LVIII DISCOURS SUR TA RELIGION
race d'hommes turbulents et impatients du joug, de nonveau tourmentée, désolée, et pendant plus d'un siècle, par d'autres Barbares', qui, dans leurs continuelles incursions, en attaquent et en isolent les unes après les autres toutes les parties; et qu'ensuite on essaie d'imaginer une forme d'administration, nous ne dirons pas plus propre à conserver un tel pays que l'administration féodale, mais au moyen de laquelle il eût été même possible de le conserver ! on ne la trouvera point. Dans un grand empire, presque toujours mal gouverné, qui très-souvent même n'était point gouverné, tout grand propriétaire se trouvait naturellement substitué à ce gouvernement suprême qui semblait l'avoirabandonné; et devenu luî-mêmesouverain, protégeait, défendait, punissait, récompensait, encourageait, maintenait dans l'ordre et dans la subordination la population plus ou moins nombreuse que la loi de la féodalité avait mise sous sa dépendance. C'était, nous le répétons, une vivante image de la famille; et pour louer une telle institution autant qu'elle mérite de l'être, nous appellerons en témoignage l'un de ses plus grands ennemis : « Le gouvernement féo- » dal, dit Mably, était sans doute ce que la licence a ima- » giné de plus contraire à la fin que les hommes se sont pro- )) posée en se réunissant en société'^. Cependant, malgré ses » pillages, son anarchie, ses violences et ses guerres privées, » nos campagnes n'étaient pas dévastées comme elles le sont » avjourd'Imi. L'espèce de point d'honneur qu'on se faisait » de compter beaucoup de vassaux dans sa terre servait de » contre-poids à la tyrannie des fiefs. Loin de dévorer tout ce »qui l'entourait, le seigneur principal /rt?sai« des démembre- » ments de ses terres pour se faire des vassaux, et les familles » se multipliaient sous sa protection. »
' Les Normands.
* Remarquez que tous ces malheureux discoureurs, dans tous les systèmes politiques et religieux qu'ils ont rêvés, supposent, avant toutes choses, l'isolement absolu de l'homme, qui se réunit ensuite à d'autres hommes pour composer des sociétés et fabriquer des religions. C'est au moyen de cette extravagance monstrueuse, qu'ils sont parvenus à bouleverser le monde civilisé. (De Saint Victor, Tableau de Paris, t. 1, part. 1, p. 73.)