L'imprimé : je ne me
choses qui seroient trop longues à dire , et qui ne sont point nécessaires ; mais la principale est que notre nouveau converti pensa sérieusement de son propre mouvement, pour plusieurs raisons, qu*une retraite de quelque temps hors de chez lui seroit fort nécessaire. M. Singlin étoit pour lors à Port-Royaldes-Champs pour prendre quelques remèdes, en sorte que, quoiqu'il eût une merveilleuse appréhension qu'on sçùt qu'il eût communication avec autre qu'avec moi dans cette maison, il se résolut néanmoins de l'aller trouver sous prétexte d'aller faire un voyage aux champs pour quelque affaire, espérant qu'en changeant son nom et en laissant ses gens dans quelque village proche, d'où il prétendoit venir à pied trouver M. Singlin, il ne seroit connu que de lui, et que personne ne pourroit savoir ses entrevues et qu'il demeureroit en retraite en cette manière. Je lui conseillai de ne pas le faire sans l'avis de M. Singlin, qui ne voulut point du tout, parce qu'il n' étoit pas encore résolu de se charger de lui, si bien qu'il fut contraint d'attendre en patience son retour, parce qu'il ne voulut rien faire contre l'ordre qu'il lui avoit donné par une lettre parfaitement belle qu'il lui écrivit, dans laquelle il me constituoit sa directrice, en attendant que Dieu fît connoître s'il vouloit que ce fût lui qui le conduisît.
« Enfin, M. Singlin étant de retour, je le pressai de me décharger de ma dignité , et je fis tant que j'obtins ce que je désirois, de sorte qu'il le reçut, et ils jugèrent à propos l'un et l'autre qu'il lui seroit
bon (le faire un voyage à la campagne pour être plus à soi qu'il n'étoit à cause du retour de son bon ami le duc de Roanès* qui l'occupoit tout entier. 11 lui confia ce secret, et avec son consentement, qui ne fut pas donné sans larmes, il partit le lendemain de la fête des Rois avec M. de Luynes- pour aller en l'une de ses maisons où il a été quelque temps. Mais parce qu'il n'étoit pas assez seul à son gré, il a obtenu une chambre ou cellule parmi les solitaires de Port-Royal, d'où il m'a écrit avec une extrême joie de se voir logé et traité en prince, mais en prince au Jugement de saint Bernard, dans un lieu solitaire où l'on fait profession de pratiquer la pauvreté en tout où la discrétion le peut permettre. Il assiste à tout l'office depuis primes jusqu'à compiles, sans qu'il sente la moindre incommodité de se lever à cinq heures du matin ; et comme si Dieu vouloit qu'il joignit le jeûne à la veille pour braver toutes les règles de la m'^decine qui lui ont tant défendu l'un et l'autre, le souper commence à lui faire mal à l'estomac; de sorte que je crois qu'il le quittera. Il n'a rien perdu à sa directrice, car M. Singlin, qui a demeuré en cette ville pendant tout ce temps, lui a pourvu d'un directeur^ dont il
1 . Sur le duc de Roannez, voyez Études sur Pascal, Appendice^ p. 390, etc.
2. Louis-Charles-Albert, duc de Luynes, fils du connétable de Luynes et de la fameuse Marie de Rohan, père du duc de Che^Teuse, Tami de Beauvilliers, de Fénelon et de Saint-Simon. Le duc de Luynes était cartésien et janséniste; il a traduit en français les Méditations et donné un certain nombre de livres de piété sous le nom de M. dô Laval.