qui vint chercher un asile en France et présida l'assemblée nationale de Troyes, forment toute l'histoire de ce règne. Louis II mourut à Compiègne, le 10 avril 879.

Louis le Bègue laissait deux fils et sa femme enceinte. Les seigneurs, déjà plus puissants que les rois, s'arrogèrent le droit de disposer de la couronne. Pendant que la Flandre, la Bretagne, la Septimanie, s'affranchissaient par le fait, trois assemblées, dites nationales, faisaient contradictoirement acte de souveraineté : l'une à Creil sur l'Oise, présidée par Gozlin, abbé de Saint-Donis \ donnait la couronne de France à Louis de Saxe; la seconde, à Meaux,

1 Depuis évèque de Paris, <■! célèbre par la défense de cette ville.

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sons la présidence de Hugues, abbé de Saint-Germain, reconnaissait pour rois Louis et Gailoman. les deux fils de Louis le Bègue: la troisième, plus hardie encore, se réunissait à Mantaille K près du Rhône, et constituait le royaume de Provence ou de Bourgogne cisjurane, qu'elle donnait à Boson.

La nation repoussa le roi de Saxe, et les deux jeunes princes se partagèrent ce qui leur restait de pays à gouverner ou plutôt à défendre, car les Normands étaient partout. Le partage se fit à Amiens. Louis III eut la Neustrie: Carloman l'Aquitaine. Tous deux furent couronnés à l'abbaye de Ferrières. près de Montargis ^ par Anségise, aichevêque de Sens.

Louis avait à peine dix-sept ans, Carloman n'en avait que treize. Que pouvaient faire deux enfants pour le salut d'un Etat que tant de causes précipitaient vers sa ruine? Ces deux enfants furent des héros : leur règne, malheureusement trop court, relève dans l'histoire cette dynastie carlovingienne tombée si bas. Toujours à cheval, toujours au combat, dix ans de leur vie. si Dieu eût voulu qu'ils vécussent dix ans, auraient sauvé la monarchie.

Ils commencèrent par marcher contre Boson, prirent Mâcon et assiégèrent Tienne. Bien peu de seigneurs, bien peu d'hommes d'armes les suivaient à ce siège, pour lequel ils appelèrent à leur aide Charles le Gros. Celui-ci les quitta bientôt pour aller se faire couronner empereur à Rome, à la mort de son frère Carloman. Le siège de Vienne, défendue bravement par Ermengarde, femme de Boson. dura deux ans. La ville finit par se rendre, et Ermengarde demeura prisonnière; mais Boson conserva son royaume.

En même temps les ravages des Normands appelaient sur tous les points du royaume l'attention et le courage des deux jeunes princes. L'année 881 surtout fut signalée par de grands désastres. Les Normands, sous la conduite d'un chef nommé Germon, avaient débarqué près de Boulogne.

1 A 12 kilomètres nord-est de Saint-Vallicr, département de la Drônie.

2 A 12 kilomètres nord de cette ville.

Hennekin, frère de ce Baudouin Bras-de-fer dont nous avons parlé, marcha à leur rencontre et fut battu. Huit mille Français restèrent sur le champ de bataille, et de là vint, dit-on, le nom de Wimille donné au village qui s'éleva en ce lieu. Après cette victoire, les Normands pillèrent Boulogne, Abbeville, Corbie, Saint-Riquier, Aire, Amiens, Cambrai; ils détruisirent les petites villes de Renty, Blangy, Hesdin et Auchy, oti était mort saint Bertin, en 709; ils brûlèrent l'abbaye de ce saint à Saint-Omer; une petite bourgade, nommée Tervanne, sauvée par l'intercession de saint Paul, prit dès lors le nom de son protecteur ^ La province entière était ravagée; mais le jeune Louis III, qui avait quitté en grande hâte le siège de Vienne, préférant la défense du pays à celle de ses propres droits, rencontra les Normands à Saucourt en Vimeux ^, et les tailla en pièces. Leur chef Germon périt dans la bataille. Malheureusement le vainqueur mourut l'année suivante, 882, à Saint-Denis; sa tête s'était brisée contre une porte, sous laquelle son cheval l'avait emporté.

Un accident enleva aussi à la France le jeune Garloman : successeur de son frère, il suivait les Normands dans la Flandre, lorsqu'il fut blessé à la jambe dans une partie de chasse au sangher parun seigneur de sa suite : la gangrène se mit dans la plaie mal soignée, et Garloman mourut à Baisieux ^ le 6 décembre 884, en déclarant, pour sauver le seigneur, que c'était le sanglier qui l'avait blessé. Ce roi, digne d'un meilleur sort, n'avait pas dix-huit ans.

Les Français ne pouvaient pas mettre à leur tête le fils posthume de Louis le Bègue, Charles, âgé de cinq ans à peine. ï^ouis de Saxe, fils de Louis le Germanique, était mort : il ne restait de la famille carlovingienne que Charles le Gros, empereur. On l'appela au secours de la France. Mais ce n'était pas lui qui pouvait vaincre les Normands. Partout où il les avait rencontrés jusqu'alors, comme son

1 C'est aujourd'hui la ville de Saint-Paul ou Saint-Pol (Pas-de-Calais).

2 A 8 kilomètres sud de Saint-Yalery (Somme).

A 12 kilomètres de Lille, frontière du département du Xord.

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oncle. Charles le Chauve, il avait acheté leur départ à prix d'or, moyen sûr de les faire revenir sans cesse. Anssi leur joie un immense à la nouvelle du choix qu'avaient fait les Français. La Seine fut couverte de leurs barques, et le pillage, l'incendie. menacL'rent Paris, déjà trois fois victime de lenrs brigandages (8io. 857. 866).

Mais cette fois on ne prit pas la fuite, les bourgeois restèrent dans leurs maisons, les reliques des saints dans leurs sanctuaires. Les Parisiens avaient élevé des murs autour de leur île. des forts à la tète des deux ponts qui la joignaient aux deux rives ^: et ils avaient deux braves à leur

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