Sercy : en son huitième lustre
Vous renrichites à nos yeux De ces dons les plus précieux Dont vous ornez les belles âmes, Et son ardente charité Brûloit de vos divines flammes Son cœur rempli de piété.
Sans cesse elle espéroit en vous, Et toujours son soin le plus doux Étoit de vous être fidèle.
Hélas î dans son aveudemenl Lui donnàtes-vous tant de zèle Pour la perdre éternellement?
Mon Dieu, je ne pénètre pas Dans les secrets dont ici-bas Vous nous ùtez la connoissance; Mais j'espère en votre équité, Et crois que votre providence Suit les lois do votre bonté.
Ainsi, Philis, c'est trop pleurer; Dieu vous permettant d'espérer Défend une douleur plus ample; Réglez-vous sur ses volontés, Et suivez en cela l'exemple De celle que vous regrettez.
Nous voici arrivés à Tannée 1G46 ; toute la famille Pascal se convertit, c'est-à-dire passa d'une piété convenable à la dévotion proprement dite. Biaise Pascal se jeta dans cette route nouvelle avec son ardeur accoutumée : il y entraîna sa sœur Jacqueline.
CHPITRE TROISIEME,
16/iG A 1652
Une fois entrée dans la dévotion , à la fin de Tanncc 1646, Jacqueline ne s'arrêta qu'au dernier terme: l'entier renoncement au monde et la prise de l'habit religieux à Port-Royal, en 1052.
Déjà à Rouen, elle avait lu les écrits des plus célèbres jansénistes. En 1G47, Biaise Pascal étant venu s'établir à Paris, sa sœur l'y accompagna, ils se mirent en rapport avec Port-Royal, et Jacqueline piit M. Singlin pour directeur. Pendant ce temps, elle écrivait souvent à sa sœur Gilberte, madame Périer, qui habitait Clermont avec son mari et ses enfants. Nous avons plusieurs lettres d'elle de cette époque. La première est le récit d'une visite que Descartes lit à Pascal, comme nous l'apprend Baillet 'dans la Vie de Descartes, seconde partie, p. 330, d'après une lettre manuscrite de Descartes à Mersenne, du i avril
« Paris, le 23 septembre 1647.
« Ma chère sœur ' , j'ai différé à l'écrire parceque je voiilois te mander tout au long l'entrevue de M. Descartes et de mon frère ; et je n'eus pas le loisir hier de te dire que dimanche au soir M. Habert- vint ici accompagné de M. de Montigny, de Bretagne, qui me venoit dire, au défaut de mon frère qui étoit à l'église, que M. Descartes, son compatriote et bon ami^ avoit fort témoigné avoir envie de voir mon frère, à cause de la grande estime qu'il avoit ouï faire de M. mon père et de lui, et que pour cet effet il l'avoit prié de venir voir s'il n'incommoderoit point mon frère, parcequ'il sçavoit qu'il étoit malade, en venant céans le lendemain à neuf heures du matin. Quand M. de Montigny me proposa cela, je fus assez empêchée de répondre, à cause que je sçavois qu'il a peine à se contraindre et à parler, particulièrement le matin ; néantmoins je ne crus pas à propos de le refuser, si bien que nous arrêtâmes qu'il vien droit à dix heures et demie le lendemain; ce qu'il fit avec
1. Nous trouvons cette lettre dans le Recueil si souvent cité de 5jiie périer, à la Bibliothèque royale, et dans un autre manuscrit decette même Bibliothèque, fonds de l'Oratoire, n" 160. (Voyez la description détaillée de ce dernier manuscrit, Études sur Pascal, p. 503- 510.) Le Recueil de M^'^ Périer, à la fin de la lettre, contient ces mots : Copié sur l'original. Les deux copies offrent en quelques endroits des leçons différentes.
2. Évidemment Habert de Montmor, le Mécène des savants de cette époque.