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VOUS porte à choisir pour vous-même ce qui sera toujours le plus humble et le plus vil, et qui vous fasse embrasser avec joie toutes les humiliations qui vous arriveront de la part de qui que ce soit, une ouverture de cœur qui ne vous permette pas d'avoir aucun secret pour vos supérieures ni pour celles qu'on vous donnera en particulier pour vous conduire, un esprit de mortification qui vous empêche de sentir presque le travail ni aucune des austérités de la religion, une obéissance qui vous empêche de discerner aucun des commandements qu'on vous fera ni de pénétrer dans l'intention de ceux qui ordonnent, dans l'assurance que vous devez prendre en la conduite de l'esprit de Dieu qui les mènera à votre égard, quand même ils n'auroient dessein d'agir que par leur propre esprit, une charité qui vous porte à prendre sur vous tous les travaux des autres, s'il étoit possible, et enfin une reconnoissance et une affection à Dieu qui vous tienne dans un silence intérieur et extérieur au regard de tout ce qui n'est point nécessaire, et vous fasse trouver l'Église en tous les lieux de la maison, sans que le travail extérieur puisse interrompre cette oraison continuelle que Notre Seigneur nous commande dans l'Évangile. Yoilà, ma chère Demoiselle, une espèce de biens que les pères de la terre ne donnent point ; mais il faut les espérer de notre Père qui est au ciel, si nous les désirons du fond du cœur, et que nous l'invoquions en vérité pour les obtenir, non-seulement en priant mais en travaillant sincèrement à détruire peu à peu toutes les inclinations ou les
mauvaises habitudes qui pourroient s'opposer à ces vertus en nous. J'ai cru vous devoir avertir de tout cela pour vous donner quelque idée de la chose que vous désirez, quoique j'appréhende que cela vous eifraye. Mais ne craignez point; car saint Benoît nous assure qu'encore que la voie étroite paroisse difficile à l'entrée, l'amour de Dieu l'adoucit bientôt et la rend si spacieuse, qu'au lieu que d'abord à peine peut-on y entrer, on vient ensuite à y courir avec une facilité sans aucune comparaison plus grande que dans la voie large du siècle, parce que Dieu même nous soutient et nous porte dans sa voie, au lieu que dans l'autre sa main toute-puissante s'appesantit toujours sur nous de plus en plus. Et puis, on ne vous demande pas que vous apportiez toutes ces richesses en entrant, mais seulement un vrai désir de les acquérir et d'y travailler sérieusement. Je cherchois un passage de saint Bernard pour vous confirmer cette vérité ; mais, comme je suis fort pressée , je vous envoie un autre que j'ai rencontré par hasard, qui ne vous sera pas moins utile. Je supplie Notre Seigneur qu'il vous en fasse expérimenter la vérité, ci qu'il vous fasse connoître que je suis en lui et pour lui de tout mon cœur "kout ce que vous pouvez désirer. Je n'ose signer ma lettre.
« Je ne crois point être obligée de faire aucun compliment à la personne que vous savez; je suis toute à elle si véritablement et si sincèrement qu'il me semble qu'elle ne pourroit en douter sans me faire injure. Yous avez toutes deux grand intérêt que je
m*acquitte bien île mes devoirs, car j'offre à Dieu pour vous tout ce que je fais et tout ce que je puis. »
La lettre qui vient ensuite manque aussi dans le Recueil de Marguerite Périer et dans tous les manuscrits jansénistes que nous avons eus entre les mains : elle nous a été communiquée par M. Hecquet d'Orval, descendant de M. Hecquet, célèbre médecin janséniste du xvu^ siècle. Déjà les papiers de famille de M. Hecquet nous ont fourni une lettre inédite de Pascal que nous avons publiée ^ ; celle-ci est l'original même de Jacqueline ; c'est le seul autographe qui subsiste d'elle , le seul du moins que nous ayons pu rencontrer -. Il nous fait connaître et la belle écriture et l'orthographe de la sœur de Pascal. La lettre est adressée aux deux filles de M'"* Périer, Jacqueline et Marguerite, qui étaient alors à Port-Royal de Paris, tandis que leur tante était sous-prieure à Port-Royal-des-Champs.
« PODR MBS CHÈRES SŒURS MARIE JACQDELmE ET MARGUERITE ECPHÉMIE PÉRIER, A PORT-ROYAL, A PARIS.
« A Port-Royal-des-Champs, ce 10 février 1660. « Mes très chères Nièces,
« Vous avez tant de sujet de vous plaindre de moy que je n'en ay point du tout de m'excuser ; c'est pourquoy je crois que c'est plus tost fait de vous en demander