‹ Histoire de FranceChapitre 84 sur 158 · Il s'agit toujours ici de Pascal · texte numérisé non relu

Il s'agit toujours ici de Pascal

3. Ces mots : et afin que... vous étonnera ne sont pas dans le manuscrit A.

206 CHAPITRE QUATRIÈ.AIE.

qu'on y peut être, et même il est mort là-dedans. Je »ous donne à penser combien cela Fa fâché. Néanmoins, quoiqu'il le connût bien tel qu'il étoit, il ne laissa pas de lui donner une terre considérable qu'il avoit, et dont il vouloit se défaire pour ne posséder que le moins qu'il pourroit des biens de la terre. Yous ne doutez pas qu'il ne sût qu'il y avoit moyen de mieux employer son bien, c'est-à-dire qu'il eût pu en faire beaucoup de charités ^, mais cependant il ne le fit pas : il donna cette terre à son frère, qui ne la devoit employer qu'à sa vanité ; et cela par un autre motif de charité, qui n'est pas moindre que la première; car il le fit pour conserver l'amitié de cette personne, et ne le pas éloigner de lui, comme il auroit fait infailliblement, s'il ne la lui eût pas donnée, parce que c'eût été lui témoigner qu'il avoit si mauvaise opinion de son état qu'il tenoit pour mal employé ou pour perdu le bien qu'on lui donneroit; et par là il eût perdu toute l'espérance qui lui restoit de le pouvoir «ervir en la manière qu'il désiroit ; car comme il savoit bien mettre le prix aux choses, il ne faisoit point difficulté de prodiguer et même de perdre un peu de bien temporel pour lui pouvoir procurer les biens véritables. C'est pour vous dire, ma fille, que vous n'avez pas mal fait d'en faire autant, puisque vous Tavez fait pour la même raison.

1. A. « beaucoup de charités; mais il le fit par un autre motif de charité, afin de ne le pas éloigner de lui ni lui faire croire qu'il eût assez mauvaise opinion de son état pour penser que le bien quon lui dcnneroit seroit mal employé ou perdu, et par là il eût p... »

(( Mais afin de vous ôter tout scrupule, il faut que vous sachiez, ajouta-t-elle ' par un mouvement de charité admirable, que, quand il seroit vrai que vous auriez fait une faute en cela et une dissipation, ce qui n'est pas, comme je vous ai déjà dit, et que ce seroit une pure perte de votre bien, vous la devez regarder comme une des moindres de toutes celles qu'on peut faire : je dis en vérité une des moindres ; car voyez- vous, ma sœur, toutes les choses extérieures et périssables ne sont rien. La perte que l'on fait de la plus petite grâce de Dieu est mille fois plus considérable devant lui que celle de tous les biens de la terre, quelque usage qu'on en puisse faire. Dieu considère fort peu tout cela. Il n'a que faire de nos biens : il les estime comme rien en comparaison des vertus qu'il met en nous. Ce sont là les biens véritables; et il faut s'examiner souvent sur l'usage qu'on en fait, pour son profit particulier et pour celui des autres. Cependant on ne songe pas à cela ; on est fort peu ou point touché quand on vient à déchoir de son humilité accoutumée , de sa douceur, ou de quelque autre vertu. Et on entre en scrupule, si on a mal employé un peu d'argent, qui est le moindre de tous les biens dont Dieu nous demandera compte, parce qu'il ne peut tout au plus servir qu'à soulager quelques misères temporelles, ou à quelque autre œuvre qui passera avec le temps ; au lieu que les grâces de Dieu et les vertus qu'il nous donne sont des trésors qui

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