‹ Histoire de FranceChapitre 14 sur 116 · XXII DISCOURS SUR I-A RELIGION · texte numérisé non relu

XXII DISCOURS SUR I-A RELIGION

(i'hommes, dépositaires de tout savoir, auteurs et interprètes de toute loi divine et humaine, rémunérateurs, juges et bourreaux; en partie répandus dans la vie civile, dont ils épiaieiit et obsédaient toutes les actions; en partie cachés aux regards, dans de sombres retraites, d'où partaient leurs arrêts sans appel. Malheur à qui méconnaissait ces arrêts redoutables! Son exclusion des choses saintes était prononcée; il était signalé à l'horreur publique comme un sacrilège et un infâme; ses proches l'abandonnaient; sa seule présence eût communiqué le mal contagieux qu'il traînait à sa suite; on pouvait impunément le dépouiller, le frapper, le tuer, car il n'existait plus pour lui ni pitié ni justice '. Aucune considération, aucun rang ne garantissait contre les atteintes de l'interdiction. Tant que cette arme subsista toute-puissante dans la main des Druides, leur empire n'eut pas de bornes, et les écrivains étrangers purent dire « que les rois de la Gaule, sur leurs » sièges dorés, au milieu de toutes les pompes de leur ma- » gnificence, n'étaient que les ministres et les serviteurs » de leurs prêtres ^. »

Nous n'entreprendrons pas de rapporter toutes les superstitions des Gaulois. Il nous suffit de les avoir indiquées pour donner quelque idée de la religion de ces peuples. Il nous reste à faire connaître leurs mœurs et leurs usages.

Après avoir examiné les divers portraits que les anciens ont tracés des Gaulois, nous croyons pouvoir en conclure que la bravoure, l'amour de la gloire, et même la vanité, sont les traitsles plus marqués qui les distinguent des autres nations^'. Les Grecs et les Romains, qui avaient éprouvé les armes des Gaulois, s'accordèrent à faire l'éloge de leur intrépidité. Quelques-uns de leurs auteurs prétendent cependant qu'il y avait plus d'impétuosité que de fermeté et de constance

' Quibus ita est interdictum, ii numéro inipiorum ac sceleratorum habentur; lis omnes decedunt, adituin eoruni scrmonemque defugiunt, ne quid ex contagione inconirnodi accipiant. (Cees., ibid.)

* Dio. Chrysost., orat. 49.

^ Hist. de l'Eglise GalL, t. 1, p. xlvïii.

Page 1