‹ Histoire de FranceChapitre 30 sur 116 · XXXVIII DISCOURS SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

XXXVIII DISCOURS SUR LA RELIGION

Au milieu de cette hiérarchie de chefs et de sujets se montre une classe dliommes libres qui portent leur hommage à qui il leur plaît de le donner, et dont les privilèges sont tels, qu'ils peuvent môme s'engager au service d'un prince étranger et dans une guerre contre leur patrie, sans perdre leurs biens et sans être passibles d'aucune peine. Ces hommes libres rappelaient les anciens camarades des princes germains, tels qu'ils étaient lorsque Tacite nous en a donné l'histoire, et à une époque où ces princes ne possédaient encore aucun domaine certain, et où les peuples qu'ils commandaient étaient encore moins avancés dans la civilisation. Il est hors de doute qu'au temps d'Ammien Marcellin les choses avaient déjà éprouvé parmi eux une amélioration très-notable : les établissements étaient devenus plus fixes; le droit de propriété était mieux affermi. Nous apprenons par lui que dès lors les rois avaient des possessions plus ou moins vastes, dont les limites étaient déterminées, et qu'ils avaient des esclaves employés à ftnre valoir leurs domaines. Cette époque qui les rendit propriétaires, et qui établit en même temps un grand nombre de propriétés particulières, fut aussi celle d'un très-grand changement dans le caractère de leur domination : ce ne fut plus sur la personne même des sujets, et sur le serment qu'ils leur avaient juré, que cette domination fut fondée, mais sur la terre même qui dépendait de leurs possessions; soit qu'ils eussent consenti à les diviser et à les céder à ceux qu'ils voulaient s'attacher, soit que des traités de paix eussent forcé d'autres princes, autrefois leurs égaux et propriétaires comme eux d'un territoire, à les réunir à leurs possessions et à n'en plus jouir que sous les conditions d'alliés et de sujets. Or il est facile de concevoir que les conditions de l'engagement que les grands prenaient avec eux devaient être fort différentes, selon qu'ils avaient accepté ou refusé de semblables libéralités, qu'ils avaient été forcés ou non de souscrire de semblables traités. Ceux qui n'étaient point assujettis par ces dons ou par ces traités, même en servant un roi, étaient véritablement ses égaux; à sa mort, ils étaient libres de tout engagement, et leur propre volonté pouvait seule les donner à ses successeurs.

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