‹ Histoire de FranceChapitre 2 sur 116 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

SUR I.A RËL.I«;iO'\ KT ijK% VkiEVR^ DE» CiAUl^OI».

Avant d'écrire l'iiistoire de la France, cisilisée par la religion chrétienne, nous croyons devoir tracer en peu de mots celle de l'idolâtrie gauloise, comme pour la faire servir d'ondjre aux traits éclatants qui nous feront admirer la majesté et la sainteté du christianisme'. Le contraste des superstitions et des vices où le paganisme plongea nos pères, nous fera mieux sentir les avantages infinis que la lumière «le l'Évangile nous a procurés; et ce sentiment, en rendant plus vive notre recoiniaissance, nous inspirera plus de vigilance pour conserver le don précieux de la foi contre les efforts que l'impiété semble redoubler dans ces derniers temps.

L'idolâtrie, cette fille de l'ignorance de l'esprit et de la dépravation du cœur, ne tarda pas à se répandre avec les descendants de Noé dans la plupart des contrées qu'ils allèrent habiter après le déluge. A la vérité, l'homme le plus grossier et le plus barbare trouvait dans sa raison l'idée d'un Être souverain, gravée par le doigt même du Créateur; mais c'était un frein trop incommode aux passions de son cœur. Elles s'efforcèrent de le rompre; et si elles ne purent effacer entièrement cette image de la Divinité empreinte au dedans de nous-même, et dans les magnifiques ouvrages qui font admirer la sagesse et la puissance de l'ouvrier, elles en obscurcirent les traits les plus marqués pour y substituer des dieux qui les favorisassent. Ainsi l'homme raisonnable, mais abandonné à ses passions, s'aveugla jusqu'à se faire des dieux, qui auraient à peine mérité le nom d'hommes, tant

' hist. lie r Eglise i^oH.A. I, p. X.XXVll,

II niSCOURS SUR I,A REMGIOX

ils étaient vicieux 5 ou plutôt, il personnifia et divinisa le vice même, pour s'y livrer sans remords. Or, comme les passions sont presque les mômes dans tous les hommes, chaque nation idolâtre adora presque les mêmes divinités sous des noms dilïérents.

Lorsqu'on examine attentivement le caractère des faits relatifs aux croyances religieuses de la Gaule, dit M. Amédée Thierry ', on est amené à y reconnaître deux systèmes d'idées, deux corps de symboles et de superstitions tout à fait distincts, en un mot, deux religions : l'une toute sensible, dérivant de l'adoration des phénomènes naturels, et par ses formes ainsi que par la marche libre de son développement, rappelant le polythéisme de la Grèce; l'autre, fondée sur un panthéisme matériel, métaphysique, mystérieuse, sacerdotale, présentant avec les religions secrètes de l'Orient la plus étonnante conformité. Cette dernière a reçu le nom de Druidimie, à cause des Druides qui en étaient les fondateurs et les prêtres : nous donnerons à la première le nom de Polijtlicisme (/aulois.

Les antiques et précieuses traditions des Kimris attribuent à cette race, de la manière la plus formelle et la plus exclusive, l'introduction de la doctrine druidique dans la Gaule et dans la Grande-Bretagne, ainsi que l'organisation d'un sacerdoce souverain. Suivant elles, ce fut le chef de la première invasion. Heu, Heus ou Hésus, surnommé le Puissant^ qui implanta sur le territoire conquis par sa horde le système religieux et politique du druidisme. Guerrier, prêtre et législateur pendant sa vie, Hésus jouit en outre d'un privilège commun à tous les fondateurs de théocraties païennes : il fut dieu après sa mort.

Maintenant, si l'on demandait comment le druidisme prit naissance chez les Kimris, et de quelle source découlaient ces frappantes similitudes entre sa doctrine fondamentale et la doctrine fondamentale des religions secrètes de l'Orient, entre plusieurs de ses cérémonies et les cérémonies pratiquées à Samothrace, en Asie, dans l'Inde, on

* Hijit. des Gaulois, t. 2, p. 73.

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