XX DISCOURS SUI\ LA RELIGION
Le troisième et dernier degré du sacerdoce comprenait les Bardes, qui étaient les poètes sacrés et profanes de la Gaule'. Comme les Ovates, ils menaient la vie séculière; leur ministère était tout d'instruction et de plaisir : c'étaient eux qui récitaient, dans les assemblées du peuple, les traditions nationales; au foyer du chef, les traditions de la famille; eux qui animaient les guerriers sur le champ de bataille, célébraient leur gloire après le succès, et distribuaient à tous le blâme et l'éloge, avec une liberté que pouvait seul donner un caractère inviolable ^. Aussi l'autorité de leurs paroles était grande et l'effet de leurs vers tout -puissant sur les âmes. Souvent on les vit, dans les guerres intestines de la Gaule, désarmer, par leur seule intervention, des combattants furieux, et arrêter l'effusion du sang ^. A l'harmonie touchante de leurs lyres, disait un écrivain de l'antiquité, les passions les plus sauvages s'apaisaient, comme les bètes féroces au charme du magicien ''. En chantant, ils s'accompagnaient sur un instrument appelé rotte, qui avait beaucoup de ressemblance avec la lyre des Hellènes".
L'ordre des Druides était électif, et, comme il possédait le monopole de l'éducation, il pouvait à loisir se former des adeptes, au moyen desquels il se recrutait. Le temps du noviciat, mêlé de sévères épreuves, et passé, dans la solitude, au fond des bois ou dans les cavernes des montagnes, durait quelquefois vingt ans; car il fallait apprendre de
' Slrabon., 1. 4. p. 197. Diod. Sicul., 1. 5, p. 308- Posidon-, apud Athen., I. 4, c. 13. Lucan., Phars., 1. 1, v. 449.
- l'ortiavirorumillustrium facta... canlitant. (Amm.MarceU.,!. 15, c. 9.) Diod. Sicul., 1. 5, p. 308.
Vos quoque qui fortes animas belloque peremptas Laudibus in longum, vates, dimittitis aevum, Plurima, secui-i, fudistis carmina, bardi»
(Lucan., I. 1, V. 447.) 3 Diod. Sicul., 1. 5, p. 308. Strab., 1. 4, p. 197- ^ Diod. Sicul., loc. cit.
^ /6/rf. Chi'otta britaana canat. (Fortun., 1. 7, carni. 8.) Cruit (gaël), Crwdd (cymr). On appelait rotte, dans le moyen âge, une espèce de Tielle dont les nicuestrels se servaient.