XLII DISCOURS SUR LA REMGION
fond du régime féodal, plus on reconnaît que c'était un excellent système administratif, peut-être môme le meilleur qui ait jamais existé : système dont on avait fait une mauvaise loi politique, en y assujettissant le souverain au même degré (jue les moindres de ses sujets, et qu'il aurait suifi de renfermer dans ses bornes naturelles pour en faire la plus salutaire des institutions. C'est ce qui arriva par la suite; et la France eût été trop heureuse, si, parvenus là, ses rois eussent su s'y arrêter, fait observer M. de Sainl-Yictor '.
Que de clameurs n'a-t-on point élevées contre la puissance spirituelle, ses usurpations, etc., à l'Occasion de ces dépositions de rois et d'empereurs, souvent prononcées par un tribunal composé d'évêques! Cependant, que l'on se transporte à ces temps reculés, qu'on en étudie les usages, qu'on en comprenne les mœurs, qu'on renonce enfin à cette manie absurde de les juger d'après les tenq)s où nous vivons, et l'on sera forcé de reconnaître comme raisonnable et salutaire, ce que l'on blâme avec tant de violence et d'aigreur. Les rois, nous le répétons, étaient à la merci de la race turbulente et guerrière qui les environnait. « 11 n'était permis » à personne, dit un capitulaire^, d'empêcher par sa désobéis- » sance l'exécution des lois; mais si l'un des rois descendants » de Louis le Débonnaire manquait aux engagements com- » muns qu'il a pris avec les autres rois et à ceux qu'il a pris » vis-à-vis de son peuple, ceux qui ne s'en étaient point » écartés s'assemblaient avec le grand nombre des fidèles^ et » après que l'on avait averti inutilement le prince réfractaire, » on décidait en commun quelle conduite on devait tenir à son » égard. » Ainsi la loi elle-même consacrait, en certains cas, la révolte. Réduits souvent à de telles extrémités, c'étaient les rois qui, de même que le faisaient leurs sujets dans un si grand nombre d'autres circonstances, demandaient d'être jugés par un tribunal ecclésiastique, comme plus équitable, plus modéré, et étranger d'ailleurs à toute passion, à tout intérêt qui aurait pu leur être contraire : « Après avoir été
• Tableau de Paris, t. I,pai-t. 2, p. 481. ' Cap. Car. Cale, tit. 31, c. 12.