‹ Histoire de FranceChapitre 116 sur 158 · Od le peut voir en tête de ce volume · texte numérisé non relu

Od le peut voir en tête de ce volume

pardon, puisque je ne doutte point du tout que vous ne me l'accordiez, aulieu que si je vous aportois quelque excuse qui ne fust pas véritable, je me ferois tort à moymesme, et je vous donnerois bien mauvais exemple. J'espère que mon retardement à vous escrire ne vous aura pas fait oublier néantmoins la promesse que vous m'avez faitte de bien prier Dieu pour moy; car vous estes trop bien instruittes pour vouloir rendre mal pour mal . C'est pourquoy , encore que je vous aye donné sujet de croire que je vous avois oubliées, je ne crois pas que vous ayez voulu en faire autant. Aussi auriezvous fait une grande injustice ; car je puis vous assurer, mes chères sœurs, que je m'oublie rois, ce me semble, plus tost moy-mesme que vous, et il me semble que moins je vous le témoigne plus je le ressens. Car la charité estant un feu qui est dans le cœur, il faut nécessairement qu'il agisse ; et quand il ne se produit point au dehors, il se fait ressentir au dedans avec plus de force ; pours^eu que ce ne soit pas par foiblesse et par tiédeur qu'il ne se fait pas voir au dehors; car allors il est sans doutte qu'il se diminue d'autant plus qu'il paroist moins, comme un feu qui n'a point d'air et que l'on laisse etteindre manque de luy fournir de quoy brusler. Mais il me semble que je puis vous assurer avec certitude que la charité que j'ay pour vous n'est pas comme cela, mais qu'elle est comme un feu bien embrasé qui fait ressentir d'autant plus sa chaleur à tout ce qui l'environne, qu'elle ne peut serespandre au dehors. Voyez, mes chères sœurs, où je me suis emportée sans y penser pour vous as-

surer de l'affection que j'ay pour vous. Je prie Nostre Seigneur qu'il nous embrase toutes de sa sainte charité, afin que celle que nous aurons les unes pour les autres ne naisse que de celle-là : sans quoy ce ne seroit qu'une amitié de chair et de sang qui n'auroit rien de bon. Je suis assurée que vous me ferez cette charité; mais comme je ne vous crois pas encore assez avancées pour mériter de Dieu tout ce que vous luy demandez, je vous supplie de me procurer les prières de ma sœur Flavie, que vous assurerez de mon affection, et celles de vos autres maistresses, si notre mère trouve bon que vous les en priez et que vous les saluyez de ma part. Bonjour, mes chères sœurs, je suis tout à vous en celui qui est nostre tout et en la présence duquel nous ne sommes rien. Priez-le pour moy afin que je sois digne de le prier pour vous.

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