XLVIII DISCOURS SUR LA RELIGIOX
tenus et protégés par ces usurpateurs dans les propriétés qu'eux-mêmes avaient usurpées. Sous cette race, la nation usa avec plus d'étendue et d'autorité que jamais du droit qu'elle avait d'élire ou de rejeter ses rois. La trop grande jeunesse de Charles le Simple le rendant incapable de régner, elle n'avait pas balancé à se choisir un chef dans une autre lamille, avant d'avoir consommé l'entière exclusion des Carlovingiens. Lorsque Hugues Capet fut appelé par elle à régner sur la France, les princes auxquels elle l'avait substitué avaient été jugés au moins inutiles; et le seul qui osât disputer le trône au chef de la troisième race, s'étant fait le vassal d'un prince étranger'^, s'était rendu, par cet acte déshonorant, étranger lui-même à la nation qui le repoussait, qui avait ainsi acquis le droit de le traiter en ennemi.
Le nouveau monarque ne possédait d'autre domaine que le comté de Paris ou duché de France, dont son bisaïeul Robert le Fort avait obtenu le gouvernement sous le règne de Charles le Chauve. Il ne le possédait point à d'autres titres que tous ces autres vassaux qui l'avaient reconnu pour roi ne possédaient leurs propriétés; et par son avènement au trône, l'hérédité des fiefs et toutes ces prérogatives usurpées sur la couronne qui faisaient de tant de seigneurs autant de petits souverains indépendants, furent consacrées et durent l'être conmie loi fondamentale de l'État. Hugues Capet n'eut donc pas môme la pensée de les troubler dans la possession de ces principautés qu'ils s'étaient créées; son ambition fut satisfaite d'être, au milieu de tous, comme leur chef militaire, à l'égard des plus grands d'entre eux comme le premier entre ses égaux ; et ses premiers successeurs ne possédèrent point la couronne à d'autres conditions.
* Eudes, comte de Paris et frère de Robert, aïeul de Hugues Capet. La troisième race de nos rois eût sans doute commencé à cet Eudes, s'il ne fût mort sans enfants.
* Charles de Lorraine, auquel on fit justement un crime d'avoir rendu iionimagc à l'empereur Othon.