INTRODUCTION
voir ces fins, et marcher avec ces choses pour les connaître, c'est dans le temps seul qu'elle doit prendre ses points de vue et choisir ses lieux de repos.
J'ai donc préféré à toute autre division la division par siècles, parce qu'elle est la plus naturelle, la mieux proportionnée, la plus aisée à comprendre, la plus commode à retenir; puis, parce qu'en y regardant bien, elle aide parfaitement à suivre, dans tous ses développements moraux et matériels, la vie du peuple dont on étudie l'histoire. Sans doute, les événements ne s'enferment pas tout juste dans les lignes du calendrier, et la dernière heure de 1700 n'est pas la dernière de l'antique monarchie ; mais on reconnaîtra que par une merveilleuse disposition des faits, par une combinaison évidente des desseins de la Providence avec l'action libre des volontés humaines, chaque siècle a sa physionomie particulière et porte en soi sa leçon.
Avant le v^ siècle , la France n'est pas née ; mais c'est un beau spectacle de voir comme se prépare le sol qui l'attend, comme s'agglomèrent les éléments qui doivent la produire. La domination romaine se retire lentement de la Gaule, comme les eaux d'un fleuve après une longue inondation ; mais Rome a laissé, sur le terrain qu'elle abandonne, les lois, les usages, les idées, les traditions glorieuses, la langue d'un peuple qui gouverna les peuples ; et sur tout cela se lève, pour tout féconder, le soleil du christianisme : et puis, une grande voix qui va de l'occident à l'orient, et retentit dans les forêts de la Germanie, sur les grèves de la Baltique, au fond des steppes du AN'olga, dans les gorges du Caucase et jusqu'aux longs plateaux de l'Altaï, convie les races humaines aux funérailles du vieux monde, au baptême du nouveau.
Le v^ siècle commence : tous s'empressent d'accourir pour prendre part à cette double fête, Goths, Vandales, Suèves, IJurgondes, toutes les populations germaines; puis, derrière les Germains, les Slaves ; puis, derrière les Slaves, les Tartares. On se demande avec effroi ce qu'elles vont détruire, ces hordes féroces, et si elles n'ont reçu d'en haut d'autre mission que d'incendier des villes, de tuer des hommes, et d'anéantir la civilisation que ses propres excès ont usée. Erreur; elles viennent, non pour détruire, mais pour fonder ; non
pour anéantir la civilisation, mais pour l'apprendre ; c'est à l'école que Dieu les appelle, c'est à l'Église ; elles viennent courber la tète sous le signe de la croix. Ceux qui ne voulaient que meurtre et ravage jonchent de leurs corps la terre qu'ils couvraient de ruines, ou, rejetés loin d'elle, s'en vont follement, avec leur Alaric, leur Genséric, leur Attila, se creuser quelque part une tombe inconnue, ou bâtir sur le sable africain des royaumes d'un jour. Dieu n'a pas besoin d'eux; mais les élus des grandes familles humaines sont restés sur le sol prédestiné, et la petite tribu des Francs Saliens, qui doit tous les réunir sous son empire et les appeler de son nom, vient de quitter les rives de TEscautet marche vers la Seine, conduite par un jeune Barbare dont le génie sauvage, mais enthousiaste. Ta tout à l'heure accomplir, sans la comprendre, la tâche immense de créer une nation. Le siècle s'achève ; cette . nation existe. Comme l'enfant qui ^ient de naître, elle doit s'ignorer longtemps encore ; sa vie, comme celle de l'enfant, sera longtemps faible, en pi oie à des maux homicides; mais elle existe, car elle porte en elle le principe de toute existence, la loi première des intelligences et des corps, l'unité. Et cette unité, elle a lui tout à coup, comme un éclair, sur le champ de bataille de Tolbiac; elle a resplendi dans le baptistère de Reims.
Le vi»^ siècle est un chaos. Chlovis mort, l'œuvre d'unité semble perdue, l'anarchie est partout : on dirait que tous les démons sont accourus pour étouffer dans son berceau la France qui vient de naître. Cette époque fait horreur; elle dégoûte le lecteur vulgaire qui ne voit que les crimes et les infamies de ces abominables Mérovingiens. Mais Dieu révèle ses vues à ceux qui ont foi dans sa providence : à travers tant de forfaits, l'homme attentif observe avec des sentiments de confiance et d'orgueil national les dernières années de sainte Gene\iève, les doctes et consciencieux travaux de Grégoire de Tours, le long règne du sage Contran ; les campagnes même de Théodebert, et les créations de Brunehaut. L'avenir de la nation est là, malgré les Chlothaire et les Chilpéric; car là apparaissent la foi religieuse, la science, le génie de la paix, celui de la guerre, celui de l'administration : c'est la France.
Le vn^ siècle est pire encore : l'empire des Francs se divise