L DISCOUHS SUR LA RELIGION
créer. Par ce moyen, il avait su se faire, dans un grand Etat qui penchait vers sa ruine, tout ce qu'il lui était possible d'avoir de force et d'unilé.
Mais les Barbares succédaient aux Barbares ; ils se précipitaient en quelque sorte les uns sur les autres, avides d'une si riche proie ; et ce système de défense, qui longtemps arrêta leurs continuels elforls, ne put empêcher le torrent de se déborder enfin de toutes parts sur ces provinces malheureuses. Ce fut au v*^ siècle que se fit l'irruption la plus terrible de ces féroces sauvages du Nord; et l'histoire nous en présente le souvenir comme celui de la plus effroyable calamité qui ait jamais désolé les peuples. Mais des irruptions partielles avaient précédé, et à diverses reprises, ce débordement général; et une fois entrées sur la terre de la civilisation, ces hordes n'en sortaient que très-rarement : il fallait les y établir ou les exterminer. Lorsqu'elle jugea impossible de les vaincre, la politique des empereurs chercha donc à se les attacher; et ainsi, créant pour eux des fiefs dans les pays dont ils s'étaient emparés, et par ce moyen opposant Barbares à Barbares, elle essaya de se faire des défenseurs nouveaux de ses plus redoutables ennemis.
De ce mouvement continuel des Barbares et de cette calamité sans cesse renaissante des invasions, il résulta que toutes les provinces de l'Empire, et particulièrement toutes les parties des Gaules, devinrent successivement frontières; que les troupes romaines qui les défendaient furent toutes statiomiaires ; que l'intérieur du pays se remplit de camps et de châteaux, ce qui jusque-là n'était point encore arrivé; et qu'ainsi, avant la révolution qui devait en faire le royaume des Franks, cette province tout entière était déjà divisée en bénéfices militaires. Avant la conquête, les Romains s'étaient associé les Barbares : après la conquête, et lorsqu'ils furent las de violences et de ravages, les Barbares composèrent avec ce qui restait de Romains dans le pays dont ils s'étaient rendus maîtres, et qui s'étaient le plus vaillamment défendus; et voulant conserver ce qu'ils avaient acquis, ils adoptèrent les lois romaines, dont beaucoup d'entre eux connaissaient les avantages et avaient déjà éprouY^ les bienfaits. Ce