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ET LES MOEURS DES FRANKS. XXXII

Quant aux fidèles qui jouissaient d'une Icire dont la possession était inséparable de la dépendance du possesseur, ils ne pouvaient recouvrer leur liberté qu'en rendant au prince ce qu'ils en avaient reçu. Ainsi, lorsqu'un roi laissait plusieurs enfants, il se formait plusieurs royaumes par suite du partage de sa succession -, car chaque portion du patrimoine royal ainsi partagé donnait pour adhérents à chacun de ses héritiers les propriétaires qui en dépendaient; et réciproquement plusieurs royaumes n'en formaient plus qu'un seul, lorsque la famille royale était réduite à un seul héritier.

Ces coutumes furent donc transportées dans les Gaules: et dans les distributions qui furent faites aux vainqueurs des biens de vaincus, l'hommage et la foi demeurèrent de même attachés à la terre. Toutefois on ne peut douter que, parmi les fidèles qui accompagnèrent le conquérant, plusieurs refusèrent les grâces qu'il put leur offrir, pour conserver leur indépendance, tandis que d'autres se soumirent aux conditions du vasselage, pour obtenir de plus grandes possessions. La situation des premiers, presque entièrement affranchis do toute subordination envers les rois, et qui ne connaissaient d'autres lois que les lois émanées de l'assemblée générale de la nation, ne tarda pas à devenir un objet d'envie pour les grands vassaux qui avaient perdu en liberté ce qu'ils avaient acquis en puissance; et tous leurs efforls tendirent continuellement à dénaturer leurs fiefs et à leur donner ce caractère de propriétés libres. Presque tous y réussirent jusqu'à un certain point: c'està-dire qu'étant parvenus à rendre k^urs fiefs héréditaires, ils leur communiquèrent ainsi la nature de biens propres. De son côté, et malgré ce droit d'hérédité qu'ils avaient usurpé, le seigneur suzerain ne prétendait point abandonner ses propres droits ni l'hommage que lui devait la terre : de là des dissensions continuelles et souvent des guerres sanglantes entre les rois et leurs vassaux révoltés.

Il faut considérer maintenant que les rois franks, en s'emparant du gouvernement des Gaules, y conservèrent toutes les formes de l'administration romaine, à peu près

Xh DISCOURS SIR LA RF.MGION

telles (ju'ils les avaient trouvées, et en partagèrent tous les emplois entre ces mi^men fidèles à (jni ils avaient partagé la terre. Ils instituèrent de môme des ducs et des préfets qui gouvernaient les provinces, des comtes qui commandaient les cités; et changeant seulement les noms de quelques-uns de ces officiers civils et militaires dont se composait l'ancien gouvernement, ils en confirmèrent toutes les attributions.

Que l'on juge maintenant ce qui pouvait résulter d'un semblable ordre de choses, le vassal étant délié de son serment dès que son seigneur venait à mourir; le royaume entier se trouvant ainsi comme en dépôt entre les mains des principaux vassaux ; et chacun d'eux pouvant choisir, dans la famille royale, le prince auquel il lui plaisait de se recommander j et le pouvant légitimement, puisque nul de ces princes n'était exclu du trône, et que l'uni lé du pouvoir n'était point une condition essentielle de la royauté. Chacun d'eux mettant alors son obéissance, pour ainsi dire, à l'enchère, donnait sa foi à celui qui lui faisait les meilleures conditions, et s'armait aussitôt pour le soutien de ses droits contre ses rivaux et ses compétiteurs. Et c'était bien inutilement qu'un roi avait désigné tel ou tel de ses fils pour successeur : si le consentement de la nation n'avait ratifié cette désignation, elle était nulle. La recommamlatlon des vassaux, tel était le véritable titre qui donnait et confirmait la royauté ; et jamais prince ne se croyait assuré de régner, tant que les vassaux ne s'étaient pas recommandés à lui.

Par la recommandation, le vassal devenait \ homme de son suzerain, et se dévouait à lui ' ; mais, la nature de cet hommage n'ayant point changé de ce qu'il avait été, même avant la conquête, ce dévouement du sujet n'était acquis au prince que sous certaines conditions. Le vassal faisait sans doute un serment; mais de son côté le roi en faisait un au-

• C'est-à-dire le vassal bénéficier; car le vassal nllodial ou libre propriétaire était l'hommage simple, lequel était fort différent de la recommandation, qui ait aussi appelée hommage lige. Ceux des grands vassaux qui se prétendaient propriétaires de leurs biens en franc nhu offi irent toujours le premier, et refusèrent le second tant qu'il leur fut possible de s'y soustraire.

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