‹ Histoire de FranceChapitre 106 sur 116 · LIV. I V. — LO tf IS 1 V · texte numérisé non relu

LIV. I V. — LO tf IS 1 V

[An 950]

alors la plus forte qui fût en France. Pendant le siège, les évêqiies tinrent un concile où ils excommunièrent le comte Thibauld qui occupait cette ville, et citèrent Hugues le Grand, de la part du légat Marin, à venir faire satisfaction des excès auxquels il s'était porté contre le roi et les évèques. Pour toute réponse, les Lorrains s'étant retirés sans avoir pu prendre Laon, Hugues le Grand recommença vivement les hostilités, insulta Soissons, dont l'évêque s'était soumis au roi, brûla la cathédrale et une partie de la ville, et exerça partout de grands ravages. Il ne put empêcher, toutefois, que plusieurs de ses soldats ne quittassent son parti excommunié pour se ranger à celui de l'archevêque Artaud.

Ce prélat se rendit à Trêves avec les évêques de Laon, de Soissons et deTérouanne, afin d'assister à un concile qu'on y avait indiqué. Ils y trouvèrent le légat Marin, avec l'archevêque de Trêves; mais il n'y parut aucun autre prélat de Lorraine et de Germanie. On ne laissa pas que de tenir le concile. Le légat demanda de quelle manière Hugues le Grand s'était comporté, tant envers le roi qu'envers les évêques, depuis l'assemblée dTngelheim. On lui retraça les maux que ce prince avait faits aux P^glises dans les derniers ravages. Enfin, le troisième jour, sur la requête de Liudolfe (Leud-hulf '), envoyé dOthon, qui avait donné des ordres précis à cet égard, on prononça la sentence suivante : « En vertu de l'autorité apostolique, » nous excommunions le comte Hugues, ennemi du roi Louis, à «cause des maux de tout genre qu'il lui a faits, jusqu'à ce que «ledit comte vienne à résipiscence, et donne pleine satisfaction •> devant le légat du souverain pontife; que, s'il refuse de se sou- » mettre, il devra faire le voyage de Rome pour recevoir son ab- » solution ^. « Le légat Marin, ayant rempli sa mission, prit sa route par l'Allemagne pour saluer Othon, et retourna à ilome au printemps de l'année 949- A son arrivée, le pape Agapet cimfirma, dans un concile, la déposition de l'archevêque Hugues et l'excommunication portée contre le duc de France.

Sensible à ces coups des premiers pasteurs, celui-ci songea à faire les réparations qu'on lui demandait. Il conclut cette même année une trêve avec le roi, et l'année suivante (9J0) la paix fut rétablie et Laon rendu à Louis IV. Ce prince rentra en possession de cette place, dont la perte, ainsi que le différend des deux arche-

' Leud, qui signifie peuple, s'emploie quelquefois comme adverbe de multiplicatioa ou d'augmentation. Ai.nsi Leiid-hii/f ptiut se traduire par grandement secnurable. (\ug. Thierry, Lettres sur l'hist. de France, p. 190.)

* Script, rer. Franc, t. 8, p. 175.

3l4 HISTOIRE DE FRANCE. j^yj^n 954]

vêqucs de Reims, avait été non la cause, mais l'occasion et le prétex.te des dernières guerres. Ainsi, le parti national ne parvint pas encore à rompre le fil qui rattachait le nord de la Gaule à la Germanie; ainsi la dynastie franke résista à ceux qui voulaient la renverser.

A peine le feu des guerres civiles était-il, sinon éteint, du moins couvert, en France, que les Hongrois ou Bulgares y recommencèrent leurs ravages. Ils entrèrent dans l'Aquitaine l'an 9^1, y portèrent le dégât pendant l'été, puis repassèrent les Alpes chargés de butin. L'an 954, ils se répandirent en Flandre, mettant tout à feu et à sang. Continuant leurs ravages dans la France, ils pillèrent le Vermandois,les territoires deLaonetdeReims,pénétrèrenten Bourgogne, retournèrent enfin par l'Italie, sans que le roi et les seigneurs se fussent mis en peine de réunir leurs forces pour s'opposer à de si cruels ennemis. Chajcun était bien aise de voir opprimer son voisin, et l'on ne pensait pas que la France entière devenait la victime de ces ressentiments particuliers '.

Louis IV, trop faible pour arrêter cette inondation de Barbares, après avoir eu la douleur de voir dévaster les plus belles provinces de son royaume, périt, au mois de novembre de la même année 954, d'une manière aussi bizarre qu'inattendue. Un de ses fils étant mort à Laon, il prit cette ville en haine, et la quitta pour aller demeurer à Reims, que défendait l'archevêque Artaud, ce chaud partisan de la dynastie franke -. Comme il approchait de cette ville, un loup traversa le chemin : le roi s'élança aussitôt à sa poursuite; mais, en franchissant un fossé, son cheval butta et le jeta à quelques pas devant lui. On le porta, tout meurtri de sa chute, à la demeure de l'archevêque, où il expira dans la trente-troisième année de son âge.

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