L.e Grand Chàteict
tête. Eudes, leur comte, fils de Robert le Fort, et Gozlin, leur évéque. Sigefried, chef des Xormands. surpris de cette résistance inaccoutumée, résolut le siège de cette ville (885). Ce siège dura plus d'un an, et fut signalé par une défense héroïque. Les Parisiens, au moyen de leurs forts
1 I.e (a-and et le Petit Cliàtelet.
2 Voy. à la lia du volume \' Explication ra'son 'Ce des figures, u" !4,
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extérieurs, faisaient de fréquentes sorties, et se procuraient des vivres; mais bientôt ces ressources s'épuisèrent. Les Normands, qui recevaient des provisions par la Seine, se mirent à ravager toutes les campagnes d'alentour. Pour comble de malheur, une inondation emporta le pont du midi, et le petit CLat.L't tomba au pouvoii' des Normands. Gozlin étant mort pendant le siège, les Parisiens, abandonnés par les seigneurs de France, oubliés par l'empereur, crurent un moment que le secours divin allait leur manquer aussi. Eudes courut à Metz, où se trouvait alors Charles le Gros, pour le presser de venir en aide à la ville; puis il se hâta de rentrer dans les murs de Paris, se frayant un passage à travers les Normands. L'empereur arriva lentement avec ses Germains, ses Lorrains, ses Italiens, peu intéressés à la défense d'une ville étrangère pour eux. Il réussit cependant à entrer dans Paris * : un moment on crut qu'il allait livrer bataille. L'insouciant monarque se contenta de négocier, et donna de l'or aux x\ormands, non pour qu'ilsse retirassent vers l'Océan, mais pour qu'ils allassent plus haut, sur les rives de la Seine et de l'Yonne, ravager la Bourgogne, si tel était leur vouloir. Sigefried lui-même fut indigné, et, laissant les pillards de son armée suivre la route du brigandage indiquée par le successeur de Gharlemagne, il harcela jusqu'en Alsace la marche rétrograde du lâche empereur.
Celui-ci, découragé autant que déshonoré, sembla dès ce moment avoir perdu toute présence d'esprit, toute volonté. Le seul acte de son pouvoir, après cette malheureuse campagne, fut la répudiation de sa femme Richarde, qui se retira au couvent d'Andlaw en Alsace, qu'elle avait fondé. Abandonné ensuite par tous les seigneurs d'Allemagne, qui offrirent la couronne à Arnolphe ou Arnould, fils illégitime de son frère Carloman, il se vit réduit, en 887, à vivre des secours de Liutbert, évéque de Mayence, e' termina tristement sa vie le 12 janvier 888.
1 Nous avons plusieurs diplômes signés par lui dans cette ville.
Cette année 888 est célèbre par le démembrement général de l'empire, et en même temps par trois victoires qui firent trois souverains, toutes trois remportées sur les Normands.
Richard, duc de Bourgogne, les battit à Saint-Florentin : son duché devint indépendant K
Alain, duc de Vannes, fils de Pasquiten, les battit à Qaestembert - et fut nommé roi par les Bretons. Il est connu sous le nom d'Alain le Grand : il gouverna la Bretagne jusqu'en 907.
Eudes, comte de Paris, qui avait suivi Sigefried, remporta une victoire signalée à Montfaucon, près de A'erdun : les Français l'élurent roi. Gauthier, archevêque de Sens, le couronna à Compiègne.
En Provence. Boson était mort l'année précédente : son fils Louis fut reconnu pour roi. et déclara tenir sa couronne de l'Empire.
Anselme, archevêque de Milan, mit la couronne des Lombards sur la tête de Béranger, duc de Frioul, qui s'appela roi d'Italie.
Rodolphe, duc de la Bourgogne orientale ou transjurane, en fit aussi un royaume : une diète, assemblée à Saint-Maurice en Valais, le créa souverain •\
Arnolphe, roi de Germanie, plus tard empereur, donna de son côté le royaume de Lorraine à son fils naturel, Zwentibold, en 895.
Ainsi Eudes, roi des Français, à peine reconnu en Flandre, regardé comme étranger en Lorraine, en Bourgogne, en Bretagne et de l'autre côté de la Loire, ne régnait guère que depuis ce fleuve jusqu'à la Somme. Encore trouvait-il dans cet espace deux seigneurs puissants qui
1 Richard, premier duc de Bourgogne, était lils de Beuve, comte d'Ardenaes. Boson était son frère. Tous deux durent leur élévatiou au mariage de leur sœur Richilde avec Charles le Chauve, eu STO. Dévoué à la famille royale, Richard avait assiégé Vienne avec Louis et Carloman : ce fut lui qui garda captive, à Autun, Ermengarde, sa helle-sœur, après la prise de Vienne.
2 A 24 kilomètres est de Vannes Morbihan'.
3 II lit cause commune avec Richard, duc de la Bourgogne cisjurane, eu lui donnant en mariage sa sœur .Adélaïde.
tenaient fort peu compte de son antorité, Héribert P', comte de Vermandois, et Foulques I", comte d'Anjou, dont le pouvoir avait commencé la même année que le sien.
Le règne d'Eudes ne fut qu'une chevauchée continuelle. Jusqu'en 893, il ne cessa de harceler les Normands, cherchant toujours, par de rapides manœuvres, à leur fermer la navigation des rivières. Souvent aussi, pour faire vivre ses soldats, il fut forcé de dévaster comme eux le pays; tantôt vainqueur, tantôt vaincu, quelquefois il se vit réduit, comme les autres rois, à leur payer de grosses rançons. Mais l'exemple du courage ne se ralentissait pas; la valeur individuelle des Français se ranimait dans ces luttes sans nombre : les moines mêmes prenaient les armes, car ceux de Saint-Bertin, à Saint-Omer, qui avaient relevé et fortifié leur abbaye, se battirent comme des lions en 891, et repoussèrent l'ennemi. Mais l'épuisement du sol contribuait autant que la résistance à éloigner les Normands pour quelque temps du moins ; et le roi Eudes commençait à respirer, lorsque Foulques, archevêque de Reims, et Héribert, comte de A^rmandois, s'avisèrent de rappeler les droits du fils posthume de Louis le Bègue, Charles, surnommé le Simple, alors âgé de quatorze ans, et le couronnèrent à Reims, le 28 janvier 893.
La guerre civile commença ; mais les forces manquaient aux deux rois pour se combattre. Le seul fait d'armes de cette guerre est le siège de Laon, en 895, par Charles le Simple, aidé des secours de Zwentibold, roi de Lorraine, d'Héribert, et de Baudouin IL comte de Flandre. Laon résista, Baudouin donna le signal de la retraite, et les assiégeants rentrèrent en Lorraine. L'empereur Arnolphe, d'ailleurs, père de Zwentibold, s'était déclaré à la diète de Worras le protecteur d'Eudes, et Charles le Simple traita avec son rival, qui eut la générosité de consentir à un partage en 896. On ignore quel fut ce partage : il est mêm^ probable qu'il n'était point fixé encore, lorsque le roi Eudes mourut à La Fère, le 3 janvier 898. Il avait
nommé son frère Robert duc de France . et il recommanda en mourant à ses feudataires de reconnaître Charles III pour roi. Celui-ci se fit de nouveau couronner à Reims.
Arnolphe ou Arnould. empereur, mourut en 899: son fils, le roi de Lorraine. Zwentibold. en 900: et cette même année, la dernière du siècle, vit mourir, le 25 octobre, le Charlemagne de l'Angleterre. Alfred le Grand. Un nom glorieux marque donc les deux extrémités de cette période si pleine de malheurs.
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