ET LES MOEURS DES FRANKS
verser la France en tous sens, ravageant les camp-^gnes, saccageant les villes, massacrant leurs habitants ou les emmenant en esclavage. La faiblesse des descendants de Charlemagne, plus grande encore que celle de la postérité deClovis, les fit bientôt tomber d'un trône dont ils s'étaient rendus indignes; et ils tombèrent aux acclamations de toute une nation, qui alors, on ne doit point se lasser de le redire, n'avait ni sur l'hérédité légitime, ni sur l'ordre de la succession au pouvoir politique, les idées plus salutaires et plus justes que depuis elle sut acquérir. Dans ces premiers temps de la monarchie française, ce n'était pas un droit suffisant au trône que d'être du sang royal : il fallait encore être utile à la nation pour prétendre à devenir son roi.
Ainsi s'explique ce qu'on appelle l'usurpation des maires du palais sous la première race, et celle des comtes de Paris sous la seconde : les deux races étaient tombées dans le mépris. Sous des princes faibles s'étaient élevés des chefs guerriers, devenus par leurs hautes qualités des objets d'estime, d'attachement et d'espérance pour une nation toute guerrière : elle choisit pour la commander celui qui lui sembla le plus digne; et en rejetant de même qu'en remplaçant des races dégénérées, ni la nation qui choisissait le nouveau roi, ni les chefs qui avaient dirigé et confirmé son choix, ne pensaient avoir commis une action coupable devant Dieu et devant les hommes.
Au milieu de tant de désordres, les liens de la subordination féodale s'étaient sans doute fort relâchés : profitant de cette extrême faiblesse du pouvoir politique, chacun cherchait à se rendre indépendant; et c'est une tendance naturelle et malheureuse de l'esprit humain. Toutefois le principe monarchique, que le vasselage avait si longtemps contribué à maintenir, restait encore comme gravé dans le fond des cœurs; ce fut le vasselage lui-même qui rassembla en quelque sorte les membres épars de la monarchie pour la constituer de nouveau. En effet, Hugues Capet n'était ni plus illustre par sa naissance ni plus puissant par ses domaines que beaucoup d'autres grands vassaux de la couronne; et ce fut uniquement parce que ceux-ci lui prêtèrent foi et hom-