ET LES MOEURS DES FRANKS. LXI
eût sans doute prévalu, si la puissance au-dessus de l'homme qui avait formé cette société naissante ne l'eût soutenue en perfectionnant et affermissant ce qu'elle avait de bon et de naturel dans ses institutions. Sans la religion chrétienne, ce même régime féodal, qui devint un instrument de conservation, aurait, au contraire, tout divisé et tout détruit.
Un tel gouvernement , au moyen duquel la puissance et les honneurs étaient dévolus à celui qui possédait la terre et qui la faisait cultiver, n'était point favorable sans doute à l'accroissement des villes : la noblesse française dédaignait d'y séjourner ; elle habitait constamment la campagne, « et » son séjour, dit M. deBonald ', y était utile pour elle et pour » le peuple par mille raisons domestiques et politiques. »Mais, pour expliquer clairement un tel usage, et montrer que nonseulement il était utile, mais nécessaire, il convient de remonter encore jusqu'à l'établissement des bénéfices, c'està-dire jusqu'aux temps qui précédèrent la conquête.
Toutes les provinces de la Gaule étant successivement devenues frontières, comme nous l'avons déjà dit, les troupes stationnaires en avaient ainsi occupé successivement toutes les parties; et les camps et les châteaux s'étaient multipliés dans l'intérieur du pays. Ils furent toujours établis dans le voisinage des cités ; et par suite de ces établissements se formèrent des cantons qui, dans l'origine, n'étaient que des démembrements du territoire de ces cités, dont on avait composé des propriétés pour les comtes, les ducs, les soldats châtelains, qui commandaient et défendaient la contrée. Ces terres reçurent bientôt une sorte d'anoblissement de la noble profession de ceux qui les possédaient : dès lors on mit une grande différence entre les cantons et les domaines des cités ; et les habitants de ces terres privilégiées furent longtemps les seuls que l'on nommât cantonniers"^.
Cette disposition ne fut point changée sous les rois franks, et ne pouvait l'être. Les bénéfices cantonniers continuèrent
* T. 3, p. 41 1 : « Les bois et les cbanips forment plus l;i noMesso que les villes. » Plus rura et ncmiis conférant ad cotiscqueiidam nobiUtntcm, dit Poggc, qui » écrivait sur le droit public au xv= siècle. »
" 3 Synod. Aurel., eau. 5.