ET LES MOEURS DES FRANKS. LXXV
Cependant le sort de tous ceux qui avaient perdu la liberté n'était pas également dur, et l'on distinguait diverses sortes de servitudes. Le plus grand nombre était de ceux qu'on nommait simplement serfs, servi, et c'étaient les plus malheureux. 11 y en avait d'autres que l'on nommait lUes, liti, ou /î(/i:léur condition était beaucoup moins dure que celle des serfs, et assez semblable à celle des colons, coloni, qui était la plus douce, et comme mitoyenne entre la condition des libres et celle des serfs. Ils étaient seulement chargés de cultiver les terres à condition de certaines redevances. C'étaient comme les fermiers des seigneurs; et il y a encore des provinces en France où les fermiers sont nommés colons.
«■ Un ancien auteur (Albert de Staden), dit M. de Saint- Victor', nous indique ce qu'était la servitude chez les peuples du Nord, lorsqu'il fait dériver le nom de lidi ou inons,(\viOVL y donnait aux esclaves, du mot qui signifie la pei'mission qu'un vainqueur donne aux vaincus de continuer de vivre: et nous apprenons de Tacite '-^ que, beaucoup plus humains que les Grecs et les Romains si fiers de leur police et de leurs lois, ces peuples ne condamnaient point leurs captifs aux pénibles services de la domesticité ; mais que, leur distribuant des terres, ils exigeaient seulement d'eux un tribut en blé, en étoffes, en bétail, redevance qui en faisait des espèces de fermiers, et au delà de laquelle on ne leur demandait plus rien. Tels avaient été les colons chez les Romains, de même attachés à la glèbe, mais protégés par des lois infiniment plus douces que celles des esclaves, et qui les mettaient à l'abri des caprices et des violences de leurs maîtres"'. De même que ces colons romains, les serfs des Germains pouvaient acquérir un propre et posséder un pécule. La loi des Lombards les appela serfs rustiques, par opposition aux serfs ministcriaux, qui étai-ent des espèces d'esclaves \ mais qui furent toujours peu nombreux chez les Franks. Et lors-
* Tableau de Paris, t. !, part. 1, p. 57.
* De lUor. Gerin.
* S. August., Lv Cw. Dei, 1. 10, c. 2. Cod. Theod., tit. deColonis.
* €ap. addit. ad leg.Leng., ann. 801, c. 6.