ET LES MŒURS DES FRANKS. LVII
i» ceux que la bonté divine avait daigné élever à ce rang su- » préme. » Mais les coutumes de la nation, les efforts que firent pour se séparer des peuples différents d'origine et divisés d'intérêts, le malheur des temps qui rendit la noblesse plus indépendante encore qu'elle ne l'avait été, surtout le mépris dans lequel tomba la seconde race, qui ne fut jamais aussi respectée que la première, tout se réunit pour légitimer le choix d'une nouvelle famille royale : « car, comme le » dit fort bien de Buat, les princes auxquels Hugues Capet » fut substitué étaient au moins inutiles; et l'un d'eux avait » fait un hommage qui le rendait étranger à la nation et «peut-être son ennemi. » De telles coutumes et de tels préjugés composaient sans doute une fort mauvaise loi d'hérédité au trône : on ne prétend point le nier ; on soutient seulement que ces coutumes et ces préjugés existaient, et que, tant qu'on ne comprendra point ces choses, on ne dira que des absurdités sur les deux premières races de nos rois. Depuis l'avéneraent de la troisième, une loi de l'hérédité au trône, plus régulière, plus monarchique, affermit la puissance des princes, et leur fournit les moyens de reconquérir par degrés ce que le malheur du temps leur avait fait perdre d'influence et d'autorité, et peut-être allèrent-ils depuis trop loin dans une route où si longtemps ils s'étaient vus forcés de rétrograder.
Que l'on se fasse une juste idée de ce qu'était la Gaule sous les deux premières races, livrée à des peuples féroces et grossiers qui l'avaient si longtemps ravagée, et qui, partagés sous différents chefs décorés du nom de roi, se la disputaient encore plusieurs siècles après l'avoir conquise; qu'on se la représente soumise à un pouvoir monarchique si mal constitué, à l'action duquel on échappait de toutes parts par la difficulté des communications', et par l'insuffisance des moyens d'administration matérielle, depuis si prodigieusement perfectionnés; que l'on considère cette vaste contrée, si longtemps désolée, tourmentée par cette
' Sous le n-irne de Hii<îues Capet, un abbé de Cltiny, prié par Bouchard, comte de Paris, d'amener des religieux à Saint-Maur-dcs-Fossés, s'excusa de faire un si long voyage dans un pays étranger et inconnu.