iranuscxit : votre
mots couverts la tendresse qu'on a pour eux, ou de la leur témoigner en prenant soin d'eux dans leurs maladies, dans leurs afflictions ou dans leurs autres besoins, qui sont des occasions favorables et qu'il faut bien ménager; mais outre cela il le leur faut dire nettement et en plusieurs manières, en leur disant néanmoins aussi clairement que c'est à condition qu'ils demeureront dans leur devoir et qu'ils serviront avec fidélité leur Dieu et leur maître.
« Pour ce qui est des temps où il faut employer l'huile ou le vin, la discrétion le doit faire juger; tout ce qu'on vous peut dire en général, c'est que, toutes les fois qu'il ne s'agira que de votre intérêt particulier, il faut endurer patiemment, non pas en le dissimulant, mais en leur témoignant que vous le leur pardonnez, et que s'ils ont à faire des fautes, vous aimez beaucoup mieux que ce soit contre vous que contre d'autres.
<: Yous pouvez aussi user de la même indulgence envers les fautes d'inadvertance , comme de perdre, rompre ou mal faire quelque chose, sinon qu'il y eût lune notable négligence; que, s'il n'y en a pas, il leur f vv. dire qu'on souffrira volontiers de pareils manquements, quoi qu'on y souffre de la perte, pourvu qu'on voie qu'ils soient soigneux à se garder de ceux où Dieu est olïensé. Et il ne faut pas manquer de leur faire remarquer là-dessus combien peu il se trouve de maîtres dans ce sentiment, ce qu'il faut faire néanmoins sans ostentation, en mêlant toujours quelques paroles qui tendent au mépris de soi-mêm.e, et surtout en leur insinuant beaucoup qu'on s'estimeroit
bien plus heureux d'être en leur condition que dans celle où Ton est ; il leur en faut souvent faire remarquer les avantages et le danger de celles qui sont plus élevées. Mais quand ils feront des fautes contre Dieu, contre leur maître, contre la charité et Tunion qu'ils doivent avoir entre eux, c'est alors qu'il faut se rendre sévère jusqu'à être terrible ; car il faut savoir que le peuple et les enfants sont comme les juifs qui n'agissent que par menaces ou par promesses ; parce qu'après avoir réglé par ce moyen, comme par force, l'extérieur, on attire la miséricorde de Dieu pour leur donner l'esprit intérieur, dont cette conduite, qu'on tient sur eux dans cette vue, est la voie et même sert de mérite pour l'obtenir. Il ne faut rien souffrir dans ces rencontres, mais le dire à leur maître et l'exhorter à les punir sévèrement, sinon qu'on eût sujet de croire qu'ils en sont humiliés et qu'ils n'y retomberont plus. Il est très bon que la plus grande menace que l'on puisse faire soit de les chasser, et pour cela il faut que vous leur procuriez de bons gages et un bon traitement; car c'est par là qu'il les faut captiver d'abord jusqu'à ce que l'affection succède à l'intérêL « Pour venir à bout d'une partie de ces choses, il faut que vous preniez l'habitude de les appeler de fois à autre dans votre cabinet, une fois toutes les semaines plus ou moins, chacun en particulier, et là leur demander compte de leur créance et de leur manière de prier Dieu, et leur expliquer fort brièvement les principaux articles de la foi et s'arrêter plus sur la morale qu'il en faut tirer, comme de l'unité de Dieu
dans la trinité des personnes divines ; leur faire entendre comme quoi, dans la multiplicité des objets et des affaires de la terre , nous ne devons avoir qu'un amour, un désir et un nécessaire qui doit régler tout le reste ; sur les mystères de l'Incarnation et de l'Eucharistie, leur faire voir l'obligation d'aimer et d'imiter celui que nous adorons, etc. ; leur faire apprendre les commandements de Dieu et de l'Église, et leur faire entendre qu'ils s'étendent bien plus loin qu'on ne pense d'ordinaire.
« M. de Piebours est aussi entièrement d'avis que vous ne manquiez pas des les faire prier Dieu en commun devant vous tous les soirs. »
Jacqueline, comme maîtresse des novices et chargée de l'éducation des enfants à Port-Royal, consulte son frère sur une nouvelle méthode de lecture que Pascal avait inventée. Malheureusement la copie de cette lettre de Jacqueline dans notre manuscrit est très-défectueuse, et plus d'une phrase n'y semble pas très-intelUgible. Mais ce qui résulte certainement de ce document, resté inconnu jusqu'ici, c'est que la méthode de lecture qui porte le nom de Port-Pioyal doit être attribuée à Pascal ; que c'est de lui, et par le moyen de sa sœur Jacqueline, qu'elle s'introduisit dans les écoles de ce monastère et plus tard fut érigée en théorie dans la Grammaire générale de Port-Royal. Citons -d'abord cette Grammaire :
« Chap. VI. — D'une nouvelle manière pour apprendre à lire facilement en toutes sortes de langues.
JACQUELINE PASCAL. DE 1652 A 1661. ii63
« Il est certain que ce n'est pas une grande peine à ceux qui commencent de connoître simplement les lettres, mais la plus grande est de les assembler. Or, ce qui rend maintenant cela plus difficile, est que chaque lettre ayant son nom, on la prononce seule autrement qu'en l'assemblant avec d'autres. Par exemple, si l'on fait assembler fry à un enfant, on lui fait prononcer ef, er, y grec^ ce qui le brouille infailliblement lorsqu'il veut fondre ensuite ces trois sons ensemble pour en faire le son de la syllabe fry. Il semble donc que la voie la plus naturelle, comme quelques gens d'esprit l'ont déjà remarqué, serait que ceux qui montrent à lire n'apprissent d'abord aux enfants à connoître leurs lettres que par le nom de leur prononciation; et qu'ainsi, pour apprendre à lire en latin, par exemple, on ne donnât que le même nom d'^ à Ve simple, Vœ et Vœ, parce qu'on les prononce d'une même façon... qu'on ne nommât les consonnes que par leur son naturel, en y ajoutant seulement Ve muet qui est nécessaire pour les prononcer... que pour celles qui en ont plusieurs (sons) comme c. g, t^ s, on les appelât par le son le plus naturel et le plus ordinaire qui est au c le son de qiiey et au g le son de gue, au t le son de la dernière syllabe de forte, et à Vs celui de la dernière syllabe de bourse. Et ensuite on leur apprendrait à prononcer à part, sans épeler, les syllabes ce, ci, ge, gi'y tia^ tie^ tUK »
1. Duclos, dans son édition de la Gramwa<Ve générale de Port^ Royal, 1756, s'explique ainsi sur le chapitre que nous venons de ci-
Ces mots, comme quelques gens d'esprit Vont déjà remarqué^ contiennent une allusion jusqu'ici obscure, que vient éclaircir la lettre de Jacqueline. Déjà dans sa logique, Port-Royal s'était servi de VArt de persuader de Pascal, avant que cet admirable fragment fût connu et imprimé. Ici, Port-Royal emprunte à ce même Pascal une méthode grammaticale, qui assurément n'ajoute pas beaucoup à la gloire du grand géomètre, du grand physicien et du grand écrivain, mais qui m.et en relief ce besoin de rigueur et de netteté, attribut particulier du génie de Pascal, qu'il portait dans les plus petites comme dans les plus grandes choses.
« 26 octobre 1655 ',
(( L'obéissance et la charité me font rompre le silence, M. T. C. F., avec vous la première, lorsque
ter : « Tout ce chapitre est excellent et ne souffre ni exception ni réplique. Il est étonnant que l'autorité de Port-Royal, surtout dans ce temps-là, et qui depuis a été appuyée de l'expérience, n'ait pas encore fait triompher la raison des absurdités de la méthode vulgaire. C'est d'après la réflexion de Port-Royal que le bureau typographique a donné aux lettres leur dénomination la plus naturelle : je, be, ve, etc. Cette méthode déjà admise dans la dernière édition du Dictionnaire de FAcadémie, et pratiquée dans les meilleures écoles, l'emportera tôt ou tard sur l'aricieune par l'avantage qu'on ne pourra pas enfin s"cmpécher de reconnoltre; mais il faudra du temps; car cela est raisonnable. » Domergue, dans l'omTage intitulé : la Pronoiiciation fran^ çaise déterminée par des signes invariables, avec ap:plication à divers morceaux en prose et en vers, contenant tout ce qu'il faut savoir pour lire avec correction et avec goût, Strasbourg, 1796, in-8°, professe ouvertement la méthode de Port-Royal. M. Girault-Duvivier, Grammaire des Grammaires, la donne comme la seule raisonnable, et aujourd'hui elle a presque partout triomphé de l'ancienne routine. 1. Recueil de Marguerite Périer, p. 109.
j'y pensois le moins ; je vous le déclare, afin que vous ne vous en scandalisiez pas.
« Nos mères m'ont commandé de vous écrire afin que vous me mandiez toutes les circonstances de votre méthode pour apprendre à lire par le B. C. D. E. , où il ne faut pas que les enfants sachent le nom des lettres ; car je vois bien comment on peut leur apprendre ^ à lire, par exemple Jesu, en les faisant prononcer Je e ze n ; mais je ne vois pas comment on leur peut faire comprendre facilement que les lettres finissantes ne doivent point ajouter d'^ ; car naturellement, suivant cette méthode, ils diront Jesuse, sinon qu'on leur apprenne qu'il ne faut prononcer Ve à la fin que lorsqu'il y est effectivement ; mais je ne vois pas comment pouvoir leur apprendre à prononcer les consonnes qui suivent les voyelles, par exemple, ^;«:car ils diront ejie, au lieu de prononcer an^ comme veut souvent le françois. De même pour on ils diront one, et même en leur faisant manger 1'^, ils ne le diront de bon accent, si on ne leur apprend à part la prononciation de Yo avec Vn ; et - non pas d'autre dans l'esprit, mais je crois que vous les aurez prévus ; voilà ce qui regarde l'obéissance.
c( Pour la charité, la lettre que je vous envoie vous l'éclairera. Je pense que le plus tôt fait seroit de i^ire savoir à M. de Bernières^ le désir de cette bonne