‹ Histoire de FranceChapitre 153 sur 158 · Siippl. au Nécrologe et Hist. de Porl-Royal · texte numérisé non relu

Siippl. au Nécrologe et Hist. de Porl-Royal

une compagnie très-avantageusement d'une personne, après en avoir fait un éloge accompli : Il vous ressemble, lui ditil. M. Domat, par un mouvement subit, répondit avec sa vivacité naturelle : C'est donc quelque chose de bien horrible !

(( L'application au travail causa à M. Domat de grandes infirmités qui le conduisirent au tombeau ; il souft'roit de violents accès d'asthme et de vives douleurs de la pierre : ces deux maux furent l'exercice de sa patience et le moyen dont Dieu se servit pour le purifier plus parfaitement. Il disoit souvent avec actions de grâces, pendant ses grandes douleurs : « C'est un excellent moyen dont Dieu se sert « pour purifier les hommes. » Un de ses amis l'étant venu voir dans un violent accès d'asthme, M. Domat, voyant cet ami touché de son état : » Ce ma' n'est rien, lui dit-il, en « comparaison de l'autre (c'est-à-dire des douleurs de la « pierre) ; vous voyez, ajouta-t-il, que je suis bien impa- (( tient, mais je ne puis m'empêcher de crier. » Il disoit encore à cet ami que, s'appliquant quelquefois au travail durant les plus vives douleurs de la pierre, il ne les sentoit plus ; il lui dit aussi que, par oubli, lui étant arrivé de faire deux fois les mêmes titres et les mêmes sections, il les avoit trouvés si parfaitement conformes qu'il n'y avoit pas eu un mot de différence. Souvent, après avoir médité pendant la nuit la section ou le titre sur lequel il devoit travailler en se levant, il l'écrivoit couramment, et le donnoit en même temps au copiste pour le distribuer aux personnes à qui il le communiquoit.

« Il s'étoit fait une si grande réputation à la cour, que feu M. le régent, qu'on nommoit alors M. le duc de Chartres, voulut avoir avec lui une conférence sur son ouvrage, dont le prince parut fort contenta

« Les Lois civiles dans leur ordre naturel furent imprimées par Coignard, en 169/i, en 3 tomes in-Zi"; le Droit pii-

1. Feirière et Terrasson disent seulement que Domat, conduit par M. Lepelletier, fut admis à présenter à Louis XIV les premiers volumes des Lois civiles à mesure qu'ils parurent.

blic, qui est une suite des Lois civiles, fut aussi imprimé chez le même libraire, après la mort de M. Domat, en 1697. M. Doniat, pendant Texercice d'avocat du roi, avoit fait plusieurs harangues que l'on trouvoit belles, mais qu'il n'a point revues, et qu'il auroit jetées au feu, si ses enfants ne Fen avoient pas détournée

« Enfin, consumé par le travail et par ses grands maux, il mourut à Paris, le ik mars 16962, (j^ns une grande paix, âgé de 70 ans 3 mois k jours. Il voulut être enterré dans le cimetière de Saint-Benoît, sa paroisse; il laissa en mourant cinq enfants, dont trois filles et deux fils. Mesdemoiselles ses filles sont mortes dans un âge assez avancé ; elles ont été le modèle des vierges chrétiennes de leur temps par leur piété, leur modestie, la retraite et l'éloignement de ce que le monde estime et recherche. M. son fils aîné est chanoine de la cathédrale de Clermont, et le second, conseiller à la cour des aides de la même ville. »

Le mémoire jusqu'alors inédit sur la vie de Domat, que nous venons de transcrire, contient bien des particularités nouvelles. Il nous initie aux sentiments les plus intimes et nous découvre le fond de cette âme qu'une religion forte et éclairée avait préparée et en quelque sorte consacrée au service de l'humanité et de la science. Deux points obscurs de la vie de Domat reçoivent surtout ici de vives lumières : ses rapports avec Pascal et ses démêlés avec les jésuites. -

On sait déjà que les mathématiques avaient été un des liens de Pascal et de Domat. Le Recueil de plusieurs pièces pour servir à Vhistoire de Port-Royal, Utrecht, le dit expressément, p. 27/i : « L'amour qu'il (M. Domat) avait pour les mathématiques fut ce qui lui donna occasion de se lier

1. Ces harangues se trouvent dans l'édition in-folio de Domat, de 1735. Elles furent prononcées de Tannée 1657 à l'année 1683. Elles occupent quarante pages in-fûlio à deux colonnes. Presque toutes ces harangues roulent sur les devoirs des juges et dçs avocats. Elles ont un caractère particuUer de sévén-ité. Les lois romaines y sont très rarement citées ; mais en revanche la Bible et l'Évangile y reviennent si fréquemment qu'on prendrait ces harangues pour des sermons, si l'on ne connaissait le nom de l'auteur.

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