ET LES MOEURS DES GAULOIS. XXIII
dans la bravoure de nos ancêtres; que dans le premier choc ils faisaient des efforts au-dessus des forces humaines, et que dans le second à peine se trouvaient-ils hommes. Mais leurs exploits militaires, les colonies nombreuses qu'ils ont établies, les armes à la main, dans la Germanie, dans l'Italie, et jusque dans la Grèce, semblent les justifier assez de ce qu'il peut y avoir d'outré dans cette accusation, à laquelle nous ne pouvons nier qu'ils n'aient donné quelque lieu. Il nous suffit de dire que les Gaulois firent plus d'une fois trembler Rome, la terreur des autres nations, et que, s'ils succombèrent enfin, il fallut un César pour les dompter. Encore Rome n'eut-elle pas lieu de s'applaudir de cette conquête : le vainqueur des Gaulois crut qu'il pourrait vaincre les Romains eux-mêmes, et il ne se trompa pas.
Avant que les Gaulois eussent été subjugués, la guerre était leur exercice le plus ordinaire; et il arrivait souvent qu'ils se la faisaient entre eux, quand ils ne réunissaient pas leurs armes contre des ennemis étrangers. En effet, il y avait autant de ûictions dans la Gaule que de peuples, et quelquefois presque autant que de familles. Une jalousie et une antipathie, dont on aperçoit encore des vestiges, armaient souvent les provinces et les villes voisines les unes contre les autres : ce fut moins à la force de leurs légions, qu'à ces divisions intestines de la Gaule, que les Romains durent leurs conquêtes ^ Dans les combats, les Gaulois ne cherchaient le plus souvent que la gloire de vaincre. Aussi conduisaient-ils avec eux, comme on l'a vu, des poètes pour chanter leurs belles actions, et ils suspendaient au cou de leurs chevaux les têtes des ennemis qu'ils avaient tués, pour en faire des trophées aux portes des villes '^.
11 est rare qu'une nation guerrière aime le luxe. Il est cependant vrai que, si les anciens Gaulois n'eurent ni le goût ni la délicatesse de leurs descendants, ils ne portèrent pas moins loin la magnificence des habillements. Les magistrats avaient des robes de couleur garnies d'or, et les
' Caes., I. G.
* Strab.