‹ Histoire de FranceChapitre 88 sur 158 · Pascal · texte numérisé non relu

Pascal

restoit encore après toutes les peines qu'elle avoit prises pour la faire cesser. Cela m'est si peu ordinaire qu'il s'en aperçut aussitôt, et il n'eut plus besoin d'interprète pour en apprendre la cause; car encore que je lui fisse le meilleur visage que je pusse, je m'assure qu'il jugea aisément que son procédé m'avoit mise en cet état. Il voulut néanmoins s'en plaindre le premier, et ce fut alors que j'appris qu'ils «e tenoient si offensés de ce que j'avois écrit. Mais il ne continua guère à parler, voyant que je ne faisois aucune plainte de mon côté, quoique d'ailleurs je détruisisse par une seule parole toutes ses raisons. Au contraire je lui déclarai, avec toute la gaieté que mon état présent me pouvoit permettre , que , puisque la maison vouloit bien me faire la charité de me recevoir gratuitement et que ma profession n'en seroit point ditférée, je n'étoisplus en peine de rien que de la bien faire et d'attirer la grâce dont j'avois besoin pour être une vraie religieuse.

(( Si tout ce colloque étoit aussi digne d'être recueilli que le précédent, j'eusse pris peine à le retenir, et je ne plaindrois nullement le temps que j'employerois à l'écrire; mais parce qu'il n'est pas entièrement ni si beau ni si utile, comme je m'assure que vous le croyez aisément sans qu'il soit besoin que je l'affirme davantage, il vaut mieux le passer sous silence que de perdre du temps à vous ennuyer. Je dirai en un mot qu'il fut touché de confusion, et que de son propre mouvement il se résolut de mettre ordre à cette affaire, s'offrant même de prendre sur lui tous les ris-

ques et les charges du bien, et de faire en son nom pour la maison ce qu'il voyoit bien qu'on ne pouvoit omettre avec justice.

« J'achèverai, ma chère mère, de vous conter cette histoire, quoique ce n'ait pas été proprement mon dessein de vous la faire savoir, elle n'en vaut pas la peine, mais seulement de conserver la mémoire des obligations que j'ai à nos mères, et les instructions si profitables que j'ai reçues en cette rencontre. C'est pourquoi je me vois obligée d'achever, parce que l'un et l'autre ont continué jusqu'à la fin ^

« Lors donc que la personne dont je viens de parler m'eut quittée, j'allai rendre compte à nos mères de cette entrevue, pour savoir d'elles si je devois lui régler ce que je devois faire pour la maison, comme il sembloit s'y attendre ; mais elles me défendirent absolument de lui taxer aucune chose, m'ordonnant expressément de me contenter de ce qu'il voudroit donner sans lui rien prescrire, et de ne suivre que son intention. Toutefois, ayant su la nature de son bien, elles approuvèrent 2 que je lui proposasse de prendre ce qu'il voudroit donner sur certaines parties ce qui étoit pour son propre accommodement. Yoilà toute la liberté que je pus obtenir, et l'affaire fut ainsi terminée. Car il ne fallut point de temps pour le faire résoudre à faire plus qu'il n'eût voulu, puisque j'avois ordre exprès de prendre sa dernière volonté pour loi, mais

Page 1