Fvccueil de Marguerite Périer : et ils d
point d'autre mal que de suer beaucoup la nuit et de fort peu dormir; mais il n'en eut point les maux de tête que j'attendois après cet effort. Madame Habert' se porte bien à cette heure; je crois qu'elle est hors de danger; elle revomissoit tout ce qu'elle prenoit, jusqu'aux bouillons...
« Dis à M. Ausoult - que selon sa lettre mon frère écrivit au P. Mersene l'autre jour pour sçavoir de lui quelles raisons M. Descartes apportoit contre la colonne d'air, lequel lit réponse assez mal écrite, à cause qu'il a eu l'artère du bras droit coupée en le saignant, dont il sera peut-être estropié. Je lus pourtant que ce n'étoit pas M. Descartes (car, au contraire, il la croit fort, mais par une raison que mon frère n'approuve pas), mais M. de Roberval qui étoit contre; et aussi il lui témoignoit l'envie que M. Descaries avoit de le voir, et l'instrument aussi Mais nous prenions tout cela pour civilité
(( Dis 3 à M. Duménil, si tu le vois, qu'une personne qui n'est plus mathématicien, et d'autres qui ne l'ont jamais été, baisent les mains à un qui l'est tout de nouveau. M. Ausoult t'expliquera tout cela; je n'ai ni le tcms ni la patience. jVdieu, je suis, ma chère sœur, etc.»
1. Toute cette phrase manque dans le Rec. de Marguerite Périor. — Le paragraphe qui suit a bien l'air de former un billet à part, antérieur à la présente lettre, puisque Jacqueline annonce ici Tentrevuo qu'elle vient de raconter.
2. Sur M. Auzoult, voyez Études sur Pascal, Appendice^ n" 3, p. 346 et 370.
3. Cette fin manque dans le Rec. de Marguerite Périer. — Sur M. Dumesnil, voyez le passage précité.
Les deux autres lettres qui suivent de Jacqueline à Gilberte trahissent déjà une dévotion très-vive. On y sent comme la fermentation de la grande résolution que Jacqueline accomplira bientôt.
« A Paris, ce •24 mars 1648 K
c( 'Six CHÈRE Sœur,
« Je reçus hier au soir seulement ta lettre du 22 janvier, mais ce ne fut pas avec une petite consolation. Je me réjouis de tout mon cœur de cette heureuse rencontre que tu m'as mandée ; je la prends pour une grâce d'autant plus grande que j'en suis véritablement indigne. Si tu étois mon confesseur je fen dirois peut-être davantage, mais cela suffit pour t'obUger à me recommander de tout ton cœur au Fils et à la Mère, afin qu'ils obtiennent pour moi par les mérites de sa mort les grâces qui me sont nécessaires. Tu n'y oubheras pas toute notre maison, c'est pourquoi je ne t'en parle point. Je te prie seulement qu'un des sujets de tes prières du premier jeudi soit la manifestation publique, ou pour le moins la manifestation particulière à certaines personnes, d'une chose/ de conséquence qui est occulte et dont les effets sont étonnants, disant à Dieu avec J.-C. : Mon Père, s'il est possible, c'est-à-dire si c'est pour votre gloire, et y ajoutant pourtant toujours : votre volonté soit faite,
1. Rec. de Marguerite Périer, p. 370. Le manuscrit donne la date de 1644; c'est une erreur : à cette époque Jacqueline était à Rouen, et n'avait pas encore vu M. Singlin. Nous pensons qu'il faut lire 1648.
afin qu'il plaise à Dieu d'envoyer sa lumière dans les oœurs plutôt que dans les esprits. Ça été le sujet d'une grande partie de mes prières depuis quelque temps, j'entends de ces prières qui ne sont qu'un désir du cœur, comme dit M. de Saint-Cyran. Je t'en prie derechef, car j'affectionne cela infiniment, et pour Dieu seul, ce me semble, c'est-à-dire afin qu'il ne se fasse ou pense rien contre son ordre. Si je te voyois, je te dirois tout cela avec joye de pouvoir ouvrir mon cœur ; Dieu ne veut pas que j'aye cette consolation : qu'il en soit béni ! Je tâcherai de ne le pas vouloir aussi, tant qu'il ne le voudra pas. Les chrétiens ont cet avantage que s'il leur est défendu de s'abandonner aux plaisirs du monde, il leur est aussi défendu de s'attrister des malheurs qui y arrivent, et môme il leur est commandé de s'en réjouir; et comme les uns sont sans difficulté plus fréquents que les autres, leur joye est bien plus continuelle; aussi N. S. J.-C. dit que personne ne la leur pourra ôter; et, en effet, il faut dire comme l'apôtre dit sur un autre sujet : Qui pourra affliger celui à qui touf les maux tiennent lieu de joyes?
(( Quand je m'aperçois qu'il semble que je te veuille instruire, ce qu'à Dieu ne plaise que j'entreprenne ainsi sans raison ni mission, il me souvient d'avoir ouï dire un beau mot à M. Singlin, que lorsque nous prions Dieu, ce n'est pas pour le faire ressouvenir de nos besoins qu'il sait tous, comme dit J.-C, mais pour nous en souvenir nous-mêmes ; je te dis la même ^hose une fois pour toutes, afin que cela te demeure
dans l'esprit. Prie Dieu pour moi, mais tout de bon; rends-lui aussi grâce pour tous, et pour mon frère quelques prières et quelques actions de grâces particulières. Je te mande tout ce qui me vient à la pensée. Encore un coup, prie Dieu pour moi, j'en ai besoin ; prie-le qu'il passe l'éponge pour ainsi dire sur tout le tems que j'ai perdu et les occasions que î'ai négligées et les conjonctures favorables que j'ai refusées; elles sont sans nombre; prie-le qu'il ait agréable l'obéissance que je rends , en me procurant à moi-même des biens qui sont infinis et dont je suis indicne, etc. »