Voyez M'"^ de Sablé, ch. IV, p. 200, et la note
art , mais toujours d'une façon distinguée et avec une élévation naturelle.
Sous la Fronde, nous aurions une ample moisson à faire de beautés et de grâces d'un ordre bien diiférent. Viendraient alors les grandes dames avec leurs intrigues de cour, leurs amours légères, leurs dures pénitences , leur style négligé et de haut parage ; à côté de Condé et de Turenne, M'"' de Longueville, la grande ^lademoiselle et la Princesse Palatine ; entre Mazarin et Retz , M'"^ de Chevreuse ; avec Beaufort et Rancé , M'"' de Montbazon, et l'orgueilleuse Guy mené avec l'infortuné de Thou'.
Avançons encore , voici le siècle de Louis XIV. C'en est fait de la mâle vigueur du temps de Richelieu; c'en est fait de la libre allure de la Fronde; Louis XïV a mis à l'ordre du jour la politesse, la dignité tempérée par le bon goût. Heureux les génies qui auront été trempés dans la vigueur et dans la liberté de l'âge précédent, et qui auront assez vécu pour recevoir leur dernière perfection des mains de la politesse nouvelle ! C'est le privilège de M'^^ de Sévigné, comme de Molière et de Bossuet. M'"^ de Sévigné serait la reine de cette galerie. Elle y donnerait la main à son amie M"'" de La Fayette. Il y aurait une place aussi pour M'"' de Grignan, et à cause de sa mère, et à cause de son pcTe Descartes, et pour elle-même qui joignait à une âme noble , plus hardie
1. C'est à M'"*^ de Guymené qu'avant de monter sur l'échafaud da Thou écrivit le billet qui se lit à la suite de lu Relation deFontrailles, dans la collection des Mémoires publiés par >Lv'\. :\îichaud etPoujoulat.
DES FEiMMES ILLUSTRES DU XVII'' SIÈCLE. 41
que celle de la prudente marquise , une raison libre et ferme , un esprit original et un style accompli dan?: sa sobre gravité. Nous admettrions bien volontiers M'"^ de Rambouillet et sa fille la fameuse Julie. Il n'y a guère moyen de séparer M"^ Paulet de Voiture*, et la duchesse de Mazarin , la brillante et folle Hortense, de son vieux cavalier servant, Saint-Évremond. Yoyez comme déjà le siècle en avançant décline ; mais qu'il est beau encore avec M"^ de La Yallière , devenue Louise de la Miséricorde î Nous en pourrions donner plus d'une lettre inédite où se révèle une âme charmante. Son heureuse et superbe rivale, M'"' de Montespan, figurerait avec sa docte sœur, M™^ de Rochechouart , abbesse de Fontevrault, qui traduisait/é? Banquet, y compris le discours d'Alcibiade-, et avec sa nièce, la spirituelle et belle marquise de Castries , que Huet surprit un jour lisant en cachette le CriLon^\ Puis viendrait ce génie égaré qui égare un autre génie, cette âme si tendre qui séduisit et entraîna l'âme tendre de Fénelon , alluma au feu de l'amour divin la plus ténébreuse querelle, mit aux prises l'aigle de Meaux et le cygne de Cambrai, et jusque dans ses plus grandes erreurs se fit tout pardonner à force d'humilité , de sincérité , de dévouement*.
1. Sur M^''= Paulet, voyez La Société Française au xyii*^ siècle, t. I", chap. VII, etc.
2. Voyez Uédition de Racine de M. Aimé Martin, t. V, p. 97, et sur la docte abbesse, M"^^ de Sablé, chap. IV, etc.