‹ Histoire de FranceChapitre 18 sur 116 · XXVI DISCOURS SUR LA RELIGIOV · texte numérisé non relu

XXVI DISCOURS SUR LA RELIGIOV

qui voulurent par là donner aux Gaulois une idée de leur magniliccnce.

Mais ce que le coniniercc des Romains procura de plus avantageux aux Gaulois, ce fut le goût des belles-lettres. Comme, en perdant leur liberté, ils avaient aussi beaucoup déchu de leur ancienne gloire militaire, toute leur ambition se porta du côté des beaux-arts. Il est vrai que la colonie qui avait fondé Marseille et les villes voisines avait apporté de la Grèce dans les Gaules l'amour des sciences; et Marseille était devenue une académie célèbre, où les Gaulois et les Romains même venaient étudier, comme dans une nouvelle Athènes. Mais l'établissement des Romains dans toute la Gaule acheva d'y faire fleurir les beaux-arts et surtout l'éloquence latine. On assigna dans les principales villes des honoraires considérables aux professeurs d'éloquence. C'en fut assez pour attirer dans la Gaule les plus habiles maîtres; et ilstrouvèrentdesdisciplesqui montrèrent pourcetart un goût et un génie estimés même des Romains. Pour entretenir l'émulation,l'âme des beauxarts, Caligula fonda à Lyon des prix d'éloquence; mais il assujettit les prétendants à des lois bien bizarres. Les orateurs vaincus étaient obligés d'eflacer avec la langue leurs propres écrits, s'ils n'aimaient mieux être frappés de la férule, comme les écoliers, ou même être jetés dans le Rhône. La langue des vainqueurs devint insensiblement celle des vaincus : on parla bientôt latin danspresque toute la Gaule, ou du moins on l'entendit; ce qui fut un grand avantage pour les prédicateurs évangéliques envoyés de Rome.

Telle était la situation des Gaulois, lorsque l'Évangile de Jésus-Christ leur fut annoncé. On juge assez quels obstacles la foi et la morale d'un Dieu crucifié durent trouver parmi un peuple qui avait ajouté à ses anciennes superstitions les dieux et les vices des Romains. Les passions des hommes prirent la défense des divinités qu'elles avaient érigées. Le faux zèle des prêtres et des Druides, la superstition du peuple, la rage des tyrans, tout s'arma contre les premiers prédicateurs de la Foi, c'est-à-dire contre des hommes qui ne savaient autre chose que souffrir et mourir pour le Dieu

Page 1