Gilberte
aucune difficulté de passer outre ; car je vous assure que si je croyois que ce ne me fût une preuve évidente de votre consentement, je n'aurois garde de l'entreprendre.
(( S'il y avoit quelque conjuration plus forte que l'amour de Dieu pour vous obliger de m'accorder en sa faveur cette petite prière, je l'emploierois en une occasion pour laquelle j'ai tant d'affection, et qui me fait vous conjurer, au nom de ce saint amour que Dieu nous porte et que nous lui devons, d'accorder ma demande ou à ma foiblesse ou à mes raisons, puisque vous devez être certain, plus par la dernière épreuve que vous en avez faite que par toutes les autres, que vos commandements me sont des lois, et que toutes les fois qu'il s'agira de votre satisfaction, au préjudice même du repos de toute ma vie, vous connoîtrez, par la promptitude avec laquelle j'y courrai, que c'est par reconnoissance et par affection plutôt que par devoir, et que quand je vous accordai ce que vous me demandiez, c'étoit par pure affection à votre service selon Dieu, lequel vous me dites être la cause pourquoi vous me reteniez auprès de vous. J'espère en Dieu qu'il vous fera connoitre quelque jour combien plus je vous pourrois servir auprès de lui qu'auprès de vous. Mais en attendant ce temps, je le prie de me conserver toute la vie dans les sentiments où j'ai toujours été jusqu'ici, d'attendre avec patience votre volonté, après que j'aurai tâché de découvrir la sienne, pour le regard du lieu que j'ai dans l'esprit, dans ma petite retraite, sur le sujet de laquelle j'at-
tendrai votre réponse avec l'impatience que vous pourrez vous imaginer, mais avec une soumission d'esprit tout entière, quoiqu'avec un désir très grand de l'obtenir. Quelque chose qu'elle contienne, elle ne changera en rien la passion qu'elle trouvera en moi, et qui ne me quitte point, de vous témoigner de combien je suis plus véritablement par l'affection du cœur que par la nécessité de la nature, monsieur mon père, votre très humble et très obéissante fille et servante,
(( JACQL■ELI^•E Pascal.
(c M. Périer, mon frère et ma fidèle vous baisent très-humblement les mains ^ ))
Vers la fin de l'année 1648, Jacqueline, en son nom et au nom de son frère , adressa la lettre suivante à ]^pne Périer, qui était à Clermont. Elle est intitulée dans notre manuscrit : Lettre de J/. et de W^^ Pascal à
j/œe p^'rier, leur sœur,
« A Paris, ce 5 novembre 1648 *.
« Ma chère Sœur,
« Ta lettre nous a fait ressouvenir d'une brouillerie dont on avoit perdu la mémoire, tant elle est absolument passée. Les éclaircissements un peu trop grands que nous avons procurés ont fait paroître le sujet gé-
1. A la fin de la lettre sont écrits ces mots : Copié sur Voriginal,