ET LES MOEURS DES FRANKS. XLI
tre : si le vassal jurait fulclité, le roi proinettait justice. Il reste plusieurs formules des serments prêtés à leur couronnement, par les rois des deux premières races, et même pendant le cours de leurs règnes; on peut les réduire à ces trois points principaux : protection aux Églises ; paix aux peuples; justice à chacun. Le vassal jurait d'être fidèle au roi régnant, comme tout homme frank devait l'être à son roi. L'engagement était donc réciproque; il produisait une confiance mutuelle, dit un ancien capitulaire, lequel assurait la sûreté commune \ Pour des hommes aussi fiers, aussi violents, aussi portés à l'indépendance, on conçoit combien devait être fragile un engagement dont chacun d'eux se faisait juge, et qu'il pouvait rompre sans scrupule, dès qu'il avait décidé que, de la part de son seigneur, les conditions n'en avaient pas été remplies. De là encore des révoltes et des défections continuelles, dont le prétexte était le déni de justice, et ainsi s'explique la déposition des souverains, lorsqu'il s'élevait contre eux un cri général de la nation qui les avait élus et qui les accusait de n'avoir pas tenu leurs serments.
Non-seulement les lois autorisaient les fidèles à en agir ainsi avec les rois, mais « elles leur enjoignaient même de » leur remontrer toutes les fautes qu'ils pouvaient commet- » tre, afin (pi'ils les réparassent. Si, après ces avertissements, » le roi ne changeait point de conduite et d'in-tention, alors » les sujets ecclésiastiques et séculiers devaient faire cause » commune afin qu'il, ne conservât point le pouvoir de traiter » qui que ce fût contre la loi et la raison, et ce nonobstant » sa propreVolonté^. » C'était là sans doute régner à de tristes et humiliantes conditions. Mais de cette situation précaire des rois, d'où naissaient tant et de si graves inconvénients, il résultait du moins cet avantage que, pour ôter tout prétexte à la révolte, ces princes apportaient le plus grand soin à faire rendre la justice ; et que les grands vassaux se voyaient obligés de les imiter, et de se montrer de leur côté justes et bienveillants envers leurs sous-vassaux, j)our ne point s'exposer à perdre leurs droits de suzeraineté. Plus on pénètre le
' Cap. Car. C'th., tit. jo, r. 4.
' Ihid., tit. ?!>, r. to.