‹ Histoire de FranceChapitre 34 sur 116 · ET LES MOEURS DES PRANKS. XLIII · texte numérisé non relu

ET LES MOEURS DES PRANKS. XLIII

» sacré roi, disait Charles le Chauve^; après avoir été élevé » sur le trône, je n'ai pas dû en être renversé ; mon sacre n'a » pas pu devenir nul, au moins avant que j'eusse été entendu » et jugé par les évêques,qui sont les ministres démon sacre » et que l'Ecriture appelle les trônes de Dieu, trônes sur » lesquels le Tout-Puissant est assis et par qui il rend ses » jugements. J'ai toujours été prêt à me soumettre à leurs » réprimandes et à leurs sentences pénales ^, et maintenant » encore je suis dans la même disposition. »

La multiplicité des aspirants au trône fournissait continuellement des protecteurs à la révolte, et même lui ôtait le caractère odieux qu'elle a maintenant parmi nous : car enfin, et le plus souvent, elle ne présentait en apparence que l'acte légitime d'un vassal qui, se croyant délié de son serment envers un suzerain auquel il reprochait de n'avoir pas tenu le sien, en choisissait un autre selon le droit qu'il cài avait; n'ayant en effet d'autre devoir à remplir que de se faire vassal d'un prince de la famille royale, et cette famille étant en quelque sorte la seule puissance souveraine qu'il ne lui fût pas permis de rejeter. Du reste, les rois eux-mêmes semblaient reconnaître que le déni de j ustice pouvait légitimer la révolte ; et lorsque Charles le Chauve se réconcilia avec ses sujets révoltés, il distingua des autres ceux que la guerre avait ruinés, et qui, n'ayant point été récompensés de leurs services, avaient unjuste sujet de se soulever contre lui. Ilpromitmeme de réparer le tort qu'il leur avait fait, le plus tôt et le mieux qu'il lui serait possible, avec le conseil de ses fidèles^.

Il n'y avait qu'un prince guerrier et d'un grand caractère dont la main vigoureuse pût rassembler et contenir tant de parties incohérentes d'un grand État si mal constitué, leur imprimer un mouvement uniforme, diriger ce mouvement vers ce qui était utile et bon. Un tel prince entraînait aussitôt à sa suite la multitude des hommes libres, enthousiaste par-dessus tout de la gloire militaire : les grands vassaux, trop faibles alors, étaient obligés de se soumettre ;

" Cnp. Car. Cah., tit. 30, p. 481-

* Judiciis castigatoriis.

'' Cfip. Car. C(th\, tit. 29, c. 6.

XLIV DISCOURS SUR t,X RELIGIOU

ceux qui se révoltaient étaient comprimés et punis. Mais aussitôt que l'ouverture d'une succession royale venait de nouveau adaiblir le pouvoir politi(jue, ou que le sceptre tombait aux mains d'un prince indolent ou timide, les oppositions, les révoltes, les usurpations renaissaient de toutes parts; et l'Klat semblait de nouveau prêt à se dissoudre en une foule de petites souverainetés.

Considérons un moment comment tomba la première race. La France, dont l'administration, nous venons de le dire, avait été calquée sur les formes de l'administration romaine, était alors divisée en grands gouvernements ou duchés; et d'abord, d'après le même principe, l'autorité de ces ducs avait été limitée et temporaire. Bientôt on les vit, à la faveur des troubles et des guerres intestines que les premiers partages de la monarchie firent naître dans l'Etat, se perpétuer dans leurs gouvernements, former entre eux des ligues pour se garantir mutuellement la possession de leurs charges et de leurs dignités, aider les maires du palais dans leurs projets ambitieux contre l'autorité, ceux-ci les aidant à leur tour à se consolider dans leurs usurpations. Ainsi s'étaient formés, pour ce qui regarde seulement la Gaule \ les duchés d'Aquitaine, d'Austrasie, de Neustrie, de Champagne, de Provence, etc. ; et chacun des grands vassaux qui s'étaient emparés de ces provinces les gouvernait en maître absolu.

Mais, indépendamment de ces grands vassaux, il ne faut point oublier qu'il existait un grand nombre d'autres seigneurs moins puissants, et surtout une foule presque innombrable de ces hommes libres, propriétaires ou non propriétaires, qui, dans ces temps d'anarchie et de désordre, recevant des premiers de l'État l'exemple de la révolte et de la désobéissance au suprême pouvoir, étaient prêts à trafiquer de leur foi et à la livrer à celui de ces grands vassaux qui pouvait y mettre le plus haut prix. Pépin était alors, parmi ces seigneurs du premier rang, le plus puissant et le plus riche; et sa qualité de maire du palais lui donnait mille

• Les incnies dcmembrements s'opérèrent en Germanie avec de légères différences.

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