ET LES MOEURS DES FRANKS. XLVII
immense de sa couronne et le premier empire du monde, sous la condition qu'il serait lui-même un prince guerrier et un génie supérieur, s'il voulait conserver un semblable héritage. Le contraire arrivant, et les divers peuples, violemment réunis par l'épée de Charlemagne, faisant effort pour se séparer et se constituer une existence individuetle, tout retomba dans la première confusion, et la nouvelle race se précipita plus rapidement encore vers son déclin. C'est un triste spectacle que celui de la succession de ces princes non moins faibles et plus dégradés encore que ceux dont la dégradation leur avaitouvert le chemin à ce trône toujours envié et toujours chancelant. Ils avaient d'autant plus besoin de vertus que leur race était beaucoup moins illustre et par conséquent moins respectée que celle des Mérovingiens; et il est certain quelahautenoblesse, au moment même delà mort de Charlemagne, avait formé le projet d'exclure sa postérité du trône, et que ce fut la noblesse du second ordre qui l'y maintint ^, pleine encore qu'elle était du souvenir d'un si grand monarque, et espérant le voir revivre dans sa postérité. Louis le Débonnaire trompa ses espérances; ses successeurs ne les réalisèrent pas davantage, et l'on revit bientôt tout ce que l'on avait vu jusqu'alors sous tant de princes inutiles à la nation : un royaume démembré; des rois élus, dépossédés, réélus; des vassaux révoltés, soutenus dans leur révolte, et s'armant contre leur ancien seigneur au profit d'un nouveau suzerain; les fiefs rendus une seconde fois héréditaires; à la faveur des dangers plus grands dont l'Etat était menacé '^, le domaine royal envahi de toutes parts ^; les biens de l'Eglise pillés avec plus d'audace et d'impunité; et toutes ces usurpations devenues plus difficiles à détruire, parce que la plupart des hommes libres, s'étant faits propriétaires au milieu de ce pillage général, se firent en même temps vassaux de vassaux plus puissants qu'eux, afin d'être sou-
* Aimoin, 1. 13, c. 19.
* Les invasions des ISormands.
2 Ce domaine, qui était immense, fut tellement divisé, que vers la fin de la seconde race les rois de France n'avaient plus pour toute propriété que la petite ville de Laon et son petit , territoire.