‹ Histoire de FranceChapitre 124 sur 158 · Recueil d'Utrecht^ p · texte numérisé non relu

Recueil d'Utrecht^ p

(( Il me seroit bien difficile de vous rien dire sur un sujet qui vous est très sensible, à ma sœur Angélique de St-Jean, à toutes celles qui connoissoient celle que vous avez perdue, et à toute la maison. Je n'en suis touché que pour l'amour de vous; car pour elle on doit s'en réjouir, et pour moi je ne dois pas m'en attrister. Elle avoit, comme vous savez, beaucoup de confiance en moi, et je crains toujours pour ceux et celles qui s'y confient. Quand Dieu les prend dans une bonne et sainte disposition, telle qu'a été la sienne, j'ai sujet d'en louer Dieu, et par conséquent de m'en réjouir. Je n'en ai de la tristesse que parce que je sais qu'il s'est fait un vide dans votre maison qu'il est impossible de remplir; mais rien n'est impossible à Dieu : qui sait mieux ce qu'il nous faut que lui-même? Il y a quelques jours que je suis frappé d'une pensée : c'est sur notre impertinence de désirer une chose, d'en craindre une autre, de souhaiter que cela arrive ou n'arrive pas, que celles-ci vivent, que celles-là ne vivent pas, comme si la souveraine sagesse et équité ne voyoit pas toutes choses, et comme si nous avions des lumières et des vues particulières dont Dieu eût besoin pour bien régler et disposer tout dans une parfaite justice! Tout est si bien compassé en lui et hors de lui, que nous, n'avons qu'à l'adorer dans les choses où nous ne voyons goutte, et où nous ne voyons pas cette harmonie merveilleuse qui se trouve jusque dans la vie et dans les actions des méchants, et qui est le sujet de l'admiration et de l'adoration des esprits bienheureux. Cette pensée

m'arrête tout court dans tant de vues de choses que nous voudrions que Dieu fît ou ne fit pas. La mort des bons et des méchants y entre : l'édification et la destruction des meilleurs desseins pour son service y sont renfermées, et nous tous ensemble pour ce qu'il Jui plaira faire et disposer de nous. Nous n'avons donc qu'à lui dire que sa sainte volonté soit faite en toutes choses, le consulter pour la connoître, se soumettre à tous les événements, ne trouvant de peine qu'en ce que nous devons faire, dans la crainte d'y mettre du nôtre et de notre providence par dessus celle de Dieu. Heureux celui qui n'a qu'à souffrir, à adorer Dieu en tout temps et en tout ce qui arrive, aussi bien dans les maux que dans les biens, qui ne sont le plus souvent maux que dans notre imagination et dans notre ignorance! Il faut finir pour donner les lettres et pour prier Dieu pour notre défunte, quoiqu'elle ait encore moins besoin de mes prières que moi des siennes. Car je m'estimerois très heureux d'être avec elle, et j'espérerois de pouvoir assister ceux que je laisserois après moi mieux que je ne le pourrois faire durant ma vie. Xous sommes à Dieu à la vie et à la mort; il disposera comme il lui plaira de nous tous. »

Voilà pour Port -Royal. Quant à la famille, la mère x^ngélique de Saint-Jean se chargea d'écrire à M"'*Périer, etla mère Agnès à Pascal. C'étaient, après la mère Angélique, les deux personnes de Port-Royal avec lesquelles Jacqueline avait eu le commerce le plus intime, et qui la connaissaient le mieux.

LETTRE

nE LA MÈRE ANGÉLIQUE DE SAINT-JEAN A MADAME PÉr.IEîl

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