A. qui alloit au delà de toute l'exp
alloit en vérité au delà de toute l'expressioii que j'en puis faire) , je croyois néanmoins être obligée en conscience, et tout intérêt ôté, de faire ce délai, pour me mettre en état de faire justice à la maison.
«Non, me dit-elle, ma fille; au contraire vous êtes obligée en conscience de ne le pas faire ; car ne voyez-vous pas bien qu'encore que vous eussiez tout pouvoir d'exécuter vos desseins, il n'est pas pourtant en votre pouvoir de faire qu'il les agréent? Je n'ai jamais douté de ce que vous dites ; je sais bien qu'à la rigueur personne ne vous peut empêcher de faire tout ce que vous voulez de votre bien. Mais je n'ai point eu d'égard à ce que vous pouvez, je ne regarde que ce que vous devez faire : voilà toute la question, et je ne fais point de doute que vous ne soyez obligée, je dis indispensablement, à procurer la paix de leur esprit autant que vous le pourrez, et à ne rien faire qui les choque. Lorsque vous pensiez que toutes choses seroient en votre disposition sans y prévoir aucune difiiculté, vous avez néanmoins voulu avoir leur aveu pour faire ce que vous désiriez, et vous avez dû le faire; autrement vous leur eussiez donné sujet de s'offenser, et en effet c'est pour cela que vous l'avez fait. Jugez donc combien ils le seroient, si vous le faisiez malgré eux et par une espèce de violence. S'il se doit faire quelque chose, il faut que ce soit eux-mêmes qui le fassent de leur propre mouvement, sans qu'il y ait rien du vôtre. »
(( Ne pouvant répondre aux raisons de notre chère mère ni résister à sa volonté, je la suppliai au moins
de me permettre de les en menacer, pour voir l'effet que cela produiroit. Mais elle n'y consentit pas plus qu'au reste : « Non, me dit-elle, ma fdle, gardezvous-en bien : ne voyez-vous pas bien que vous détruiriez par là tout ce que vous voulez faire par votre démission? Croyez-moi, laissez toutes choses comme elles sont, et souvenez-vous que vous êtes obligée sur toutes choses de préférer le repos de leur esprit et la paix qui doit être en vous à tout autre intérêt, pour ne pas faire céans ce qu'on vous feroit faire dans les lieux dont nous parlions tantôt. Et celui-là vous doit être si précieux que si vous aviez deux millions de bien, je vous conseillerois de les donner sans hésiter pour procurer que la charité ne fût point refroidie entre vous. N'en parlez donc plus et n'y pensez plus; quand vous les verrez, ne leur en dites rien du tout. S'ils vous en parlent, vous leur direz qu'ils savent bien que vous vous êtes démise de toutes choses entre leurs mains, et que, comme vous n'avez plus rien à voir à tout cela, vous n'y pensez plus. » Sur cela, notre chère mère me congédia sans vouloir plus de réplique, et cette conférence se termina de la sorte.
« A peu de jours de là, celui qui^ avoit le plus d'intérêt en cette affaire étant arrivé en cette ville, je tâchai de traiter avec lui selon l'intention de notre mère. Mais quelqu'effort que je pusse faire, il me fu" impossible de cacher entièrement la tristesse qui me