LVI DISCOURS SUR LA RELIGION
mage, et le reconnurent pour leur seigneur, qu'il fut roi. On a beaucoup déclamé et l'on déclame encore sur l'usurpation que firent du pouvoir souverain les chefs de la seconde et de la troisième race de nos rois : dans tout ce que l'on a dit à ce sujet il y a eu souvent de la passion, et toujours beaucoup d'ignorance de la constitution politique de la France dans ces premiers siècles de la monarchie. Que devons -nous voir dans la race des rois franks? une famille plus honorée sans doute que les autres, où la nation a coutume de choisir ses chefs, mais de telle manière, cependant, que tous les membres qui la composent peuvent prétendre à l'être, et souvent tous à la fois, et quel que puisse être leur degré de consanguinité. Quels sont ceux qui élisent ces rois? d'une part des seigneurs Ubî-es propriétaires, qui ne leur ont jamais engagé leur foi, qui se croient les égaux de cette famille, qui le sont en effet : de l'autre, des vassaux que la mort de leur suzerain a déliés de tout engagement ; car le vasselage était personnel, et rien n'est plus attesté. Qu'exigeaient -ils de ces rois? qu'ils fussent capables de les commander, de les défendre; et ils étaient jugés indignes du trône lorsqu'ils étaient inutiles à la nation. Que devait-il résulter de droits établis sur des conditions aussi rigoureuses d'une part, et sur des obligations aussi légères de l'autre? que la race entière serait nécessairement rejetée, dès qu'elle aurait dégénéré au point de ne plus offrir que des princes incapables, parce que, il ne faut point se lasser de le répéter, selon la maxime fondamentale des Franks, un prince inutile ne pouvait être roi. C'est ainsi que la famille des Carlovingiens fut substituée à celle de Clovis, qui ne fut dépossédée qu'en raison de son inutilité; et c'est ce qui fit que Pépin, dont l'élévation supposait la nullité de tout droit à conserver le pouvoir dans une même famille, essaya de sortir de cette situation fausse et incertaine, en faisant intervenir la puissance spirituelle, seule capable, en effet, de donner de la fixité à toute institution politique. Le pape Etienne, en le sacrant, sacra aussi ses deux fils, et prononça l'excommunication contre ceux « qui » entreprendraient d'élire un roi qui ne descendît pas de