‹ Histoire de FranceChapitre 36 sur 116 · XLVI DISCOURS SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

XLVI DISCOURS SUR LA RELIGION

r/a/e des rois ; puis, saisissant ensuite la couronne'qui allait échapper aux fiis de Clovis, et commençant eux-mêmes une nouvelle dynastie, sauver ainsi d'une ruine certaine le premier royaume de la chrétienté. Qui pouvait les appeler usurpateurs? Etaient-ce ces grands qui eux-mêmes ne cherchaient qu'à secouer le joug de l'autorité royale, et dont il n'était pas un seul qui n'eût voulu, comme eux, s'emparer de la première place et renverser les faibles princes qu'ils avaient détrônés, ou plutôt, qui d'eux-mêmes étaient tombés du trône? Etait-ce cette noblesse moins élevée et non moins guerrière que, depuis tant d'années, ces premiers Carlovingiens conduisaient aux combats et à la victoire, qui ne jugeait digne d'être roi que celui qui était brave et victorieux, qui cherchait vainement, dans la race dégénérée des Mérovingiens, un prince qui pût être utile à la nalion ? Point de doute qu'avec les préjugés dont elle était imbue et les traditions qu'eHe avait apportées dans son antique patrie, cette multitude armée n'eût d'elle-même abandonné les descendants de son premier roi, au moment où ils commencèrent à se montrer indignes de la commander, et quand bien même personne ne se fût présenté pour les remplacer. Alors c'en était fait de ce beau royaume de France ; et, au milieu de cette tyrannie des grands et de cette anarchie des petits, il est difficile de prévoir ce qui serait arrivé.

Ce fut en vain que Charlemagne, justement effrayé des périls que les grands vassaux avaient ftiit courir à la monarchie, abolit ces duchés ou grands gouvernements qui avaient fait toute leur force, et divisa en comtés ses vastes États ^, rétablissant partout l'autorité temporaire des officiers civils et militaires auxquels il confiait le gouvernement des provinces. Le système administratif était bon assurément : mais il y avait dans le système politique un vice radical qui ne fut point changé; et sans doute il était alors impossible de le détruire, puisque ce puissant génie no tenta pas même de le faire, et qu'il laissa à son fils le poids

' De tous les duchés il ne conserva que celui de Bénévent, et, non content de diviser les autres, il crut nécessaire encore de démembrer la juridiction des comtes des cités.

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