‹ Histoire de FranceChapitre 56 sur 116 · LXX DISCOURS SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

LXX DISCOURS SUR LA RELIGION

par leur présence l'autorité d'une assemblée où leurs vassaux pouvaient se rendre appelants contre eux, où toutes les usurpations que le malheur des temps leur avait procuré l'occasion de faire pouvaient leur être très-facilement contestées. La pauvreté des rois les éloignait également de leur cour, alors beaucoup moins magnifique que celle de quelques-uns de leurs vassaux; et leur absence du manoir royal contribua à accroître l'autorité des grands officiers de cette cour suprême, qui délibéraient alors de toutes les grandes affaires dont la discussion n'était pas exclusivement réservée au plaid général. Dès ce moment le plaid du roi fut plus rare et se tint avec plus de solennité; et, comme le nombre des vassaux immédiats, qui était extrêmement diminué, avait fini par confondre ensemble toutes les classes de la noblesse, autrefois si distinctes, ce plaid du roi devint insensiblement celui de la nation, et en obtint toutes les prérogatives. Par cela même que les grands vassaux, maîtres chez eux, ne s'inquiétaient nullement du gouvernement des provinces, villes et fiefs qui étaient sous le pouvoir immédiat du roi, il arriva que celui-ci put avoir des conseillers fort inférieurs en puissance personnelle aux premiers conseillers, et que leur autorité fut cependant plus absolue, parce qu'elle s'exerça sur des sujets et vassaux d'une condition moins élevée, et qui par cette raison se montraient moins indociles. Le pouvoir royal s'accroissait en outre de jour en jour par la réunion d'un grand nombre de fiefs qui rentraient dans le domaine du roi, et fortifiaient ainsi les droits de souverain de ceux de duc, de comte, de marquis, etc. Ceci finit par s'étendre à tout le royaume; et alors commencèrent les grandes polices dont parle Mézerai.

Toutes ces variations dans les attributions de la cour royale de justice prenaient leur source dans cet antique «sage qu'une pratique constante et les préjugés les plus cliers de la nation avaient consacré de temps immémorial, « qu'un homme libre ne pouvait être jugé que par ses pairs, » du moins dans tout ce qui touchait à ses droits les plus » essentiels, tels que les biens, l'honneur et la vie. » Ainsi

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