Pour surveillée
€6 dessein, et qu'il lui promettoit de ne lui faire jamais aucune proposition d'engagement, quelque avantageux qu'il parût, mais qu'il la prioit de ne le point quitter; que sa vie ne seroit possible^ pas encore bien longue, et qu'il la prioit d'avoir cette patience , et cependant qu'il lui donnoit la liberté de vivre comme elle voudroit dans sa maison. Elle le remercia de toutes ces choses, et ne lui fit point de réponse positive sur la prière qu'il lui faisoit de ne le point quitter, se contentant seulement de lui promettre qu'elle ne lui donneroit jamais sujet de se plaindre de sa désobéissance.
« Ce dialogue entre eux se fit environ le mois de mai de l'année 1649. Mon père prit résolution en ce tems-là de venir en Auvergne, et d'y mener mon frère et ma sœur. Elle appréhenda beaucoup ce voyage, à cause de la multitude des parents et des compagnies où l'on est exposé dans les petites villes. Elle m'écrivit sa peine, et me manda que, pour éviter cet embarras où elle se voyoit exposée, elle croyoit qu'il étoit à ja-opos, pour prévenir le monde, que je disse tout haut et publiquement la résolution qu'elle avoit prise d'être religieuse, et qu'il n'y avoit que la considération de mon père qui la retenoit. Je ne manquai point de le faire, et cela réussit si bien que, lorsqu'elle fut arrivée, on ne fut point surpris de la voir habillée comme une femme âgée dans une grande modestie, et on ne s'étonna point aussi de ce qu'après avoir rendu les pre-
i, L'cdit. : selon toute apparence.
mières visites de civilité, elle se retira non-seulement dans la maison, mais dans sa chambre d'où elle ne sortoit point du tout que pour aller à l'église et pour prendre ses repas, et sans que personne de la maison y entrât; de sorte que moi-même, quand j'avois quelque chose à lui dire S il falloit que je fisse un petit agenda ou quelque marque pour me souvenir de le lui dire, ou quand elle viendroit manger, ou quand nous irions à l'église où nous allions toujours ensemble , et c'étoit le tems où j'avois plus d'occasion de lui parler qui étoit bien court, car nous n'avions pas grand chemin à faire. Ce n'est pas qu'elle refusât l'entrée de sa chambre ni à moi ni à personne , ni qu'elle refusât son entretien ; mais c'est que, quand on la détournoit pour lui parler des choses qui n'étoient pas tout à fait nécessaires, on s'apercevoit que cela la contraignoit et l'ennuyoït si fort qu'on évitoit tant qu'on pouvoit de lui faire cette peine -.
(( Il y avoit à Clermont un Père de l'Oratoire, fort homme de bien, et dont la vie est exemplaire. Ce bon homme venoit voir ma sœur assez souvent, et elle y prenoit plaisir, parce qu'il est rempli de discours d'édification. Ce bon Père lui dit un jour qu'il étoit bien raisonnable que, puisque son esprit avoit autrefois travaillé pour le monde, il s'exerçât maintenant à faire quelque chose pour Dieu ; qu'il avoit ouï dire
i. L'édit. : communiquer.
ii. L'édit. : de ne la point incommoder à cet égard.
qu'elle faisoit fort bien des vers, et qu'il avoit pensé de lui donner occasion d'en faire pour la gloire de Dieu, en lui traduisant en prose les hymnes de l'Église qu'elle mettroit après en vers. Elle lui dit simplement qu'elle le vouloitbien. Il lui apporta donc d'abord l'hymne de l'Ascension : Jesu, noslra redemjylio, que l'on chante tous les jours à l'Oratoire. Elle le mit en vers, qui étoient fort justes et fort bien tournés \ sans s'éloigner du sens en aucune sorte. 11 trouva cela si beau qu'il l'exhorta à continuer; mais elle s'avisa qu'elle l'avoit fait sans prendre avis : cela la jeta dans le scrupule. Elle écrivit à la mère Agnès, qui lui fit une belle réponse, et lui manda entre autres choses : « C'est un talent dont Dieu ne vous demandera point compte : il faut l'ensevelir. » Dès qu'elle eut reçu cette réponse elle me la montra, et pria ce bon Père de la dispenser d'en faire davantage, sans lui en dire la raison, mais seulement qu'elle ne pouvoit pas continuer cet ouvrage , et ainsi se remit à ses exercices ordinaires , gardant toujours exactement sa solitude , sans en sortir que par nécessité.
(( Mais cette retraite n'étoit point oisive ; car outre son office qu'elle disoit régulièrement et la lecture où elle s'appliquoit beaucoup, faisant quantité de recueils, elle occupoit le reste de son tems à travailler pour les pauvres. Elle leur faisoit des bas de grosse laine, des camisoles et d'autres patits accommodements qu'elle portoit elle-même, quand elle les avoit faits, à un