‹ Histoire de FranceChapitre 43 sur 116 · ET LES MŒURS DES FRANKS. LUI · texte numérisé non relu

ET LES MŒURS DES FRANKS. LUI

bénéfice fut attaché par un double lien, et à la terre, qu'il était de son intérêt de conserver et de défendre, et au prince, que l'honneur, le devoir, son serment l'obligeaient en toutes circonstances de servir et d'assister'. Le soldat romain défendait le sol de l'Empire, mais non pas l'empereur, prêt à recevoir pour maître quiconque se présentait à lui avec la faveur de l'armée, reconnaissant pour Romain tout chef barbare, dés qu'il était revêtu des dignités romaines; et ce fut là le vice radical du système militaire fondé sur la création des bénéfices. Le vassal défendait à la fois la terre et son seigneur, ou pour mieux dire sa propriété et l'Etat; et la loi du vasselage, essentiellement monarchique, contribua puissamment à fonder la véritable monarchie dans les Gaules, et à la sauver dans ses plus grands périls.

C'est là ceite féodalité qui signifie lafidéUté^ et dont on parle de nos jours avec tant d'ignorance et de fureur; institution plus naturelle qu'on ne pense, dit M. de Bonald, puisque, selon Condorcet, « on la retrouve à la même époque chez » tous les peuples. » Elle n'était autre chose, dans son principe, que la plus noble relation d'autorité et d'obéissance, de protection et de dévouement, de foi gardée et d'assistance réciproque; elle offrait, dans les nombreux rapports qu'elle établissait entre les citoyens de toutes les classes de la société, et dans tous les degrés de sa hiérarchie, une image touchante de la famille". Au milieu d'une nation si turbu-

• Toutefois, dans le principe, tous les grands seigneurs n'étaient pas vassaux. Les ordonnances des rois carlovingicns distinguent le cantonnier ou possesseur d'un bénéfice militaire, du libre propric/r/irr, et par conséquent le sert' propre du serf cantonnier. (Agobard., de Privileg. et Jure sacerdot., c. 2.) Le noble frank qui n'avait point voulu joindre de grands fiefs aux propriétés qu'il avait reçues de ses ancêtres, et déroger par un hommage à la liberté qui était le privilège de sa naissance, n'était obligé de prendre les armes que pour la défense de la patrie. Ce fut la raison pour laquelle Clovis, lorsqu'il voulut se faire chrétien, se vit abandonné par un grand nombre des hommes libres qui l'avaient suivi. Ses vassaux seuls crurent que le devoir du vasselage les obligeait d'embrasser la religion de leur prince. Ce fut à ces fidèles qu'il donna, après la conquête, de grandes propriétés dont la possession était indépendante du vasselage : après sa mort, ils devinrent donc libres propriétaires, et formèrent cette haute noblesse qui, comme nous le dirons tout à l'heure, partageait avec les rois l'exercice de l'autorité souveraine.

* « Le vassal doit porter honneur à son seigneur, sa femme et son fils aîné,

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