‹ Histoire de FranceChapitre 6 sur 158 · Traduction de Platon, tome IV, Ion., p · texte numérisé non relu

Traduction de Platon, tome IV, Ion., p

2. La pauvreté n'est pas seulement une excuse admissible, c'est une raison légitime et sacrée. Si on éprouve un sentiment pénible en

Ouelle que soit notre admiration pour la Princesse de Clcves, et bien que nous la mettions à peine audessous de Bérénice , le métier de femme auteur que faisait sans nécessité M™° de La Fayette nous rappelle malgré nous qu'elle avait donné ses dernières affections à un bien triste personnage, grand seigneur intrigant, bel esprit morose , qui osa mettre sa vie en maximes ,

voyant aujourd'hui tant de jeunes filles pauvres, qui pourraient, en embrassant une profession utile, parvenir, avec du travail et de la conduite, à une situation modeste, mais indépendante, se jeter, sans vraie instruction et sans études sérieuses, dans ce qu'elles appellent la carrière littéraire, se mettre aux gages des libraires et à la merci des journaux, contraintes, pour plaire à la foule des liseurs de cafés, de simuler les travers, hélas ! et quelquefois les vices à la mode, entretenant le public d'elles-mêmes, de leur vie intime, de leurs fautes mêmes, se traînant ainsi et vieillissant, entre le mépris et la pitié, dans cette sorte de mendicité littéraire; si en vérité on sert à la fois la cause de la morale et celle du bon goût, si on mérite bien de la société et surtout des femmes quand on refoule, par une critique un peu vive, toutes ces jeunes folles vers des métiers mille fois plus honnêtes que celui qu'elles font, empressons-nous d'ajouter qu'il n'est pas de destinée plus digne d'intérêt et de respect que celle d'une femme qui, ayant reçu une éducation distinguée, et orné sa jeunesse d'une instruction solide et agréable, tombée, par un revers de fortune, dans une situation difficile, appelle à son secours les connaissances autrefois amassées pour un autre usage, et nourrit vertueusement sa famille du fruit de ses veilles. Heureuse une telle femme, si au talent elle joint la prudence, si elle recherche les travaux modestes, les ouvrages utiles, empreints d'un caractère moral et pieux, le plus souvent des traductions publiées sous le voile de l'anonyme ! Ou s'il faut paraître pour se faire un nom et tirer meilleur parti de sa plume, si encore elle a reçu du ciel une imagination ardente avec le don infortuné de la beauté, dono infelice dibellezza, oh! alors, puisqu'elle est condamnée à la renommée, qu'elle cache au moins sa vie, qu'elle fuie les sentiers où sont le bruit, l'éclat et la foule, qu'elle demeure auprès du foyer domestique, célèbre et ignorée, contente de répandre autour d'elle un bonheur obscur, le respect et l'affection î

ramant sans cœur, l'amant ingrat de l'infortunée duchesse de LonguevilleV

Après M""^ de La Fayette, nous n'apercevons plus guère au xvn^ siècle que trois femmes de lettres distinguées , si on veut bien nous passer cette expression : M"' de Scudéry, M'^^ Deshoulières , et M"' Lefèvre , depuis M"^^ Dacier; et en vérité, si nous avions à choisir pour notre sœur ou notre mère entre ces trois dames, nous choisirions M""^ Dacier, femme excellente, pleine d'instruction , qui a très-peu parlé d'elle , et n'a guère fait que des traductions qui dureront plus que bien des ouvrages prétendus originaux. La traduction de V Iliade, par M""^ Dacier, est encore aujourd'hui la seule version qui se puisse lire de l'antique et naïve épopée. Il y a par-ci par-là quelques contre-sens : g^

1. Dans ses Mémoires,, imprimés en 1662, du vivant même de M™* de Longueville, La Rochefoucauld la peint sans pitié, avec ses défauts bien plus qu'avec ses admirables qualités. Il raconte fort clairement qu'il était bien avec elle, puis qu'elle écouta le duc de Nemours, et qu'il contribua à la brouiller à la fois avec celui-ci et avec ses deux frères. Et tout cela pendant que la pau^Te femme, tremblante sous la main de M. Singlin, pleurait ses fautes et en faisait la plus dure pénitence à Port-Rojal et aux Carmélites : Quant aux il/ûœimes, leur théorie, fausse et banale, est au-dessous de l'examen. Eh! sans doute il y a beaucoup d'égoïsme dans toute créature humaine, cela est vrai, cela même est nécessaire et bon ; mais n'y a-t-il que de l'égoîsme, et l'âme n'est-elle pas capable aussi d'autres sentiments? Telle est la question; comme il est bien clair que nous devons aux sens la plupart de nos idées, mais il s"agit de savoir s'il n'y a pas en- ' core une autre source de connaissances. La Rochefoucauld n'est pas, un philosophe, mais c'est un observateur plein de finesse, et son style possède toutes les qualités du genre sentencieux, un relief admirable et un mélange exquis de malice et de vigueur. Voyez, sur tout cela, nos Étddes sur Pascal, seconde préface, et surtout M*"* db Sabl% chap. III.

y chercherait en vain notre exactitude littérale ; la grâce non plus n'y est pas; mais la simplicité, mais l'abondance, mais l'énergie et le mouvement n'y manquent point, et l'impression générale qu'elle fait sur l'esprit du lecteur ne diffère pas trop de celle que produit le vieil Homère. Nous avouons que les bergères de M""^ Deshoulières nous surpassent et ne sont pas faites pour nous , pas plus que celles de Racan , de Ségrais et de Fontenelle, pastorales de boudoir, jeux d'esprit qui ne divertissent pas le moins du monde , industrie innocente, mais futile, à laquelle il y a trèspeu d'industries honnêtes que nous ne préférions, celles, par exemple, qui mettent dans notre cellule un chaud tapis , des meubles solides et une bonne cheminée. M^^*' de Scudéry était, comme on disait alors , une fille de beaucoup d'esprit qui a composé d'ennuyeux romans^ et quelques jolis vers, parmi lesquels on a retenu le quatrain sur les œillets du grand €ondé. Elle vaut mieux sans doute que monsieur son frère, le bienheureux Scudéry &q Balzac etdeBoileau. Celui-là s'est vraiment trompé de siècle : il devait vivre de notre temps. Avec ses airs de matamore, son style éventé et sa fécondité inépuisable , il eût été un des lions de la littérature facile. Mais dans la famille il y a une personne qui, sans avoir écrit pour le public, est bien supérieure à l'auteur à'Alaric : c'est la femme même de Scudéry, qui, laissée veuve à trente-six ans,

1. Le temps et l'étude nous ont fait juger bien différemment M^'^ de Scudéry dans La Jeunesse de M"^^ de Lgngueville, ch. II, et surtout clans La Société française au xvii*^ siècle.

aimable et spirituelle , vécut dans la meilleure compagnie, recherchée, quoique pauvre, et considérée malgré le ridicule de son nom. Elle a du sens, un certain goiit poli et discret, et ses lettres agréables et bien tournées se soutiennent à côté de celles de Bussy '.

Nous n'aurions pas l'injustice et le mauvais goût de bannir de notre galerie les femmes auteurs ; mais nos préférences, et pour ainsi dire les places d'honneur, seraient pour ces femmes éminentes qui ont montré une intelligence ou une âme d'élite sans avoir rien écrit, ou du moins sans avoir écrit pour le public, selon la vraie destinée et le plus haut emploi du génie de la femme. C'est sur les femmes illustres de cette trempe que nous voudrions rassembler les documents les plus authentiques , y choisissant les traits les plus frappants pour en former des biographies sobres et fidèles. Nous y joindrions les pages les plus caractéristiques échappées à leur plume , soit dans des lettres confidentielles , soit dans des Mémoires posthumes. Enfin, selon le goût de notre temps, qui est aussi le n(Mre, chaque notice serait accompagnée d'un autographe comme d'un portrait. Chacune de ces dames

1. Les lettres de M'"^ de Scudéry sont répandues à travers celles de Bussy. Voyez l'édition d'Amsterdam, ITd^, 6 vol. L. Collin les a réimprimées en 180C. M. de Monmerqué, qui a vu les originaux de ces lettres, se plaint {Biographie universelle, art. Scudéry) qu'elles soient publiées si imparfaitement. Ce n'est pas un malheur particulier aux lettres de M"'"= de Scudéry; nous croyons avoir établi que tout ouvrage posthume doit désormais être tenu pour suspect, et que bien peu nous sont arrivés intacts.

serait ainsi peinte au physique et au moral avec sa physionomie particulière et avec le costume du temps. Nous nous efforcerions aussi de marquer avec soin le rapport des personnages de cette galerie à ceux de la galerie de Perrault, du moins pour l'esprit et le caractère ; en sorte que le lecteur de ces deux ouvrages suivrait de biographies en biographies et de portraits en portraits le cours du siècle depuis la mort de Henri lY jusqu'à celle de Louis XIY, et traverserait cette grande époque en cette aimable et glorieuse compagnie.

On y verrait d'abord les hautes et sérieuses figures des contemporaines de Sully, de Richelieu, de Descartes, de Corneille. Au premier rang seraient deux femmes diversement admirables : ici la bienheureuse M'"^ de Chantai, digne élève de saint François de Sales, fondatrice de l'ordre charitable de la Yisitation, née comme sainte Thérèse pour souffrir et aimer, consoler et soulager^; là celle qu'il nous est impossible de ne pas appeler la grande M™^ Angélique, faite pour commander comme la première pour aimer et servir, la vraie sœur aînée du grand Arnauld-, qui, s'étant éveillée abbesse à quatorze ans, entreprit à seize ans de réformer et son monastère et

1. Née à Dijon, en 1572, morte à Moulins, en 1641. Son fils est le père de M"^« de Sévigné.

2. Elle était fille du célèbre avocat Antoine Arnauld, sœur de Robert Arnauld d'Andilly, de Henri Arnauld, évêque d'Angers, ùz grand Arnauld, de la mère Agnès Arnauld, tante de M. de Pomponne, de M. de Saci, de la mère Angélique de Saint- Jean Arnauld, etc. Née eu lo91, morte en IGGl. Voyez surtout ses Lettres^ Utrecht, 1742.

tous ceux du même ordre , et par là de contribuer à la réforme générale des ordres religieux et de l'Église de France ; qui , commençant courageusement la réforme des autres par celle d'elle-même , dit adieu au monde, à sa famille, à ce père qui l'adorait, dévora son cœur en silence et ne lui permit de battre que pour Dieu ; capable des plus grandes choses , et n'en trouvant pas de plus grande que de se dompter elle-même, naturellement altière et volontairement humble , patiente et douce à force d'énergie , trompant sa nature ardente et passionnée en la transportant jusque dans le renoncement à soi-même , attirant par un ascendant irrésistible tout ce qui l'approchait à sa sainte entreprise, relevant ou plutôt fondant de nouveau Port-Royal , en faisant une école de science et de vertu , de foi solide et de vraie sagesse, jusqu'au jour où cette grande âme, déjà par elle-même hardie et extrême, rencontra une autre âme plus extrême encore , l'énergique et outré Saint- Cyran , homme fatal qui introduisit dans Port-Royal une doctrine particulière , imprima à une œuvre simple et grande le caractère étroit de l'esprit de parti , et fit presque d'une réunion de solitaires une faction. Avec quel respect et quelle émotion nous nous plairions à recueilhr les plus beaux passages de la mère Angélique ! Elle a beau s'anéantir dans le mépris d'elle-même et dans la fuite de toute vanité, ses plus simples entretiens, ses lettres les plus familières, révèlent de loin en loin le fond de son âme, et contiennent çà et là des traits admirables de candeur, de"

fierté, de pathétique. Mais qu'on ne s'y trompe pas : tout ce qu'on a imprimé d'elle , longtemps après sa mort, a subi les corrections d'éditeurs inhabiles qui ont effacé, pour le polir, son style inculte et négligé , et font parler, de 1630 à 1660 , M'"^ Angélique Arnauld , comme ils parlaient eux-mêmes à Utrecht ou dans quelque coin du faubourg Saint-Marceau , vers le milieu duxvui^ siècle. Nous avons eu sous les yeux, nous avons copié, et nous pourrions faire connaître des lettres autographes de cette Cornélie chrétienne , où son âme se montre à découvert dans sa grandeur naïve , sans avoir passé par la censure janséniste ^ .

En avançant un peu dans le siècle , à la suite et à côté de la famille des Arnauld , nous trouverions celle des Pascal. Dans ce recueil , composé à notre guise , nous ferions une place aux deux sœurs de l'auteur des Provinciales et des Pensées, Jacqueline et Gilberte, toutes deux parfaitement belles , ce qu'il est permis de ne pas mépriser,

Gratior et pulchro veniens in corpore virtus.

Tune spirituelle, passionnée et obstinée comme son frère , morte de chagrin à trente-six ans pour avoir signé le formulaire contre sa conscience ; l'autre vive aussi, mais moins extrême, ayant gardé au sein d'une dévotion profonde les affections de sœur, de femme et de mère; l'une et l'autre écrivant sans

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