ORIGINE DES CO^IMUNES
Toutes les routes de la civilisation étaient ouvertes ou indiquées : la France désormais ne devait plus s'arrêter. Les sciences, qui développent l'esprit humain; les arts, qui font la force, l'ornement, le bien-être de la société, venaient de prendre l'essor sous l'influence du christianisme : la vie était partout.
Gardons-nous de regarder cette époque comme un temps de barbarie et d'ignorance. La passion de l'étude, comme celle de la gloire, dévorait toutes les âmes. Toutes les idées étaient jeunes alors ; toutes les imaginations bouillonnaient. C'est dans les dernières années du xi^ siècle que se formèrent ces puissantes écoles de Paris, oti les leçons de Guillaume de Champeaux attiraient des auditeurs de tous les pays : le plus célèbre de ces élèves fut Abélard, le premier des philosophes français, le père du rationalisme. Né à Palais, près de Nantes, en 1079, Abélard, en 11 01, à vingtdeux ans, fit avec son maître une éclatante scission, et alla ouvrir une école àMelun, oii demeurait alors le roi Philippe ; plus tard, il se fixa à Corbeil. et finit par venir camper, avec ses milliers de disciples, sur la montagne Sainte-Geneviève, près du monastère de Saint-Victor, oii Guillaume enseignait. Alors commença la fameuse querelle des réalistes et des nominaux, qui devait précipiter l'esprit humain dans les abimes sans fond oii il tournoie encore ; querelle immense, si l'on songe au fond des choses, absurde, si l'on n'en voit que la fomie. Nul doute que le vigoureux génie d'Abélard n'en ait sondé les profondeurs ; mais lorsque,
J OUZIEME SIECLE. 217
avec nos langues aujourd'hui si peri'ectionnées par l'analyse, et qui décomposent la pensée, comme la chimie divise les corps, nous avons tant de peine à en éclaircir les premières difficultés, nous ne pouvons pas nous étonner qu'avec le latin prétentieux et confus de cette époque, seule langue à l'usage des savants, les discussions philosophiques se soient dissipées en interminables logogriphes. La grande occupation des docteurs d'alors était la conciliation des systèmes de Platon et d'Aristote, entrevus au travers des traductions, avec les textes des livres saints, commentés de mille manières. Une dialectique d'autant plus impitoyable qu'elle était incompréhensible, dominait toutes les sciences et régentait tous les esprits. Mais c'était une gymnastique intellectuelle qui donnait du ressort à la raison humaine et la disposait aux puissants raisonnements, aux grandes découvertes. Ce devait être aussi un grand spectacle que cette foule immense sepressant autour de la chaire d'un seul homme, recueillant avec avidité sa parole, embrassant avec enthousiasme ses opinions. Le nombre des écoliers attirés à Paris par Abélard fut si grand, qu'il surpassa, diton, quelquefois le nombre des citoyens. Abélard fut donc, comme on dirait aujourd'hui, une puissance ; et il n'est pas étonnant que des conciles aient été assemblés pour juger ses doctrines. Elles n'eurent rien d'ailleurs que d'orthodoxe; mais la liberté d'examen qu'il portait dans toutes les matières put alarmer l'Eglise, dans un temps où le dogme sacré de l'autorité venait d'avoir ses apôtres et son triomphe définitif.
A côté de cette science des adeptes, dont les rayons perçaient à peine à travers les nuages de la vieille latinité, cheminait doucement, appuyée sur une langue bien jeune encore, mais bien naïve, la gaie science des troubadours. Celle-là rimait ses lais d'amour et ses sirventes ironiques, et racontait, dans l'idioine populaire, les aventures des preux et des dames, et les merveilleuses histoires d'outre-mer. Si la vie matérielle eut été plus douce et le droit de chacun mieux garanti contre l'abus de la force, c'eût été plaisir de
vivre dans ce temps de simples croyances, de sérieuses études et d'héroïques dévouements : quand un mot qui parlait au cœur, une idée nouvelle tout à coup allumée sufBsaient pour soulever les masses et bouleverser les imaginations: quand l'Allemagne et la France se pressaient pour entendre la parole d'un homme ^: quand la Bretagne entière venait se prosterner à Loheac. devant une parcelle de la croix du Sauveur, rapportée de Jérusalem par un obscur chevalier - : quand saint Bruno s'en allait fonder sa Grande
m^^^^^ÂJÀU
L,a Graude Chartreuse 3.
Chartreuse dans les neiges du Sapey '* ; quand un simple pèlerin de Martigues ^ fondait à Jérusalem l'ordre des Hos-
1 Saint Bernard.
2 Simon de Ludron. Ce fut une imposante cérémonie.
3 Voyez à la tin du volume l'Explication raiso/mée des figures, w 22.
* On dit que saint Biuno se retira dans ce lieu eu 10n4. Sa première Chartreuse fut toute de bois. Ce n'est qu"en 1134 que l'on bâtit une église dans ce désert.
5 Gérard Tunque: les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, depuis chevaliers de Rhodes, enfin chevaliers de Malte, ont joue un grand rôle dans l'histoire. Raymond Dupuy. dont la famille existe encure, fut leur premier grand maître eu 1118. L'ordre était divisé en trois classes, les chevaliers, les chapelains, les
pitaliers, création sublime, qui donna tant de héros au monde chrétien.
Un des tableaux les plus curieux de ce temps fut sans doute aussi le retour de tous ces croisés qui avaient vu et fait tant de choses. Le plus extraordinaire de tous fut certainement Bohémond, prince d'Antioche. Alexis Gomnène ne reconnut pas cette principauté, et réclama Antioche, avec la Cilicie, que Tancrède avait conquise et que Bohémond avait réunie à son domaine. Le Normand résista ; mais la dissolution de l'armée des croisés le laissait réduit à ses seules forces, et Alexis l'accablait de toutes les siennes. Repoussé de la Cilicie, bloqué dans Antioche, Bohémond fait courir le bruit de sa mort; on l'enferme dans un cercueil percé à jour, et le cortège funèbre obtient des assiégeants la permission de sortir du port et d'aller porter en Italie la dépouille mortelle du prince de Tarente : il passe au milieu de la flotte impériale. Débarqué à Corfou, le fils de Robert Guiscard ^ sort de son cercueil, mande le gouverneur, et lui dit : « Fais savoir à ton maître que Bohémond est ressuscité, et qu'il aura bientôt de ses nouvelles. » En eff'et, il passa en France, racontant partout les perfidies d'Alexis, et appelant tous les chevaliers à la vengeance. Arrivé à la cour du roi Philippe, il lui demanda sa fille Constance en mariage, et il l'épousa à Chartres. Le jour de la cérémonie, il monta au jubé et prêcha une croisade ^ : on dit qu'il excita un grand enthousiasme. La môme année (1106}, il renouvela ses exhortations au concile de Poitiers, et parvint à réunir une nombreuse armée, qu'il augmenta encore dans un voyage en Espagne
frères servants. Ils se consacraient à la protection des pèlerins. Leur robe était noire. Les chevaliers portaient par-dessus leur armure une cotte d'armes rouge, avec la croix blanche sur la poitrine. Ils se partagèrent en sept langues : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne, Angleterre.
1 Guiscard signifiait r«se.
2 La belle cathédrale de Chartres existait alors telle qu'on la voit aujourd'hui ; détruite en 1020 par un incendie, elle avait été reconstruite presque immédiatement par les soins de son évèque Fulbert. Tous les princes d'Europe y avaient contribué. Elle possédait une précieuse relique, la tunique de la sainte Vierge : c'était un don de Charles le Chauve. (Voyez la figure page 220.)
et en Italie. L'empereur Alexis, puur conjurer l'orage, envoya une flotte porter la guerre en Italie. Bohémond la
Cathédrale de Chartres 1.
battit auprès de Brindes : puis lui-même alla échouer contre Durazzo. Cette arSeur de vengeance qui le poussait n'avait pas le même pouvoir sur les guerriers qui le suivaient. Il leur avait promis des infidèles à pourfendre, des terres et des villes à conquérir : et c'était contre des chrétiens, contre une place bien fortifiée et bien défendue qu'il occupait leur valeur. Le découragement se mit dans ses troupes : lui-même tomba malade, traita avec Alexis à des conditions peu honorables, et s'en alla mourir en Italie,
1 Voyez à la tiu du \o\ume\' Explicadoa raisonnée des figures a-^ 23.
des suites de ses fatigues et de ses blessures, en 1108.
La croisade du prince troubadour Guillaume IX, comte de Poitiers, dont nous avons parlé à la fin du siècle précédent, fut aussi malheureuse : il ne put arriver que jusqu'à ïai'se, en Gilicie, et revint en Europe après avoir vu son armée détruite par les maladies ou le sabi'e des Turcs. Raymond de Saint-Gilles, devenu prince de Tripoli, mourut pendant cette expédition, qu'il dirigeait de ses conseils, en HOo.
Robert Courte-Heuse, duc de Normandie, revint dans son duché en 1 101 ; mais son frère Henri I", le roi d'Angleterre, ne l'en laissa pas paisible possesseur ; il s'y ménagea des intelligences, et finit par y prendre terre avec nne armée, en 1 106 *. Il emporta d'assaut et brûla Rayeux, soumit Caen, et alla assiéger Tinchebray-. Robert accourut, et une bataille acharnée fut livrée entre les deux frères, sous les murs de cette ville, le 28 septembre H06. Robert fut vaincu et pris. Le vainqueur fit avec lui son entrée à Rouen, reçut les hommages des barons comme duc de Normandie, et emmena son frère en Angleterre, où il le garda captif, mais en lui fournissant tout l'argent nécessaire à ses plaisirs. Robert y vécut encore vingt-huit ans. Il avait un fils âgé de six ans, nommé Guillaume ; Henri le laissa aux soins de son gouverneur, Elie de Saint- Saëns, qui s'enfuit avec lui à la cour de Foulques le Réchin.
Philippe I" avait, en 1100, associé son fils Louis à la couronne. Ce jeune prince, qu'on appelait alors Louis l'Eveillé, plus connu ensuite dans l'histoire sous le nom de Louis le Gros, avait été élevé dans les principes de la chevalerie. Actif, intrépide, loyal, bon de caractère, affable dans ses manières, il était aimé de tous ceux qui l'approchaient, et paraissait devoir tirer la royauté de l'engourdissement où les longs règnes de son père et de son aïeul l'avaient plongée. Pendant les dernières années de la vie
1 Henri débarqua à f.arentan (Manche). Lorsqu'il entra àTé^lise pour y assister à l'ofûce divin, Scrlo, évèque de Séez, monta en chaire, et lit au roi de sévères reproches sur sa longue barbe, ses longs cheveux et ses souliers à la poulaine. Henri prit des ciseaux, et donna sur-le-champ l'exemple de la réforme.
2 Petite ville à 24 kilomètres nord-ouest de Domfront (Ornel.
^22 HISTOIIIE DE FRANCE.
de Philippe, il ne cessa de guerroyer autour des petits châteaux qui encombraient les routes des domaines royaux, et entravaient les communications entre les villes : on pressentait un roi qui voudrait avoir ses coudées franches. Sa belle-mère Bertrade le persécuta, dit-on. et essaya même de l'empoisonner: le prince guérit, mais il conseiTa une pâleur qui ne le quitta jamais.
La scandaleuse aflaire du mariage de cette femme avec Philippe se continuait encore dans les dernières années de ce roi. Deux conciles furent inutilement convoqués pour la terminer, à Troyes et à Beaugency. Enfin, en 4104, le roi fit pénitence dans un concile assemblé à Paris. Beilhe, première femme du roi, était morte ; le pape Pascal II cessa des poursuites désormais sans objet; lui-même vint en France en 1107. et présida, à Troyes, un nouveau concile où le roi fut absous. Le pape avait passé quinze jours à Privas; il fit, à Dijon, la dédicace de l'église actuelle de Saint-Bénigne, et alla célébrer les fêtes de Xoël dans son ancien séjour, l'abbaye de Cluny.
Ce pieux bénédictin avait sans doute inspiré au roi de France des sentiments de pénitence; car Phihppe I", tombé malade à Melun, l'année suivante, se fit revêtir de l'habit de l'ordre, et témoigna hautement un profond repentir de sa conduite passée. Il voulut qu'on l'enterrât au couvent de Saint -Benoît sur Loire, se déclarant un trop grand pécheur pour reposer à Saint-Denis . Il mourut le 29 juillet 1 108. à l'âge de cinquante-sept ans. Il en avait régné quarante-huit.
Le règne de son fils Louis YI est une grande époque dans l'histoire de France : c'est alors que commence l'affranchissement des communes.
Les villes, comme nous l'avons dit. appartenaient, avec le reste du sol, à des seigneurs, soit laïques, soit ecclésiastiques. Quelques-unes même se trouvaient, soit par leur séparation en deux sur les rives d'un fleuve, soit par la distinction en ville haute et ville basse, ville vieille et ville neuve, partagées entre deux juridictions. L'habitant, comme
DOLZlEMt: SIECLli. 223
sa maison, tenait au sol et faisait partie de la propriété. De là une multitude de droits seigneuriaux dont la limite, n'ayant jamais été fixée, reculait sans cesse selon le bon plaisir, et arrivait en beaucoup de lieux jusqu'à d'insupportables corvées. La protection accordée en échange, quelque grande qu'elle fût, ne pouvait jamais être une compensation suffisante ; et le progrès des lumières, l'augmentation du bien-être, une étude plus raisonnée de la religion, devaient nécessairement amener sur ce point une réforme sociale. La pensée d'une association, d'une mise en commun de toutes les charges et de tous les privilèges, apparut à tous comme la seule garantie possible c ntre la tyrannie. Les bourgeois des villes s'entendirent et se concertèrent, non pas pour tuer leurs seigneurs, brûler leurs châteaux, et s'aiïranchir de toute autorité, mais pour demander à ces mêmes seigneurs un pacte commun qui déterminât les rapports des subordonnés avec eux, et les conditions auxquelles on obéirait à l'avenir. Seulement, comme la demande était légitime, elle fut obstinée, et partout où les seigneurs refusèrent une charte, la commune s'organisa sans eux, et traça les conditions de vasselage. L'association, bien entendu, réclamait avant tout ou prenait le droit de porter les armes pour la défense de la cité. On formait ce qu'on pourrait appeler une garde nationale, en renfermant toutefois ce grand mot dans l'enceinte de la localité : on élevait un beffroi, on nommait des magistrats municipaux. La commune existait.
Comme aujourd'hui, elle entrait alors dans le système général ; elle prenait rang dans la féodalité. Une commune constituée n'était autre qu'un individu, en même temps seigneur et vassal; seigneur, pai' rapport à ses paysans; vassal, par rapport au duc, comte, évêque, abbé, roi, qui l'avait affranchie ou reconnue après son affranchissement volontaire. Sous ce double rapport, elle appelait à son aide, au besoin, les gens de la campagne, et d'un autre côté, sur l'appel de son suzerain, elle déployait sa bannière, et marchait au combat.
Les rois ne tardèrent pas à comprendre, et Louis YI eut le premier ce mérite, quel point d'appui les communes alkienl donner à leur pouvoir, et quel inmiense contrepoids elles jetaient pour eux dans la balance féodale. Ces vassaux à plusieurs milliers de bras, si ces bi"as s'armaient pour eux. pouvaient frayer une large route à l'autorité royale. Il ne fallait que les protéger, et dans les concessions qu'on leur faisait, distinguer les franchises qui poussent à la révolte, de celles qui tendent au développement du commerce, de rindustrie, de l'aisance, en un mot de la force sociale : refuser ou combatti'e les unes, et favoriser au contraire les autres en dépit de tous les obstacles que l'égoïsme et l'ignorance allaient soulever de toutes parts.
Ce ne fut pas d'ailleurs sans résistance que cette réfomie s'accomplit : ce ne fut pas d'une manière uniforme, ce ne fut pas partout à la fois. Si Henri P"" en Normandie. Guillaume IX en Aquitaine, l'empereur Henri V en Lorraine, firent de larges concessions: Foulques Y, comte d'Anjou, au contraire, se laissa arracher par sa capitale les droits qu'il lui refusait. Les petits seigneurs surtout, se trouvant plus immédiatement lésés par l'émancipation des communes, s'opposaient davantage et cédaient moins facilement. Louis YI eut beaucoup de peine à contraindre le sire de Coucy. seigneur d'Amiens: cette ville, organisée en commune, avait imploré la protection du roi. Il fallut combattre ; deux ans de suite Louis YI assiégea le château d'Amiens : il fut même blessé à ce siège: mais il ne se rebuta pas. et la commune fut affranchie.
Les différences qu'on remarque dans l'oi'igine des communes et dans les conditions qui réglaient leur établissement tiennent à l'histoire même des villes avant cette institution. On s'étonne, par exemple, que Paris et Reims, les cités les plus considérables du domaine royal, n'aient pas obtenu de chartes comme les autres : c'est que Paris et Reims n'en avaient pas besoin. Il était toujours resté dans ces deux villes quelques traces de l'antique municipalité romaine. Les fi'ancliises établies ])ai' l'iisage sont plus so-
DOUZIÈME SIÈCLE. 22d
lides que celles qui sont l'œuvre d'une loi soudaine, et la bourgeoisie de Reims et de Paris n'avait jamais manqué de privilèges. Il en était de même de la plupart des villes du Midi, Marseille, Arles, Toulouse, Narbonne, Carcassonne, Nîmes, qui avaient conservé leurs consuls d'autrefois. Mais les villes de Flandre, d'origine toute moderne, mais les villes de Picardie, de Lorraine, de Xormandie, de l'Ile-de- France, de l'Anjou, du Poitou, créées ou ressuscitées par la féodalité, avaient des droits sans avoir de traditions : elles devaient en général leur existence à des châteaux de seigneurs ou d'évêques, à des abbayes, et ne pouvaient invoquer, en faveur de la liberté, des souvenirs de servitude ou de conquête. C'était pour elles un marché à faire, ou une insurrection à tenter ; le plus grand nombre se tirait d'embarras par le premier moyen, que les développements de l'industrie rendaient facile et dont l'effet était sûr, les seigneurs ayant toujours grand besoin d'argent.
Enfin l'affranchissement n'eut pas lieu partout à la fois, chaque ville ne se trouvant ni dans les mêmes conditions, ni dans les mêmes nécessités. jN'ous n'avons que huit chartes de Louis YI, soit pour créer, soit pour confirmer les communes de Saint-Quentin, Noyon, Beauvais, Laon, Amiens, Soissons, Abbeville. Saint-Riquier. Mais il faut songer que bien des chartes se sont perdues, et que d'ailleurs des villages mêmes s'organisaient en communes. Orderic Vital dit que pour réprimer la tyrannie des brigands, Louis YI demanda des secours aux évêques ; qu'alors la commune populaire fut établie par le clergé^ pour que les prêtres accompagnassent le roi dans les sièges, avec leurs paroissiens sous un drapeau,
La politique extérieure de Louis grandit avec ses ressources, et ce ne fut qu'après avoir vaincu les résistances obstinées qui le serraient de près dans l'exercice de son pouvoir, qu'il entreprit de lutter contre ses grands vassaux ; mais cette première guerre fut longue. Son premier adversaire avait été, en 1 J09, son propre frère Philippe, fils de Bertrade, que sa mère excitait à la révolte, et qui, seigneur
226 HISTOIRE I)L FKAACE.
de Mantes et de Monllhéry. dominait les deux grandes routes de la capitale, et soumettait le pays à ses exactions. Louis l'assiégea, le força dans ces deux villes, et le réduisit à l'obéissance. Bertrade prit le voile à Fontevrault. Le roi eut beaucoup de peine aussi à soumettre Burchard de Montmorency, et Hugues, seigneur du Puiset : deux fois il détruisit le château de ce dernier, qui l'avait rebâti malgré les ordres du roi. Louis voulait que son autorité fût respectée. Il jugeait d'abord, assisté des pairs du coupable, conformément à la coutume féodale, puis il signifiait la sentence ; si elle n'était pas immédiatement exécutée, il accourait les armes à la main, pour l'exécuter lui-même. C'est ainsi qu'il envahit le Bourbonnais en 1115 pour faire rentrer dans le devoir Aymon de Bourbon, qui avait usurpé l'héritage de son neveu Archambaud YI, fils du dernier duc Archambaud V. Aymon n'avait pas tenu compte de la décision du roi juge ; il vint eu hâte se jeter aux pieds du roi vainqueur. Il en fut de même de Thibaud, comte de Blois, que Louis réduisit à l'obéissance.
Tranquille du côté de la Champagne, dont le comte, Hugues I", était en Palestine ; du côté de la Bourgogne, où Hugues 11, surnommé le Pacifique^ élève du savant Jarenton, moine de Cluny, gouvernait les peuples avec sagesse, s'occupant de fonder des couvents, d'ouvrir des écoles et de protéger l'agriculture. Louis Vl tourna ses vues vers la rs'ormandie, où l'ambition remuante du roi Henri pouvait lui susciter des dangers. La ville de Gisors, sur laquelle les deux souverains prétendaient avoir des droits, devint un sujet de querelle. La véritable cause de rupture fut l'asile que Louis donna à Guillaume Cliton, fils de Robert Courle- Heuse. Ce jeune homme pouvait, non-seulement réclamer la Normandie, mais prétendre même à la couronne d'Angleterre, puisque son père avait été dépossédé de l'une et de l'autre. Les deux rois avaient besoin d'alliés : Henri s'assura d'Alain Fergent, duc de Bretagne, et de Thibaut, comte de Blois ; Louis fit marcher de son côté Baudouin YII, dit Baudouin à la Hache, comte de Flandre, et Foulques Y,
comte d'Anjou, qui, à la mortd'Elie de La Flèche, eu 1110, s'était mis en possession du Maine. La guerre se passa longtemps en sièges de petites places, eu escarmouches, en surprises. Une des plus curieuses est celle de l'abbaye de Saint-Ouen, par Louis YI, qui s'y introduisit déguisé en moine, avec quelques soldats déguisés comme lui. Vrai roi chevalier, Louis payait de sa personne dans toutes les occasions, et ne reculait jamais devant les fatigues et les dangers. En 1119, il perdit le comte de Flandre, blessé à mort auprès d'Aumale * ; puis le comte d'Anjou embrassa le parti du roi d'Angleterre, et donna au jeune Guillaume Atheling, fils de ce roi, sa fille Mathilde en mariage. Louis soutint seul le poids de la guerre et fit des prodiges de valeur au combat de Brenneviile, qu'il perdit contre Henri, le 20 août. C'est dans ce combat qu'un soldat anglais ayant saisi la bride de son cheval en criant : « Le roi est pris ! « Louis YI lui fendit la tête en disant : « Au jeu d'échecs on ne prend pas les rois. »
La querelle des deux rois fut terminée par l'intervention du pape.
Pascal II était mort le 21 janvier 1 J 18; Gélase II, qui lui succéda, déjà appesanti par l'âge, recula devant les obstacles que lui suscitait l'empereur Henri \, et vint chercher un asile en France. Il débarqua à Saint-Gilles -, en octobre, et y trouva Pons de Melgueil, abbé de Cluny, qui le conduisit, malade, dans cette célèbre abbaye, où le pape mourut le 29 janvier 1 i 19. Les cardinaux qui l'avaient accompagné, y élurent pape, Guy, archevêque de Yienne, qui prit le nom de Calixte II.
Le nouveau pontife se rendit à Toulouse, pour y présider un concile; un autre fut convoqué à Reims, et deux négociateurs habiles furent envoyés à l'empereur Henri A', pour
1 Baudouin VU se fit transporter au couvent de Saint Bertin, à Saint-Onier : il y mourut le 15 juin, en habit de religieux: il avait vingt-six. ans.
2 Saint-Gilles est dans le département du Gard, à 20 kilomètres sud de Nimos. Le vieux. pontife fit alors la dédicace des églises de Sainte- Cécile de Tavel.de Saint-Sylvestre de Tillan, de Saint-Étieune de Tornac. Il fit planter des pierres pour limiter les domaines de ces églises.
l'engager à s'y rendre, afin de terminer la longue querelle des investitures. Ces deux hommes étaient Pons, abbé de Cluny, et le fameux Guillaume de Champeaux. nommé, en lil3, évêque de Chàlons. Ils eurent à Strasbourg de longues conférences avec Henri Y, et ne purent rien obtenir.
Le concile de Reims ne termina donc rien ; mais Louis YI s'y présenta devant le souverain pontife . et exposa ses griefs contre le roi d'Angleterre. Calixte II promit sa médiation, et se rendit à Gisors, où il vit Henri. La paix fut conclue. Le pape retourna à Cluny.
Quoique les conditions de cette paix ne nous soient pas connues, il est probable qu'elles furent plus avantageuses à Henri qu'à Louis, puisque Guillaume Atheling, fils du roi d'Angleterre, fit hommage au roi de France pour le duché de Xormandie; mais Henri allait expier ce succès passager par la plus grande des douleurs.
Il s'embarqua pour l'Angleterre au port de Barfleur \ et confia son fils avec tous les jeunes seigneurs de sa suite au patron d'un navire tout neuf, équipé et décoré exprès pour le passage. Lui-même partit devant. Guillaume, âgé de dix-huit ans, avait avec lui son épouse Mathilde d'Anjou, son frère et sa sœur illégitimes. Richard et Mathilde ou Mahaud. comtesse de Mortagne : Thierry, enfant, neveu de l'empereur Henri Y. et une foule' de jeunes princes et seigneurs, tous aimant le plaisir et la bonne chère. Ils passèrent la soirée à table, et s'embarquèrent longtemps après le roi. Ils voulurent le rejoindre par la Hgne la plus courte, et le navire alla donner contre un écueil. nommé Cotte- Base -, qu'on voit de Barfleur à la marée basse. Une barque fut mise à flot pour sauver l'héritier du trône : mais les cris de sa sœur Mathilde, abandonnée sur le vaisseau.
1 Département de la Manche.
s On le nomme aussi le ras de CarTÎHe : c'est une suite de brisants qui s'étend à fleur d'eau daus la direction du nord au sud, ju-te vi?-à-vis le cap de Gatteville, où s'élève aujourd'hui le plus beau phare de France. Quant à Bai fleur, lieu de débarquement si important autrefois, ce n'est plus qu'une chetive bourgade, dont le port, fort étroit, fort encombré de rochers, abrite à peine quelques barques de pécheurs.
rappelèrent le jeune prince qui. refusant de partir sans elle, voulut qu'on ramenât la chaloupe au navire. La foule de ceux qui s'y précipitèrent avec la jeune princesse fut si grande, que la chaloupe chavira. La famille royale disparut tout entière. Avec elle périt la fleur de la jeunesse d'Angleterre ^
Un seul homme échappa : c'était un boucher de Barfleur. Il porta à terre cette déplorable nouvelle. Henri ne l'apprit qu'à son arrivée en Angleterre. Il tomba à la renverse, sans connaissance. Il ne lui restait plus qu'une fille, Mathilde, qui avait épousé l'empereur Henri Y. Quant à Foulques V, il alla chercher des consolations au saint-sépulcre.
Son malheur lui avait ouvert les yeux sur ses relations avec l'Angleterre. Henri ayant refusé de lui rendre la dot de Mathilde, il chercha à rentrer en grâce auprès du roi de France, et le suivit en 1121, dans une expédition contre Guillaume Al, comte d'Auvergne. Ce seigneur puissant, qui se croyait tout permis parce qu'il avait fait partie de la première croisade, avait envahi le domaine et la juridiction de l'évêque de Glermont. Cité par le roi devant ses pairs, il refusa de comparaître ; Louis, ferme dans ses résolutions, et persévérant dans la pensée de maintenir ses droits, ordonna au comte d'iVnjou, au duc de Bretagne et au comte de Nevers de le suivre; ils obéirent, et en une campagne Guillaume fut soumis. Quatre ans après, il recommença ses persécutions contre l'évêque, et Louis reprit les armes, suivi des mêmes vassaux et du comte de Flandre. Il fallut céder et faire amende honorable ; Guillaume vint à Orléans et s'humilia devant ses pairs.
Louis VI ne paraît pas avoir pris part aux divisions qui, pendant ce temps, se manifestaient entre ses vassaux du Midi. Guillaume IX, comte de Poitiers, jusqu'à sa mort, arrivée le 10 février 1 127, disputa le comté de Toulouse au jeune Alphonse Jourdain, second fils de Raymond de Saint-
1 Orderic Vital et Guillaume de Malmesbury placent ce naufrage le 23 novembre 1119. D'autres le reportent au coniiiiencemenl de l'année 1120.
Gilles, qui d'un autre côté défendait son comté de Provence contre Raymond-Bérenger III. comte de Barcelone. Une révolution qui s'opérait en Flandre attira l'attention du monarque, qu'elle touchait de plus près.
Baudouin Yll. en mourant, avait désigné pour son successeur Charles son neveu, fils de Canut lY, roi de Danemark, et d'Adèle, sa sœur. Ce prince, qu'on a surnommé le Bon. gouverna la Flandre avec sagesse et fermeté; mais déjà commençait dans ce pays cette aristocratie bourgeoise dont la tyrannie devait compenser un jour celle de la noblesse. Forcés dans un temps de disette d'ouvrir leurs magasins et de vendre le blé à bas prix au pauvre peuple, les riches Flamands se révoltèrent contre cette exigence de leur comte. Charles fut assassiné dans l'église de Bruges, le 2 mars 1 127. Il ne laissait point d'enfants ; de nombreux compétiteurs se présentèrent alors, réclamant ce fief en vertu de titres fondés sur des mariages. Les principaux furent Guillaume d'Ypres; Arnould , neveu de Charles; Thierry d'Alsace, petit-fils, par sa mère, de Robert le Frison, et Guillaume Cliton. fils de Robert Courte-Heuse et petit-fils de Mathilde de Flandre, épouse de Guillaume le Conquérant. Louis YI embrassa la cause de ce dernier prétendant, et se transporta à Arras, où il convoqua les Etats de Flandre, et fit reconnaître Guillaume; mais ce jeune homme, élevé dans les habitudes despotiques de la cour normande, ne connaissait pas le pays qu'il allait gouverner; il offensa les Flamands dans leur orgueil, les gêna dans leurs privilèges: et ceux-ci appelèrent Thierry d'Alsace à leur secours. Guillaume, blessé au pied en assiégeant Alost, mourut le 28 juillet 1 128. et Thierry fut reconnu par toute la Flandre. Louis YL n'ayant plus d'opposition à faire, reçut son hommage.
L'empereur Henri Y était mort le 23 mai 1125, après avoir terminé par le concordat de ^^'orms, en 1122, la querelle des investitures. Il ne laissait point d'enfants. Sa veuve, Mathilde, revint en Angleterre, oti Henri . son père, lui fit prêter serment de fidélité par ses barons. Cette princesse,
en il29, épousa Geoffroy, surnommé Plantagenet \ fils de Foulques Y, qui, cette même année, lui laissa ses comtés d'Anjou, du Maine et de Touraine, et retourna en Terre- Sainte, oti, deux ans après, il succéda à Baudouin II, comme roi de Jérusalem.
Quant à l'Empire, disputé quelque temps entre Frédéric de Hohenstaufen, que Henri IV avait fait duc de Souabe, et Lothaire, duc de Saxe, il finit par rester à ce dernier. Mais l'Alsace fut ensanglantée par leurs divisions ; et ce fut alors que commença la fameuse rivalité des deux maisons de Saxe et de Souabe, rivalité si fatale depuis à l'Italie, sous le nom de lutte des Guelfes et des Gibelins -.
Une désunion qui éclata en 1 130, dans le sacré collège, donna deux papes à la chrétienté, Innocent II et Anaclet II. Le dernier avait été moine de Cluny ; mais son rival étant venu chercher un asile en France, fut reconnu comme chef légitime des fidèles à Saint-Gilles où il débarqua, et à l'abbaye même de Cluny, dont il consacra la grande église, achevée en 1108. Louis YI convoqua un concile à Etampes. Là, deux hommes bien célèbres depuis, Suger et Bernard, l'un abbé de Saint-Denis, l'autre, abbé de Clairvaux, décidèrent le clergé de France à se prononcer pour Innocent II. Suger, né en 1082. avait été élu abbé de Saint-Denis en 1122, malgré le roi, qui plus tard confirma son élection et l'appela dans ses conseils. Bernard, né en 1090, est le dernier Père de l'Eglise et un de ses plus grands saints. Retiré à l'abbaye de Gîteaux^, en 1113, il avait fondé en 1115 celle de Clairvaux '% aidé des libéralités de Hugues II, duc de Bourgogne. Nous aurons souvent occasion de par- 1er de ces deux hommes, les lumières de leur siècle.
L'année 1125 avait suscité contre Louis Al un vassal dan-
1 A cause de sou goût pour la cliasse, qui l'entraînait toujours au milieu des genêts.
2 Les partisans de la maison de Souabe s'appelèrent Gibelins, du nom du château de Wibelingeu (Wurtemberg), d'où cette maison était sortie ; les Guelfes s'appelèrent ainsi à cause de plusieurs chefs de la famille de Saxe, nonmies Guelfe ou .Welf.
3 A 4 kilomètres est de Nuits Côte-d'Or).
i A 10 kilomètres sud-est de Bar -sur-Aube (Aube).
gereiix. par l'acquisilion que Thibaut IV. comte de Blois, avait faite du comté de Champagne. Pendant sept ans le roi fit campagne sur campagne pour soumettre cet orgueilleux feudataire. qui plia enfin devant l'autorité royale. Mais cette succession non interrompue de sièges et de petits combats épuisait les forces du roi. qui. malgré ses continuels exercices, acquérait une corpulence excessive. Il songea à se donner un .successeur, et fit couronner à Reims, le 14 avril i 129. son fils Philippe, âgé de quatorze ans. Mais ce jeune prince ne devait pas régner. Le 12 octobre 1 131, comme il passait dans les rues de Paris, un pourceau qui s'échappait de la boutique d'un boucher se jeta entre les jambes de son cheval, qui se cabra, et renversa le prince contre une borne où il se brisa la tête. Il mouiiit le lendemain. Douze jours après, le 25 octobre, le pape Innocent II couronna à Reims, le second fils du roi. Louis, âgé de onze à douze ans ^ Depuis ce moment, la santé du roi déclina toujours, bien que l'activité de son esprit fût toujours la même.
Henri I". roi d'Angleterre, mourut à Lihons ^ le 1" décembre 1135. Sa fille Mathilde réclama aussitôt son héritage ; mais Etienne, comte de Boulogne, s'empara de la couronne d'Angleterre.
Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, et par conséquent sœur du roi Hemi. avait épousé Etienne, comte de Blois. De ce maiiage étaient nés Thibaut, dont nous avons parlé tout à l'heure, qui fut comte de Blois, ensuite de Champagne: puis Etienne et Henri. Ces deux derniers, attirés en Angleterre par le roi Henri l", en avaient été comblés de biens. Henri devint évèquede AMnchester: Etienne é[)Ousa Mathilde, fille d'Eustache, comte de Boulogne, et reçut du roi d'immenses possessions en Angleterre. A la mort de son bienfaiteur, il n'hésita pas à dépouiller l'héritière légitime, et s'empressa d'assurer son usurpation par
1 Les historiensne s'accordent pas sur l'année de la naissance de Louis VU. La Chronique de Saint-Beuis le fait naître en 1120 ; Odon de Deuil eu 1121 ; l'auteur de sa vie en 1 122.
3 A 24 kilomètres nord-ouest de Gisors (Eure): ce lieu s'appelait alors Saint- Denis. Li Hums lies Hameaux) était le nom du canton.
la concession de nombreux privilèges qu'il distribua à ses partisans.
Geoffroi Planlagenet, comte d'Anjou, époux de Matliilde, prit les armes, et ravagea la Normandie, aidé par Guillaume X, comte d'Aquitaine. Il prit et pilla plusieurs villes : les habitants de Lisieux mirent eux-mêmes le feu à la leur, pour échapper à ses dévastations. Blessé au pied devant le Sap \ il revint en Anjou. Après cette campagne, qui ne produisit que d'affreux ravages dans cette belle province, Guillaume X qui sentait sa fin prochaine, bien qu'il n'eut pas quarante ans, voulut mettre ses Etats sous la protection immédiate de son suzerain le roi de France, n'ayant point de fils à qui il pût les transmettre. Il offrit sa fille Eléonore en mariage à l'héritier du trône. C'était une belle propriété pour le roi, que ce domaine qui s'étendait de la Loire à la Garonne. Louis YI n'hésita pas, et il fit partir son fils, accompagné d'une pompe royale, pour accomplir cette union. Mais ni le roi de France, ni le comte d'Aquitaine, ne devaient en être les témoins. Quand le jeune Louis arriva à Bordeaux, le 30 juin 1137. pour épouser Eléonore, il la ti'ouva en deuil. Guillaume X était allé mourir à Saint- Jacques de Gompostelle, où il faisait un pèlerinage; et lorsqu'au retour les deux époux entrèrent à Poitiers , ils y apprirent que Louis YI avait terminé sa vie agitée, le !" août, à Paris, à l'âge de cinquante-sept ans. Il laissait à son fils le royaume agrandi, et, ce qui valait beaucoup mieux, un pouvoir solide, fondé sur la reconnaissance des peuples qu'il avait protégés, sur les intérêts nationaux qu'il avait développés, et sur le respect des grands vassaux, qu'il avait su faire rentrer et contenir dans le devoir.
La même année, le 3 décembre, mourut l'empereur Lothaire II. L'Allemagne lui donna pour successeur Conrad, duc de Souabe, fils de son rival Frédéric de Hohenstaufen.
1 A S kilomètres sud-est de Vimoutiers (Orne). On l'appelait ainsi à cause d'un grand sapin planté devant l'église de Saint-Pierre.
23 4 HISIOIllE DE FRAM-L.