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grand-père se retira à Paris en 1630 pour y élever ses enfants. Ma mère, qui étoit l'aînée, avoit dix ans; elle se maria à vingt et un ans (quand M. Pascal le père était intendant en Normandie), et elle resta à Rouen. Quand elle fut ici (à Clermont), elle se mit dans le grand nwnde comme toutes les personnes ck son âge et de sa condition. Elle avoit tout ce qu'il falloit pour y être agréablement, étant belle et bien faite. Elle avoit beaucoup d'esprit ^ Elle avoit été élevée par mon grand-père qui, dès sa plus tendre jeunesse, avoit pris plaisir à lui apprendre les mathématiques, la philosophie et l'histoire. En 1646, ma mère étant allée à Rouen chez mon grand-père , trouva toute sa famille à Dieu, qui lui fit la grâce et à mon père d'entrer dans les mêmes sentiments. Elle quitta donc le monde et tous les agréments qu'elle y pouvoit avoir, à l'âge de vingt-six ans, et elle a toujours vécu dans cette séparation jusqu'à sa mort-. »
Ne croyez pas que ce portrait soit embelli ; l'austère Marguerite ne flatte personne, et si une jansénistf/ comme elle remarque que sa mère était belle, il faut que celle-ci Tait été beaucoup.
Nous savons de divers endroits que c'est Gilberte qui, pendant la fuite de son père accusé d'avoir pris part à une sédition, placée toute jeune à la tête de la
1. Voyez, surM'"*^ Péricr, les Mémoires de Fléchier sur les Grands jours d'Auvergne, in-8°, 1856, p. 39, 40.
2. M"'" Périer est morte à Paris, le 25 avril 1687, sur la paroisse de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, et elle est enterrée à Saint-ÉtieiiDedu-Mont, à coté de son frère Biaise Pascal.
maison et de la famille, ayant reçu l'invitation de laisser jouer la comédie à sa petite sœur Jacqueline sur le théâtre de M. le cardinal, fit cette réponse à la Corneille : « M. le cardinal ne nous fait pas assez de plaisir pour que nous prenions soin de lui en faire. » Les écrits et surtout les manuscrits jansénistes sont pleins de lettres de Gilberte, devenue madame Périer; mais ce qui la recommande à la postérité est la vie si connue de son frère Pascal. Cette vie est admirable; elle fait aimer Pascal, et c'est sa sœur qui lui a rendu ce pieux office. Elle s'efface le plus qu'elle peut, et ne laisse paraître que son frère. Elle l'aimait tendrement, et s'affligeait , sans oser le lui dire , de ses froideurs apparentes. Malheureusement, nous soupçonnons cette biographie d'avoir été plus ou moins altérée par messieurs de Port-RoyaH.
Jacqueline est une personne bien plus étonnante encore que Gilberte. Le ciel lui avait accordé tous les dons du génie avec les grâces de la femme. Elle n'était inférieure à son frère Pascal ni par l'esprit ni par le caractère, et on ne sait où elle ne serait point parvenue si elle eût fait cas de la gloire, si elle eût pris soin des facultés qu'elle avait reçues. Dirons-nous toute notre pensée? A Port-Royal, les femmes sont peut-être plus extraordinaires, et assurément tout aussi grandes que
1. Étides SLR Pascal, p. 164, note 3; voyez une lettre de MM. Périer fils, où il est constaté qu'en 1G77 le parti janséniste empêcha M'"^ Périer d'imprimer la vie de son frère. Cette vie ne parut en France qu'en 1680, à Paris, chez Desprez; et encore avait-elle subi des altérations, puisque le Recueil d'Utrecht, en 1740, et Bcsongne, en 1752, en ont publié des passage? jusqu'alors inconnus.
les hommes. La mère Angélique n'est-elle pas régale d'Arnauld par l'intrépidité de l'âme et la hauteur de la pensée? Nicole est-il fort au-dessus de la mère Agnès? Elle a plus de force avec autant de douceur. Et leur nièce, la mère Angélique de Saint-Jean S n'ai-elle pas consumé dans le gouvernement de Port- Royal une prudence, une habileté, un courage, qu'eût pu lui envier son frère le ministre^? Parmi les hommes, qui a plus osé, plus lutté, plus et mieux souffert que toutes ces femmes? Elles aussi, elles ont connu et elles ont bravé la persécution, la calomnie, l'exil , la prison. Quand elles ont écrit, elles l'ont fait avec une simplicité mêlée de grandeur. Il est impossible de ne pas reconnaître en elles des âmes et des esprits d'une trempe tout autrement rare que les dames qui brillaient le plus alors dans les cercles à la mode. A ces âmes et à ces esprits-là donnez un peu de culture, et il en sortira des chefs-d'œuvre? Qu'est-ce en effet que le style? l'expression de la pensée et du caractère. Quiconque pense petitement et sent mollement n'aura jamais de style. Quiconque au contraire a Tinlelligence élevée, occupée d'idées grandes et fortes, et l'âme à l'unisson de cette intelligence, celui-là ne peut pas ne pas écrire de temps en temps des lignes admirables ; et si à la nature il ajoute la réflexion et l'étude il a en lui de quoi devenir un grand écrivain. La mère Agnès et la mère Angélique ont beaucoup écrit ;
1, Sur la mère Angélique, la mère Agnès et la mère Angélique de Saint-Jean, voyez M'"^ de Sablé, chap. IV, etc.