ET LES MŒURS DES GAULOIS. XXVII
qu'ils annonçaient. On fit couler de toutes parts des fleuves de sang, et la Foi s'établit enfin par les mêmes moyens qu'on prenait pour la détruire; Dieu le permettant ainsi, pour montrer que l'établissement du christianisme ne pouvait être que l'ouvrage de sa sagesse et de sa toute-puissance.
Il faut cependant reconnaître que, au milieu de tous ces obstacles, la prédication de la Foi trouva quelques facilités dans le caractère des Gaulois. Leur humanité envers les étrangers et leur curiosité naturelle furent comme les moyens dont Dieu se servit pour leur ouvrir les voies du salut. Religieux observateurs des lois de l'hospitalité, ils reçurent avec bonté les premiers missionnaires, à qui leur seule qualité d'étrangers servit comme de sauvegarde. Curieux à l'excès, jusqu'à passer les jours dans les places publiques pour apprendre ou débiter des nouvelles, ils écoutèrent avec plus d'avidité les prédicateurs de l'Évangile. D'ailleurs, leur, esprit vif et pénétrant découvrit aisément, à la lueur des premiers rayons de cette nouvelle lumière, tout le ridicule et le faible de la théologie païenne ; en même temps que le courage et la générosité dont ils se piquaient leur firent mépriser ce qu'ils auraient à soufïrir pour la vraie religion. C'est ainsi que le Seigneur, faisant servir aux opérations de la grâce la fermeté et la bravoure des Gaulois, se forma, d'une des plus illustres nations du paganisme, un peuple choisi qui devint, par son constant attachement à la Foi, une des plus belles portions de son héritage.
Cependant, lorsque Dioclétien mourut, la Gaule était encore un des pays qui comptaient le moins de chrétiens; et même, après l'élévalion de Constantin, et sous plusieurs de ses successeurs, une grande partie des magistrats professaient toujours le paganisme. Mais la corruption de la civilisation romaine entraînant la chute du régime municipal, et la vie politique se trouvant éteinte dans l'Etat, qui dès lors n'avait plus de force, on se détacha de jour en jour de la société civile pour entrer dans la société chrétienne, dont l'évêque était le chef. C'est qu'un instinct invincible, une nécessité à laquelle rien ne résiste, pousse tôt ou tard